LIVRE VII
La iiuil autour de Ir.i jette sou crêpe affreux. »
« Mon fils, dit le vieillard J'uu accent douloureux , Ces traits de Marccllus sout la brillante image...
— Mais pourquoi sur sou front ce lugubre nuage? Lui seul à tant d'honneurs demeure indifl'éreut.
— Ah ! que dcmaudcs-tu? dit Anchise en pleurant : Celte fleur d'une tige en héros si féconde,
Les deslins ne feront que la montrer au monde. Dieux, vous auriez été trop jaloux des Romains, Si ce dou précieux fut resté dans leurs mains ! Pleure, cité de Mars, pleure, dieu des batailles. O combien de sanglots suivront ses funérailles ! Et toi, Tibre , combien tu vas rouler de pleurs , Quand son bûcher récent t'apprendra nos malheurs ! Quel enfant mieux que lui promeltoit un grand homme .' 11 est l'orgueil de Troie, il l'eût été de Rome. Quelle antique vertu ! quel respect pour les dieux ! IVul n'eût osé braver son bras victorieux. Soit qu'une légion eût marché sur sa trace, Soit que d'un fier coursier il eût guidé l'audace. Ah! jeune infortuné, digne d'un sort plus doux, Si tu peux du dostiu vaincre un jour le courroux , Tu seras Marccllus... Ah! souffrez que j'aiTcse Son tombeau de mes pleurs. Que le lis, que la rose, Trop stérile tribut d'un inutile deuil , Pleuvant à pleines mains sur son triste cercueil; Et qu'il reçoive au moins ces offrandes légères , Brillantes comme lui, comme lui passagères. » Ainsi tous deux erroicnt aux bois élysiens. Et parcouroieut tous deux ces champs aériens.
Quand les grandeurs de Piome et toutes ses merveilles Du héros des Troyens ont charmé les oreilles, Et rempli tout son cœur di,- ses nobles destins, Anchise offre à ses yeux les rivages latins , Les peuples, les combats, les assauts qui l'allcndent, Ce que le sort, les dieux, et sa gloire demandent.
Sed noï atra caput tristi circiimTolat umbra. »
Tum pater Aucbises, lacrymis ingressiis oboilis : « O nate, ingentem luctuin ne quKre tuoium; ^'" Ostendenl terris hune tantum fata, neque ultra Esse sinenl! iMmium vobis Romana propago Visa poteos , superi , propria hœc si dona fcjssent. Ouantos ille virum magnam Mavortis ad urbcra Campus aget gemitus ! vcl quae, Tiberine, videbis Funcra, quiim tudiulum praeterlabere rccenlctn! Nec puer lliaca quisquam de gente Latinos In tantum spe tollet avos; nec Romnla quondain Lllo se tantum tc'las jactabit alurano.
Heu pietas, bcu prisca fides, in-.iclaque hello
83o Dextera! non illi se qiiisquara inpune lulisset Obvius arisato, seu quam pedes irel in bostcm, Seu spumantis equi foderet calcaribus arnios. Heu, miserande puer! si qna fata aspera rumpas. Tu Marcellus eris. Manibus date lilia plenis : Purpureos spargam flores, animamque nepotis His saltem adcumulem donis, et fungar inaui Munere. » Sic tota passim regione vagantur Acris in carapis latis , atque ouinia lustrant.
Quae postquam Ancbises natum per singula duxit ,
'■9" Incenditque anioium fanise venientis amore; Eiin beila viro memorat qua; dciadc gercuda,
Deux portes du Sommeil , deux passages divers Aux songes voltigeants s'ouvTenl dans les enfers : L'une, resplendissante au sein de l'ombre noire. Est formée avec art d'un pur et blanc ivoire; Par là montent vers nous tous ces rêves légers, Des erreurs de la nuit prestiges mensongers; L'autre est faite de corne, et du sein des lienv sombres Elle donne passage aux véritables ombres. Tel Anchise long-temps, péirde sages avis, Se plaît à diriger la prêtresse et son fils ; Ainsi, le cœur rempli de sa future gloire, Le héros part, et sort par la porte d'ivoire. Pensif, et méditant ses nobles entretiens. Il marche , et va trouver la flotte des Troyens. La voile est déployée; et, sans quitter la plage , De Caïète bientôt il touche le rivage : L'ancre tombe, et, des vents défiant les assauts, Ses nefs le long du bord reposent sur les eaux.