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A-ini des vérités, [xir crainle les enchaîne, Et s'abstient du plaisir, pour éviter la peine. Écoutant moins sou cœur, et bien plus son esprit, Voltaiie orne avec art la i-aisou qu'il chérit ; Mais sa philosophie, avec plus de souplesse, Sur les mœurs de son temps compose sa sagesse ; Et l'auleiu- du Mondain , à nous plaire occupé , Immole la morale au succès d'un soupe:
Abandonne la vie à la fougue des vices, Néglige ses devoirs, recherche ses délices : Jamais son cœur n'admit de sentiments profonds. Riche du fonds d'aulrui , mais riche par son fonds , Montagne les vaut tous : dans ses brillants chapitres , Fidèle à son caprice, infidèle à ses titres, Il laisse errer sans ai"t sa plume et son esprit , Sait peu ce qu'il va due, et peint tout ce qu i! dit : Sa raison, un peu libre et souvent négligée, N'atlaque point le vice en bataille rangée; Il combat, en courant, sans dissimuler rien; Il fait notre portrait en nous faisant le sien : .Aimant et haïssant ce qu'il hait , ce qu'il aime. Je dis ce que d'im autre il dit si bien lui-même : « C'est lui, c'est moi. » Xaif, d'un vain faste ennemi , Il sait parler en sage et causer en ami. Heureux ou malheureux , à la ville , en campagne , Que son hn'C charmant toujours vous accompagne.
Ne peut-on pas aussi, dans le choix des auteurs, Considter ses besoins, et son âge, et ses mœurê : Graves , ils calmeront le feu de la jeunesse ; Gais, ils feront encor sourire la vieillesse. Tel Yoltaire naissant étudioit Newton ; Vieux, lisoit Arioste , et composoit Memnon ; Et, près du froid Jura, dans l'hiver de sa vie, A tous nos jeunes fous faisoit encore envie. Telles, lilles de l'art, des lleurs parfument l'air. Font régner le printemps et douter de l'hiver. Ainsi, de la raison emprimtant le langage, Contre les passions de tout rang, de tout âge. Je dictai des leçons ; mais , contre ses ennuis , Le malheur à son tour implore des appuis.
Eh ! peux-lu dédaigner, musc compatissante. Du malheur éploré la voLx attendrissante .' Souvent des cœurs ingrats la noire trahison, La mort de ce qu'on aime, accable la raison. Tantôt, c'est de l'exil la langueur importune. Tantôt, l'écroulement d'une haute fortune. Dirai-je les horreurs de la captivité .^ Combien de lame alors je crains l'activité ! C'est alors que le cœur, loin de tout ce qu'il aime. Se repliant sur lui , se dévore lui-même : Alors tout s'exagère ; alors de la raison Les songes douloureux sont pour elle un poison ; Et l'homme, de ses maux instrument et victime, Du malheur, en rêvant, approfondit l'abîme. Quels que soient vos chagrins , gardez que la douleur D'une seule pensée occupe votre cœur !
Par des distractions , dont s'amuse votre ame , De SCS feux dévorants amortissez la flamme : Les flèches de Diane, ainsi que ses filcu,
Souvent de Cythérée affoibUrcnt les traits.
Des beaiLX-arts, à leur tour, le doux apprentissage
S'empare de l'esprit, le distrait, le soulage;
Et, d'un joug trop pesant notre esprit échappé,
Par leurs jeux innocenls est doucement trompe.
Ainsi, lorsqu'à grands flots un noir torrent bouillonne ,
Notre art ouvre une issue à la vague qui tonne ;
Alors le fier torrent court moins impétueux ,
Et vient baiser son frein d'un flot respectueux.
Ainsi lame, élancée en sa vaste carrière,
Veut des amusements plutôt qu'une barrière,
Ainsi, trente tyrans, dans Athène autrefois,
Régnoient moins durement en régnant à-la-fois :
Comme dans la nature , ainsi notre ame liljrc
Par d heureux contrepoids conserve l'équilibre.
