‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 24 sur 203 · SOIR · texte numérisé non relu

SOIR

Dans le silence pur et dans l'ombre attentive, Ecoute mollement couler le tiède bruit Que font en s'efïeuillant les roses d'aujourd'hui, Et qu'en ton souvenir un parfum leur survive.

Une heure doit s'enfuir pour qu'une autre la suive Et rapporte à son tour ce qu'emporte avec lui Le temps irrésistible et fourbe qui s'enfuit En tenant par la main l'heure qu'il rend furlive.

Regarde le beau vase arrondir, clair et vide, Son urne transparente et son cristal limpide : Sa déserte fraîcheur est douce pour tes mains.

L'inépuisable Amour a d'autres fleurs écloses. Et tu souris encor, toi qui sais les chemins De la source éternelle et des nouvelles roses.

LES MÉDAILLES d'aRGILE 53

PHILENIS ET EUCRATE

Le vent brusque à mon seuil souffla ma lampe haute, Mais j'ai vu ton visage et je sais que c'est toi; Viens vite sur le lit que deux corps font étroit; L'amour va doucement nous coucher côte à côte.

Non, ne rallume pas la lampe, ô mon cher hôte ! Je sais quel voyageur j'abrite sous mon toit; Sois patient, ne gronde point, écoute-moi Délacer lentement ma sandale que j'ôte.

Ne sens-tu donc que l'heure amoureuse est venue

Où, peu à peu, pour toi, j'achève d'être nue?

Mais laisse encor qu'avant de m'étendre en tes bras

Mon geste ténébreux sans ombre sur le mur,

Au nocturne miroir où je ne me vois pas.

Passe un peigne invisible en mes cheveux obscurs.

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