LE JARDIN MOUILLÉ
La croisée est ouverte; il pleut Comme minutieusement, A petit bruit et peu à peu, Sur le jardin frais et dormant.
Feuille à feuille, la pluie éveille L'arbre poudreux qu'elle verdit; Au mur, on dirait que la treille S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède Crépite et l'on croirait, là-bas.
Entendre sur le sable et l'herbe Comme d'imperceptibles pas.
A TRAVERS l'AN 179
Le jardin chuchote et tressaille, Furtif et confidentiel; L'averse semble, maille à maille, Tisser la terre avec le ciel.
Il pleut, et, les yeux clos, j'écoute.
De toute sa pluie à la fois, Le jardin mouillé qui s'égouttc Dans l'ombre que j'ai faite en moi.