A UNE CANTATRICE QUI CHANTAIT UNE VIEILLE CHANSON
Je pense encore au jour où, pour la première fois, j'ai rencontré la magicienne ! A ses accents mélodieux qui s'insinuaient dans mon cœur, des larmes coulèrent sur mes joues, — je ne savais pas ce qui m'arrivait.
Un rêve descendit en moi : j'étais encore petit enfant ; tranquillement assis au clair de la lampe dans la chère chambrette de ma mère, je lisais des contes merveilleux ; au dehors, la nuit et le vent.
Voilà les contes qui revivent ; les chevaliers sortent de leur tombe ; au val de Roncevaux, on se bat. Sire Roland est à cheval ; beaucoup de braves lui font escorte, et malheureusement aussi le traître Ganelon. \
C'est lui, le traître, qui prépare à Roland une couche. Celui-ci , baigne dans le sang, presque sans respiration ; à peine si le bruit de son cor a pu venir à l'oreille du grand Charles que déjà le voilà qui trépasse — et mon rêve mourut avec lui.
Une rumeur confuse m'arrachait à mon rêve. La légende était terminée ; les gens battaient des mains et criaient des bravos , sans fin ; la cantatrice fit une révérence profonde.