‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 91 sur 203 · ADIEUX · texte numérisé non relu

ADIEUX

Il est de doux adieux au seuil des portes,

Lèvres à lèvres, pour une heure

Ou pour un jour;

Le vent emporte

Le bruit des pas qui s'éloignent de la demeure,

Le vent rapporte

Le bruit des pas du bon retour;

Les voici qui montent les marches

De l'escalier de pierre blanche;

Les voici qui s'approchent. Tu marches

Le long du corridor où frôle

Au mur de chaux le coude de ta manche

Ou ton épaule;

Et tu t'arrêtes, je te sens

Derrière la porte fermée;

Ton cœur bat vite et tu respires

Et je t'entends,

Et j'ouvre vite à ton sourire

La porte prompte, ô bien-aimée !

A TRAVERS l'aN 197

Il est de longs adieux au bord des mers

Par de lourds soirs où l'on étouiïe;

Les phares tournent déjà dans le crépuscule;

Les feux sont clairs.

On soufïre...

La vague vient, déferle, écume et se recule

Et bat la coque de bois et de fer;

Et les mains sont lentes dans l'ombre

A se quitter et se reprennent.

Le reflet rouge des lanternes

Farde un présage en sang aux faces incertaines

De ceux qui se disent adieu aux quais des mers

Comme à la croix de carrefours,

Comme au tournant des routes qui fuient

Sous le soleil ou sous la pluie,

Comme à l'angle des murs où l'on s'appuie,

Ivre de tristesse ou d'amour.

En regardant ses mains pour longtemps désunies

Ou pour toujours...

Il est d'autres adieux encor

Que l'on échange à voix plus basse

Où, face à face,

Anxieusement, Vie et Mort,

Vous vous baisez, debout dans l'ombre, bouche à bouche,

Comme pour mieux sceller encor.

Dans le temps et l'éternité, Lèvre à lèvre et de souffle à souffle. Votre double fraternité.

A TRAVERS l'AN 199

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