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L'ADIEU

J'ai tressé, l)rin à ])nn, la corbeille des Heures,

Osier qui chante au bord de l'eau,

Jonc qui tremble et saule qui pleure !

Ma Ilûte longue eut sept roseaux

Qui chantèrent l'heure après l'heure,

Selon ma tristesse ou ma joie,

Selon que l'arbre jaunit ou verdoie.

Selon que l'an est grave ou tendre.

Vous êtes venus les entendre.

Chansons rauques ou douces, vives ou lentes.

D'après la taille des roseaux.

Ma corbeille est pleine, prenez La grappe lourde qui déborde et saigne, Prenez la poire molle ou la châtaigne Épineuse que cuira la cendre tiède.

Prenez les fruits du verger clair

Et les fruits âpres de la haie,

Goûtez-en l'écorce et la chair,

Blessure ou plaie,

Saveur sucrée, arôme amer,

Délice ou peine...

Puis, allez boire à la fontaine.

Déjà l'aube se hâte et fait la nuit plus brève

Que retarde à son tour le crépuscule lent ;

L'arbre est en sève.

Et la douceur de l'air lasse l'aile du vent;

Puis le Printemps rira sans qu'on le voie encore

Et son pas sonnera sur le chemin sonore

Par où, svelte et léger, il marche vers l'Été,

Et l'Automne divine, indolente et plus belle

De songe, de langueur et de maturité

Nous verra revenir en silence vers elle

Aïeule du Printemps et fdle de l'Été.

Et nous, vivants.

Nous aurons écouté le vent

Le long des routes de la vie,

D'arbre en arbre, de branche en branche, d'heure en heuri

Nous aurons touché des mains douces

A TRAVERS l'aN 215

Sans doute.

Et, âme à âme, chair à chair,

Aimé peut-être et souiïert,

Et j'aurai dans mes corbeilles

Autrement faites et tressées

Le nouveau miel d'autres abeilles

Et d'autres fruits d'autres pensées.

A Maurice Maindron.

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