‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 8 sur 168 · LE SECRET · texte numérisé non relu

LE SECRET

Prends garde. Si tu veux parler à ma tristesse, Ne lui demande pas le secret de ses pleurs, Ni pourquoi son regard se détourne et s'abaisse Et se fixe longtemps sur le pavé sans fleurs.

Pour distraire son mal, sa peine et son silence, N'évoque de l'oubli taciturne et glacé Nul fantôme d'amour, d'orgueil ou d'espérance Dont le visage obscur soit l'ombre du passé.

Parle-lui du soleil, des arbres, des fontaines, De la mer lumineuse et du bois ténébreux D'où monte dans le ciel la lune souterraine, Et de tout ce qu'on voit quand on ouvre les yeux.

Dis-lui que le printemps porte toujours des roses En lui prenant les mains doucement, et tout bas, Car la forme, l'odeur et la beauté des choses Sont le seul souvenir dont on ne souffre pas.

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