LE COURTISAN
L'homme est peint à mi-corps en son cadre d'or roux Et regarde du fond de l'ombre qu'il éclaire Du regard de ses yeux dont sa bouche sait taire, Ironique, la joie, ou calme, le courroux.
Le front est haut, avec des sourcils de jaloux
Hérissés d'un poil brun qu'une ride resserre,
Le nez astucieux évente, guette et flaire;
La main longue est sans bague et l'habit sans bijoux.
Au coin du vieux tableau, à gauche, encore, on voit
L'inscription grattée et qui jadis fit foi
Des titres qu'il tirait des biens dont il fut maître;
Et cet homme inconnu dont nul ne sait le nom, A la cour du Grand Roi, naguère, a fait, peut-être Saluer lias Dangeau et pester Saint-Simon,
PORTRAITS DE INIAINS
Si le Temps à jamais efïaça dans l'oubli Le sourire perdu de leurs bouches vivantes, Son caprice a laissé les formes indolentes De leurs mains se survivre en un pastel pâli.
Celle-ci tient encor l'œillet qu'elle a cueilli; Toutes, tièdes de paix ou fébriles d'attentes. Mains de mères, mains de vierges ou mains d'amantes, Cambrent leur grâce fière ou leur galbe joli.
Sur le jaune papier oii ressort la sanguine
Le flexible bouquet de ces mains consanguines
Allonge de blancs doigts dont l'ongle fardé luit.
Et qui sait si jadis, au cadran des pendules.
Elles n'ont pas touché, par hâte ou par ennui, 1
L'aiguille où l'heure avance et où le temps recule?