‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 86 sur 203 · ODELETTE · texte numérisé non relu

ODELETTE

J'aurais pu dire mon Amour

Tout haut

Dans le grand jour

Ardent et chaud

Du bel été d'or roux qui l'exalte et l'enivre

Et le dresse debout avec un rire

A tout écho !

J'aurais pu dire :

Mon Amour est heureux, voyez

Son manteau de pourpre qui traîne

Jusqu'à ses pieds !

Ses mains sont pleines

De roses qu'il effeuille et qui parfument l'air;

Le ciel est clair

A TRAVERS l'AN 187

Sur sa maison de marbre tiède

Et blanc et veiné comme une chair

Douce aux lèvres...

Mais non,

Je l'ai vêtu de bure et de laine;

Son manteau traîne

Sur ses talons;

Il passe en souriant à peine

Et, quand il chante, c'est si bas

Que l'on ne se retourne pas

Pour cueillir sa chanson éclose

Dans le soir qu'elle a parfumé;

Il n'a ni jardin, ni maison,

Et il fait semblant d'être pauvre

Pour mieux cacher qu'il est aimé.

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