‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 88 sur 203 · MADRIGAL LYRIQUE · texte numérisé non relu

MADRIGAL LYRIQUE

Vous êtes grande de tout un corps charmant

Dont l'ombre est à vos pieds, parmi les roses

Qu'efîeuillent vos mains en rêvant;

La douce fleur, pétale à pétale, se pose

En papillons légers et lents;

La tige, peu à peu, s'envole de sa rose.

Et la flûte à l'écho s'accorde dans le vent.

Vous êtes belle de tout un visage qui sourit,

De vos yeux clairs qui vous font douce

A votre bouche

Où le sourire en sa grâce s'endolorit

Comme l'espoir

Qui, lèvre à lèvre, joint et touche

Les lèvres de la tristesse qui lui sourit

En son miroir...

La flûte avec le vent s'est tue au fond du soir.

Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours

Qui, un à un, vers vous s'en viennent

Menant l'Amour

Nu dans sa robe d'or et de laine

Avec sa gourde et son diadème;

A vos roses il mêlera ses épis lourds

Et, pas à pas, la main dans la sienne.

Vous irez vers l'aurore et, dans la nuit sereine

Où s'est brisée avec le vent ma flûte vaine,

Vous entendrez,

Une à une, sous les roses et les cyprès,

Chanter dans l'ombre les fontaines.

A TRAVERS l'aN 191

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