‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 56 sur 203 · ÉCHO MARIN · texte numérisé non relu

ÉCHO MARIN

C'est dans ce petit bois et proche de la mer

Où le hêtre argenté et le pin toujours vert

Mêlent leurs fûts polis et leurs troncs résineux.

C'est là, au sol de sable tiède, que je veux

Dormir, car c'était là, jadis, que bûcheron.

J'abattais, en chantant, d'un geste jeune et prompt,

Les arbres dont j'ai fait les mâts et la carène

Qui m'ont porté longtemps sur la mer incertaine,

Tandis que toi, restée au seuil de la maison,

Silencieuse, et le regard à l'horizon.

Tu suivais sur la mer ma voile entre les voiles

En rêvant à ma proue une propice étoile.

0 douceur, amertume, espoir, transes, retours,

Départs, rires de joie et larmes, tour à tour!

Et les deux bras noués à mon cou ruisselant !

Là-bas la mouette errante et l'âpre goéland,

Ici la tourterelle et la lente colombe ! Mais maintenant ma vie est faite; le soir tombe, Et mes os, épargnés par le flot vagabond, A l'ombre du cher bois, au sable dormiront, Parmi les hêtres blancs et les pins résineux, Tandis qu'au vent qui passe en fuite au-dessus d'eux Murmurera tout bas à mon oreille vaine Un invisible écho de mers aériennes.

LES MEDAILLES d'aRGILE 105

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