L'ABBESSE
Fière et triste à jamais qu'un Dieu fût mort pour elle, En échange du sang répandu sur la croix, Sa jeunesse a donné par amour et par choix Au Seigneur sa beauté que le Seigneur fit belle.
Elle a vécu longtemps, humble, chaste et fidèle Dans la blanche cellule et les cloîtres étroits, Mais ses Sœurs, à son tour, voulurent que leurs fois S'en remissent en paix à sa sainte tutelle.
La bure vêt son corps que le linge embéguine ;
Le jeûne a macéré sa figure sanguine;
Son doigt suit sur la page entr'ouverte à ses yeux
La majuscule ornée et la lettre onciale.
Tandis qu'à l'autre main, où luit l'anneau pieux,
Se recourbe et fleurit la Crosse abbatiale.
LA païenne
Rome ! tes dieux sont morts, et ta maigre tétine, Louve de bronze, pend d'avoir trop allaité ! Mais le fantôme nu de l'antique beauté E>re encore aujourd'hui sur la terre latine.
La statue est brisée et la stèle s'incline; Le roseau se lamente où la flûte a chanté, Et tu restes toujours belle d'avoir été. Par le sourire pur des Déesses, divine.
Et, voyageur pieux, j'ai voulu qu'au retour Ma Dame ainsi fut peinte en ce cadre à son tour Debout sur le clair mont que l'aurore ensoleille.
Entre Pallas revêchc et Junon furieuse.
Car sa gorge rivale à sa pointe est vermeille Du même sang divin que la Victorieuse.
224 ŒX'VRES DE HENRI DE REGMER