LIVRE XII
r.e fer n'esl pas novice à veiiijpr mou injure , Et le sang qiiel((uefois a suivi sa blessure. Ce guerrier n'aura plus , pour secourir sa peur, Ni Vénus, ni l'abri d'un nuage trompeur. Qu'il vienne ce héros que protège une femme, Il verra qui je suis , et si Ibonueur m'enflamme. "
La reine cependant , craignant ces grands combats , Tremblante, et l'œil en pleurs, le tenoit dans ses bras, Et son cœur en ces mots épanche ses alarmes : " Si vous êtes sensible à ma gloire, à mes larmes, Turnus ! ne m'ôtez pas mou unique secours, Seul espoir de mes maux , seul bien de mes vieux jours ; Sur vous seul est fondé le bonheur de ma fdle , Le salut des Latins, 1 honneur de ma famille. Au nom de votre amie, au nom de tout l'état. Evitez , par pitié , ce terrible combat ! Je meurs si vous mourez. Ce brigand du Scamandre Ne deviendra jamais mon maître ni mon gendre; Et la même journée aura vu son orgueil Traîner ma fille au temple et sa mère au cercueil. >•
Amale exhale ainsi sa tristesse mortelle : La jeune Lavinie, immobile auprès d'elle, Lui répond par des pleurs. L'n feu subit a pehil D'un ardent incarnat l'albâtre de son teint ; 11 brûle sur sa joue , il court sur son visage. De la pudeur timide intéressante image.
Ainsi des mains de l'art nos yeux verroieut sort ir L'ivoire coloré de la pourpre de Tyr ; Ou tel , en un bouquet de fleurs fraîches écloses , Le lis peint sa blancheur du doux reflet des roses : Telle on voit Lavinie ; ainsi l'instant fatal Du trouble de son cœur peint son front virginal. Du superbe Ardéen , qui des yeux la dévore , La fureur et l'amour s'en accroissent encore ; Et tous deux en secret enflammant le héros, A la plaintive Amate il adresse ces mots : « Reine, cessez vos pleurs, et que ce noir présage
Spargimus, et nostro sequitur de volnere saoguis. Longe iJli dea mater erit , quae nube fugacem Feminea tegat, et vanis sese occulat umbris. »
At regina, nova pugnae conterrita sorte, Flebat, et ardeotem generum moritura tenebat : « Turne, per bas ego te lacrvmas, per, si quis Aisatae Tangit hooos aDÎmiim (spes tu nuoc una, seoectae Tu requies misera, decus imperiumque Latini Te peues, in te omnis domus inclinata recumbit),
^ L'nura oro! désiste manum conmittere Teucris. Qui te cumque manent isto certamine casus. Et me, Turne, manent : simul haec invisa rcliuquara Lumina , née generum inean captiva videbo. »
Adcepit vocem lacrymis Lavinia raatris Flagrantis perlusa gênas : cul plurimus ignem Subjecit rubor, et calefacta per ora cucurrit. Indum sanguineo veluti violaverit ostro Si quis ebur; aut mixta rubent ubi lilia mult? Alba rosa : talis virgo dabat ore colores.
7° lllum turbat amor, figitqne in virgine vollus; Ardet in arma magis, paucisque adfatur Amatam : «< l\c, qua;so, ne me lacrvmis, neve ominc tauto Proseqnere in dur! certamiiia Marlis euntcm,
Ne suive pas Turnus dans le champ du courage ! De mes destins futurs mon cœur n'a plus le choix : Les dieux ont prononcé , j'obéis à leur voix. Allez, Idmon, portez au tyran de Pergame Ces mots qui jetteront quelque effroi dans sou ame ; Sitôt que sur son char l'Aurore de retour Rou^Tira la carrière au dieu brillant du jour, Qu'il suspende l'ardeur de ses bandes Iroyennes; Dans le même repos je retiendrai les miennes : C'est trop à notre cause immoler deux états , C'est à nous de finir ces funestes débats; Nous seuls déciderons du sort de l'Ausonie, Et le fer nommera lépoux de Lavinie. »
Il dit, et se retire au fond de son palais, Du combat solennel ordonne les apprêts, Demande ses chevaux, enfants de laScvthie, Que reçut Pilumnus de la jeune Orithve : Moins blancs sont les frimas, moins légers sont les vents. Les dents du buis doré peignent leurs crins mouvants ; Au seul son de sa voix , leur noble ardeur éclate , Et répond au doux bruit de la main qui les flatte. Puis il prend sa cuirasse, où se mêle avec l'or Un métal , fruit d'un art plus précieux encor ; Orne son front guerrier d'une aigrette flottante ; Saisit avidement son épée éclatante.
