‹ Œuvres de Henri Heine (volume 4)Chapitre 23 sur 81 · DIALOGUE SUR LA LANDE DE PADERBORN · texte numérisé non relu

DIALOGUE SUR LA LANDE DE PADERBORN

N'entends-tu pas des airs lointains, des airs de violon et de violoncelle ? Ce sont, sans doute, quelques belles qui dansent légèrement la ronde ailée.

— "Eh ! mon ami, tu fais erreur. Je n'entends pas le moindre violon, mais seulement des gorets qui crient et des cochons qui grognent. "

N'entends-tu pas le cor au fond des bois ? Ce sont des chasseurs contents de leur chasse ; je vois de doux agneaux qui paissent, des pâtres qui jouent du chalumeau.

— " Eh ! mon ami, ce que tu entends, ce n'est ni cor ni chalumeau ; je ne vois que le porcher qui pousse ses truies vers retable."

N'entends-tu pas des chants lointains, doux comme ceux des bucoliques ? Les petits anges avec leurs ailes applaudissent à de tel accents.

— " Eh ! ce qui tant joliment résonne, ce n'est pas un air alterné, mon ami ! Ce sont des gamins qui chantent, en poussant devant eux leurs oisons. "

N'entends-tu pas tinter les cloches, douces et claires merveilleusement ? Vers la chapelle du village, les fidèles dirigent leurs pas en un dévot recueillement.

6o HENRIHEINE

— " Eh ! mon ami, ce sont les clarines des bœufs et des; vaches qui regagnent, la tête basse, l'étable plongée dans kj nuit."

Ne vois-tu pas flotter un voiler On dirait un signal discret. Làbas, je vois la bien-aimée, les yeux humides de tristesse.

— " Eh ! mon ami, je ne vois rien que la femme des bois, la Lise. Pâle et maigre, sur sa béquille, elle s'en va du côté des prés. " M

Soit, mon ami, tu peux rire de mes questions fantasques ! ^ Peux-tu faire que ce qui me tient l'âm.e ne soit jamais qu'illusion ?

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