LE BASSIN VERT
Son bronze qui fut chair l'érigé en l'eau verdie, Déesse d'autrefois triste d'être statue; La mousse, peu à peu, couvre l'épaule nue, Et l'urne qui se tait pèse à la main roidie;
L'onde qui s'engourdit mire avec perfidie L'ombre que toute chose en elle est devenue, Et son miroir fluide où s'allonge une nue Imite inversement un ciel qu'il parodie.
Le gazon toujours vert ressemble au bassin glauque.
C'est le même carré de verdure équivoque
Dont le marbre ou le buis encadre l'herbe ou l'eau.
Et, dans l'eau smaragdine et l'herbe d'émeraude, Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde.