ADIEUX
Il est de doux adieux au seuil des portes,
Lèvres à lèvres, pour une heure
Ou pour un jour;
Le vent emporte
Le bruit des pas qui s'éloignent de la demeure,
Le vent rapporte
Le bruit des pas du bon retour;
Les voici qui montent les marches
De l'escalier de pierre blanche;
Les voici qui s'approchent. Tu marches
Le long du corridor où frôle
Au mur de chaux le coude de ta manche
Ou ton épaule;
Et tu t'arrêtes, je te sens
Derrière la porte fermée;
Ton cœur bat vite et tu respires
Et je t'entends,
Et j'ouvre vite à ton sourire
La porte prompte, ô bien-aimée !
A TRAVERS l'aN 197
Il est de longs adieux au bord des mers
Par de lourds soirs où l'on étouiïe;
Les phares tournent déjà dans le crépuscule;
Les feux sont clairs.
On soufïre...
La vague vient, déferle, écume et se recule
Et bat la coque de bois et de fer;
Et les mains sont lentes dans l'ombre
A se quitter et se reprennent.
Le reflet rouge des lanternes
Farde un présage en sang aux faces incertaines
De ceux qui se disent adieu aux quais des mers
Comme à la croix de carrefours,
Comme au tournant des routes qui fuient
Sous le soleil ou sous la pluie,
Comme à l'angle des murs où l'on s'appuie,
Ivre de tristesse ou d'amour.
En regardant ses mains pour longtemps désunies
Ou pour toujours...
Il est d'autres adieux encor
Que l'on échange à voix plus basse
Où, face à face,
Anxieusement, Vie et Mort,
Vous vous baisez, debout dans l'ombre, bouche à bouche,
Comme pour mieux sceller encor.
Dans le temps et l'éternité, Lèvre à lèvre et de souffle à souffle. Votre double fraternité.
A TRAVERS l'AN 199