L'INTRUS
Il fait sombre; la rue est grise, le ciel bas... Le spleen à l'aile maigre et qu'alourdit la fange, Fantôme familier qui n'est pas même étrange, Visite les amants et leur parle tout bas.
Aux uns, pour que leur cœur s'en distraie, il conseille De chercher autre part une autre volupté Et, tandis qu'il les pousse à l'infidélité, Sa monotone voix bourdonne à leur oreille,
Aux autres, pour guérir un mal qui vient de lui, Leur reprochant leur bouche et leurs mains inactives Il persuade avec des paroles lascives D'essayer de plaisirs qui trompent leur ennui.
C'est alors que, dupés au double stratagème, Ils rêvent sourdement à leur désir nouveau, D'une main frémissante écartant le rideau, Leur front pâle appuyé contre la vitre blême
Mais, tu n'entreras pas, Démon au vol pesant; En vain gratte au carreau ton aile désarmée, Le crépuscule en vain sur la ville embrumée Tombe, ce n'est pas toi que ma veillée attend;
Ici, dans l'âtre vif, brille une flamme ardente. Que m'importe l'automne et que me fait le soir, L'image d'une rose y rit dans le miroir ! Le silence est divin et l'ombre est odorante...
Va-t'en. Je suis heureux. L'Amour est là. Va-t'en !