‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 126 sur 203 · SALUT A VERSAILLES · texte numérisé non relu

SALUT A VERSAILLES

Celui dont iâme est triste et qui porte à iautomne Son cœur brûlant encor des cendres de l'été, Est le Prince sans sceptre et le Roi sans couronne De votre solitude et de votre beauté.

Car ce quil cherche en vous, ô jardins de silence. Sous votre ombrage grave où le bruit de ses pas Poursuit en vain Vécho qui toujours le devance. Ce quil cherche en votre ombre, ô jardins, ce n'est pas

Le murmure secret de la rumeur illustre Dont le siècle a rempli vos bosquets toujours beaux, Ni quelque vaine gloire accoudée au balustre. Ni quelque jeune grâce au bord des jraiches eaux;

// ne demande pas qiiij passe ou quij revienne Le héros immortel ou le vivant fameux Dont la vie orgueilleuse, éclatante et hautaine Fut Vastre et le soleil de ces augustes lieux.

Ce quil veut, cest le calme et c'est la solitude, La perspective avec Vallée et l'escalier. Et le rond-point, et le parterre, et Vattilude De Vif pyramidal auprès du buis taillé;

La grandeur taciturne et la paix monotone De ce mélancolique et suprême séjour, Et ce parfum de soir et cette odeur d'automne Qui s'exhalent de l'ombre avec la fm du jour.

0 toi que l'aube effraie, ô toi qui crains l'aurore, Et que ne tentent plus la route et le chemin. Quitte la ville vaine, arrogante et sonore Qui parle avec des voix de soleil ou d'airain.

C'est là que l'homme fait sa boue et sa poussière Pour élever son mur autour de l'horizon;

Mais loi, dont le désir rCapporle plus sa pierre Au Iravail en commun qui bâtit la maison,

y Laisse ceux dont le bloc charge, sans qu'elle plie. L'épaule, et dont les bras sont propres aux fardeaux, Se construire sans toi les demeures de vie Et va vivre ton'songe en la Cité des Eaux,

L'onde ne chante plus en tes mille fontaines, 0 Versailles, Cité des Eaux, Jardin des Rois! Ta couronne ne porte plus, ô souveraine, Les clairs lys de cristal qui l'ornaient autrefois!

La nymphe qui parlait par ta bouclie s'est tue Et le temps a terni sous le souffle des fours Les fluides miroirs où tu t'es jadis vue Royale et souriante en tes jeunes atours.

Tes bassins endormis à l'ombre des grands arbres Verdissent en silence au milieu de l'oubli. Et leur tain qui s'encadre cuix bordures de nmrbre Ne reconnaîtrait plus ta face d'aujourd'hui,

Qu importe! ce n'est pas ta splendeur et ta gloire Que visitent mes pas et que veulent mes yeux; Et je ne monte pas les marches de Vhistoire Au-devant du Héros qui survit en tes Dieux.

Il suffit que tes eaux égales et sans fête Reposent dans leur ordre et leur tranquillité. Sans que demeure rien en leur noble défaite De ce qui fut jadis un spectacle enchanté.

Que nï importent le jet, la gerbe et la cascade Et que Neptune à sec ait brisé son trident. Ni qu'en son bronze aride un farouche Encelade Se soulève, une feuille morte entre les dents.

Pourvu que faible, basse, et dans l'ombre incertaine, Du fond d'un vert bosquet quelle a pris pour tombeau. J'entende longuement ta dernière fontaine, 0 Versailles, pleurer sur toi, Cité des Eaux!

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