L'HEURE HEUREUSE
L'Heure heureuse m'a dit : Chante-moi. Jesuis morte. Effeuille entre mes bras les roses que j'emporte, Car, vivante, j'ai vu fleurir leur pourpre en feu. Mes yeux se sont fermés sous la bouche d'un Dieu ; L'amour a pris mon souffle et me laisse son ombre; Je la retrouverai sur le rivage sombre Et j'aurai, pour payer son baiser souterrain, Ces roses que tes doigts effeuillent sur mon sein. Adieu, mais souviens-toi que, brève, je fus bonne. Mes sœurs sont là, dehors, qui t'attendent. L'automne A couronné leurs fronts et doré leurs cheveux; Elles peuvent offrir à ton cœur orgueilleux, Selon que la Sagesse ou la Gloire l'attire, Leur silence savant ou leur noble sourire
Et la branche du chêne ou celle du laurier. Mais souviens-toi encore avant de m'oublier Que moi seule, • — qui dors sous ces roses mortelles, Éphémère, embaumée et divine comme elles, — Je suis, dans ton passé comme moi sans retour, L'Heure mystérieuse et vaine de l'Amour.