AU CHAMP DES MORTS
Ils ne sont de mon sang non plus que de ma race Ceux qui dorment ici, dans le sol musulman, Et nous n'avons vécu dans le temps et l'espace Ni les mêmes espoirs ni le même tourment...
A Scutari la sainte où pousse l'herbe grasse, Sous les sombres cyprès d'Eyoub cher au croyant, Ne reposera pas, en leur paix où je passe, Mon sommeil étranger sous la stèle à turban.
Mais en ce jour où j'ai rêvé parmi leurs tombes En regardant au loin bleuir la Corne d'Or, Là, je me suis senti fraternel à tes morts,
Stamboul, ayant comme eux vu voler tes colombes, Aimé ton ciel, tes eaux, tes arbres, et, comme eux, Le visage voilé de femmes aux beaux yeux !
LE MEDAILLIER 341