Sa foudroyante épée, ou\Tage de Yulcain, Que dans le Styx fatal il trempa de sa main , Et qui, du fier Turnus défense héréditaire. Eut à son bras vaillant transmise par sou père. D'un des pilastres d'or de son palais pompeux Il détache, il saisit de son bras vigoureux, Il agite en ses mains sa formidable lance , Qu'au belliqueux Actor arracha sa vaillance. « O loi que nul mortel n'affronte impunément. Toi que jamais Turnus n'invoqua vainement , Et qui des mains d' Actor as passé dans la mienne , Tiens , dit-il , viens dompter celte race Iroyenne !
O mater! neque enim Turno mora libéra mortis. ISuntius hsec, Idmon, Pbrvgio raea dicta Ivranuo Haud plaeitura rcfer : Quum primum crastina cœlo Puniceis invecta rôtis Aurora rubescit, Neu Teucros agat in Rutulos : Teucrum arma quiescant Et Rutulum : nostro dirimamus sanguine bellum.
80 Illo qusratur conjux Lavinia campo. »
Haec ubi dicta dédit, rapidusque in tecta reccssit, Poscit equos, gaudetque tuens ante ora frementis, Piiumno quos ipsa decus dédit Orithvia ; Qui candore nivcs anteirent, cursibus auras. Circumstant properi aurigse, manibusque lacessunt Pectora plausa cavis, et colla comantia pectunt. Ipse dehine auro squalentem alboque orichalco Circumdat loricam humeris : simul aptat habendo Ensemque, clvpeumque, et rubrac cornua crista: ;
90 Ensem, quem Dauno ignipotens deus ipse parenti Fecerat, et Stvgia candentem linxerat unda. Exin, quae mediis ingcnti adnixa columnae .£dibus adstabat, validam vi conripit hastam, Actoris Aurunci spoliura ; quassatque trementem , Vociferans : « Nunc, 0 nunquam frustrata vocaliis llastâ mcoE nunc tcmpus adcst; te maximus Actor,
L'ENÉIDE
Que ce vil Phrygien qu'elle appelle son roi , Ce chef vohiplueux tombe immolé par loi ! Déchire sur son corps sa cuirasse impuissante ! Que je traîne à mes pieds dans la poudre sanglante (;es cheveux sur son front avec art assembles , Qu'en anneaux élégants un fer chaud a roulés; Ces cheveux embaumés des parfums de Pergamc, Opprobre d'un guerrier, parure d'une femme ! »
Ainsi parle Turnus enilammé de fureur : Tel son courage ardent bouillonne dans son cœur, Étincelle en ses yeux , brille sur son visage. Ainsi , brûlant d'amour et mugissant de rage, D'un taureau furieux le superbe rival , Quand son puissant courroux prélude au choc fatal , Luile contre les vents, s'exerce contre un chêne, Et sons ses bonds fougueux disperse au loin l'arène.
Cependant à son toin- le rival de Turnus , Couvert du bouclier que lui donna Vénus, Des feux de la colère échauffe son courage; Mars au fond de son cœur souffle toute sa rage : Fier de sauver l'empire , il s'applaudit tout bas De s'exposer tout seul au hasard des combats , D'Ascagne et des Troyens apaise les alarmes , Leur parle des destins protecteurs de ses armes , Et par un prompt courrier fait annoncer au roi De ce noble cartel la salutaire loi.
A peine de la mer quittant le noir abime Les coursiers du Soleil des monts doroient la cime , Et, chassant devant eux l'humide obscurité, Souffloient de leurs naseaux des torrents de clarté ; Auprès de la cité, tranquille spectatrice, A ces rivaux fameux on prépare la lice : Les feux du sacrifice au milieu sont placés ; En gazons verdoyants les autels sont dressés. Là, des divinités aux deux peuples commuius, Et Troyens et Lalins attendent leurs fortunes. Le front ceint de verveine et d'un voile de lin,
D'aulrcs portent l'eau sainte et le brasier divin ;
Tout est prêt. Des Latins les nombreuses cohortes
S'élancent de leurs murs et franchissent les portes ;
Les Troyens à leur tour et les braves Toscans
Sous leurs drapeaux divers abandonnent leurs camps :
Tous ils marchent armés, comme si des batailles
Le dieu les appeloit à sauver leurs murailles.
