‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 46 sur 168 · A UN PORTRAIT · texte numérisé non relu

A UN PORTRAIT

Lorsque sur le papier que le pastel colore Le peintre a figuré votre visage frais, Vous aviez l'âge heureux qui ne sait pas encore Ce que cache la vie en ses obscurs secrets.

Sur vos cheveux plus blonds d'une poudre légère Votre bonnet de tulle est noué d'un ruban Si bleu, qu'on lui dirait la couleur mensongère Que montre l'avenir à vos regards d'enfant;

Car vos yeux, votre bouche et tout votre visage Où du fard à la joue en avive le teint, Ont un air innocent, mystérieux et sage, Et comme une douceur d'avril et de matin.

LA SANDALE AILEE 137

Brève aurore ! le ciel se couvre et l'éclair brille ; La fleur prête à s'ouvrir périt eu son bouton ! Et je sais seulement que vous mourûtes fille Et que des grands-parents m'avaient dit votre nom.

Bien longtemps, au mur nu de ma chambre d'étude,

Ce portrait familier, timide et gracieux,

Veilla sur ma pensée et sur ma solitude,

Mais son tendre regard n'attirait pas mes yeux;

Et maintenant qu'en moi, si doux à ma tristesse, Est né le goût amer des choses sans retour, J'aime votre muette et lointaine jeunesse Qui survit à la mienne et qui dure toujours;

Et souvent, à ce cadre où votre claire image Sourit toujours la même en son même matin, Je suspends pour offrande et j'offre pour hommage Une rose pareille aux roses du jardin

Où vous marchiez, le long des buis à la française, Devant quelque château de Bourgogne ou d'Artois, Quand vous aviez seize ans, au temps de Louis Seize, Et lorsque vous étiez telle que je vous vois.

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