‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 58 sur 203 · ODE MARINE · texte numérisé non relu

ODE MARINE

J'entends la mer

Murmurer au loin, quand le vent,

Entre les pins, souvent,

Porte son bruit rauque et amer

Qui s'assourdit, roucoule ou sifïle, à travers

Les pins rouges sur le ciel clair...

Parfois

Sa sinueuse, sa souple voix

Semble ramper à l'oreille, puis recule

Plus basse au fond du crépuscule

Et puis se tait pendant des jours.

Comme endormie

Avec le vent.

Et je l'oublie...

Mais un matin elle reprend

Avec la houle et la marée.

Plus haute, plus désespérée.

Et je l'entends.

LEâ MÉDAILLES u'ARGILB 107

C'est un bruit d'eau qui souffre et gronde et se lamente

Derrière les arbres, sans qu'on la voie,

Calmée ou écumante

Selon que le couchant saigne ou rougeoie,

Se meurt ardent ou s'éteint tiède...

Sans ce grand murnuire ([ui croît ou cesse

Et roule ou berce

Mes heures, chacune, et mes pensées.

Sans lui, cette terre crue

Et crevassée

Que çà et là renfle et bossue

Un tertre jaune où poussent roses

De rares fleurs chétives qui penchent,

Sans lui, ce lieu âpre et morose

D'où je ne vois qu'un horizon pauvre

De solitude et de silence

Serait trop triste à ma pensée.

Car je suis seul, vois-tu. Toute la Vie M'appelle à son passé encor qui rit et crie Par mille bouches éloquentes Derrière moi, là-bas, les mains tendues, Debout et nue;

Et moi, couché

Sur la terre durcie à mes ongles en sang,

Je n'ai pour y sculpter mon rêve frémissant

Et le rendre éternel en sa forme fragile

Qu'un peu d'argile,

Rien d'autre

Pour façonner mes médailles mélodieuses

Où je sais dans la glaise ocreuse

Faire, visage d'ombre ou profil de clarté,

Sourire la Douleur et pleurer la Beauté...

Mais dans mon âme au loin l'amour gronde ou roucoule Comme la mer, là-bas, derrière les pins rouges.

LES MÉDAILLES d'aRGILE 109

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