De pourpre revelus, et d'or éblouissants.
Les chefs des deux partis volent de rangs en rangs :
Ici brille Asylas, et là Mncsthée étale
L'antique majesté de sa race royale;
Et le fougueux Messape , enfant du dieu des mers ,
De ses yeux, enflammés fait jaillir les éclairs.
Le signal est donné : soudain un large espace
Sépare les deux camps; et chacun à sa place,
Debout, son javelot dans la terre enfoncé.
Tient, tranquille témoin, son bouclier baissé.
Les mères cependant , et la foule sans armes ,
Et les foil)les vieillards, pleins d'espoir et d'alarmes,
Pour voir ce grand combat assiègent à-la-fois
Et les créneaux des tours et les sommets des toits ;
Des murailles, des tours d'autres couvrant le faîte,
Contemplent en tremblant celte terrible fêle.
Cependant, des hauteurs d'un mont alors sans nom , Qu'Albe illustra depuis, la puissante Junon En silence fixoit cette scène imposante. Les deux peuples , leurs camps , et les murs de Laurente. Aussitôt de Turnus elle appelle la sœur, Juturne , qu'en tout temps distingua sa faveur ; Qui voit sous son pouvoir et les ruisseaux limpides , Et les marais dormants, et les fleuves rapides. Pour prix de sa pudeur qu'outragèrent ses feax , Jupiter lui donna cet emploi gloiieux.
La déesse en ces mots à la njniphe s'adresse : « Nymphe , ornement des cieux , et chère à ma tendresse , De celles qu'en dépit de mon m-gueil jaloux Dans sa couche infidèle appela mon époux,
Te Turni nunc dcxtrn gerit : da stcrncrc corpus, Loricainque manu valida lacerate revolsani Semiviri Phrygis, et fœdare in pulvcre criiiis loci Vibratos calido l'erro myrihaquc madciitis. » His agitur furiis, totoquc ardcntis ab orc Scintillae absistunt; oculis micat aciibus ignîs. Mugitus vcluti quum prima in pr;ciia taurus Terrificos ciet, atquc irasci in coriiua tentât, Ârboris obnixus trunco, vcntosque lacessit Ictibus, et sparsa ad pugnaia proludit arcna.
!\ec miîius interca malernis sanus in arinis vEncas acuit Martcm, et se suscitât ira, Oblalo gaiidcns conponi fœdere bellum.
1'" 'l'um socios, mœstique melura solatur luli, Fata docens; regique jubet responsa F^atino Certa referre viros, et pacis dicere leges.
Postera vix sumnios spargebat lumine montis Orta dJcs; quum primura allô se gurgite lolluiit Solis equi, luceraque elatis uaribus cfflaiit : Canipuin ad certamen magnœ sub mœuibus uihis Dimensi Rutulique viri, Teucrique parabant; lii raedioque focos, tt dis communibus aras Gramincas : alii fontemquc igncmqiic rcrcl>a!'l.
120 Velali lino, et verbena tempera vincti.
Proccdit legio Ausonidum, pilataque plenis Agmina se fundunt portis. Hinc Troïus omnis, Tyrrhenusque ruit variis exercitus armis; Haud sccus inslructi ferro, quam si aspeia Martis Pugna vocet. Nec non mediis iii millibus ipsi Ductorcs auro volitant, ostroquc decori.
Et gcnus Assaraci Mnesthcus, et forlis Asylas, Et Mcssajjus cquura domitor, INcptunia proies. Utque dato signo spatia in sua quisque récessif,
'■'O Defigunt tellure bastas, et scuta reclinaot. Tuni studio elïusie niatres, et volgus inennurei, Invalidique scnes, turris et tecla domorum Obsedere ; alii portis sublimibus adslant.
At Juno e summo, qui nunc Albanua habctur, (Tum neqiie nomcn erat, nec bonus, aut gloria mouti) Prospiciens tumulo campum adspectabat, et ambas Laureiitum Troumque acies, urbemque Lalini. Extemplo Turni sic est adl'ata sororem Diva deara, stagnis quae flumiuilnisque sonoris
' i" Prsesidet; hune illi rex aHberis allus honorera Juppiter crepta pro virginitate sacravil : •< IVjiiipha, decus fluviorum, auiaio gralissiuia nosiro,