De la distraction tel est l'effet puissant !
Au pouvoir qui la dompte elle en oppose cent.
Des prisonniers français contemplez l'industrie : Retenus dans les fers, privés de leur patrie. Leurs épouses, leurs fils, leurs amis sont absenis; Mais d'un travail heureux les soins divertissants Consolent leurs regrets ; là , la paille docile Prend mille aspects nouveaux sous une main agile. De mille riens charmants amuse leur ennui, Se dessine en navette , ou se roule en étui ; Ou, d'un chapeau léger composant la parure, Ta des beautés d'Ecosse orner la chevelure. Leurs ongles pour canifs , leur rasoir pour ciseau , Ils travaillent le lin, l'écorce, le roseau : L'un tresse sou panier, et l'autre sa corbeille ; A la journée active ils ajoutent leur veille. Ailleurs , les vils débris de leurs sobres banquets , Des os taillés, sculptés, et façonnés sans frais. Chefs-d'œuvre ingénieux de la constance adroite. Sont changés en coffrets, sont transformés en boite; Et sous un doigt léger présentent, chaque jour. Des dons pour l'amitié, des présents pour l'amour; Et d'un art inventif l'élégante merveille S'en va rendre plus pure ou la bouche ou l'oreille : Le chef-d'œuvre imprévu charme les yeux surpris , Et l'art de la matière a surpassé le prix. Chaque heure a son emploi; ces simples bagatelles Yont charmer les amis, les amants et les belles ; Et le bonheur oisif , en dépit des verrous , De l'adresse captive est lui-même jaloux. Ainsi souvent les arts , de l'ennui sont l'ouvrage , Et l'esprit inventeur est né de l'esclavage; Le captif solitaire est soulagé par lui; Il trompe la douleur, et le temps et l'ennui. Tout prêt à s'échapper par des routes nouvelles. Dédale en sa prison se fabriqua des ailes, En arma son enfant ; et , Ubre de ses fers , Nocher audacieux , navigua dans les airs ; Mais , avant de quitter ses lugubres demeures , Combien sur lui du temps pesoient les lentes heures ! Le travail l'abrégeoit , et son cœur désolé , Avant que d'êtie heureux , fut du moins consolé.
Ah ! sous le poids des fers si l'esprit peut s'éleindie, Combien l'égarement est encor plus à craindre,
Pour un ami des arts, de qui l'esprit ardent Veut dans le monde entier errer indépendant; Et de qui l'ame fière, ombrageuse et sauvage, S'effarouche et s'irrite au seul nom d'esclavage !
Tel fut ce Pélisson , dont la constante foi Brava, pour un ami, le courroux d'un grand roi. Digne élevé des arts , sa généreuse audace De lillustre Fouquet embrassa la disgrâce ; Et, tandis que dans Vaux, aux Naïades en pleurs, La Fontaine faisoit répéter ses douleurs, Pélisson dans les fers suivit celte victime : Aimer un malheureux , ce fut là tout son crime. Trop souvent du pouvoir les ageuls détestés Joignent à ses rigueurs leurs propres cruautés. Du triste Pélisson pour combler la misère, On avoit retranché, de sou toit solil-aire. Ses livres, ses travaux, et l'art consolateur Qui confie au papier les sentiments du cœur. Déjà, dans les langueurs de sa mélancolie. Il sentoil par degrés s'approcher la folie. Pour tromper ces chagrins il iiiveule un secret Frivole en apparence, et puissant en effet: Des milliers de ces dards, dont les pointes légères. Fixent le lin bottant sur le sein des bergères. Jetés sur ses laml)ris, ramassés tour-à-lour, Trompoient dans sa prison les longs eimuis du jour ; Mais bientôt ce vain jeu ne fut qu'un soin pénible ; L'être qui sent, lui seul, console un cœur sensible. Au défaut des humains, souvent les animaux De l'homme abandonné soulagèrent les maux ; Et l'oiseau qui iVedonne, et le chien qui caresse, Quelquefois ont suffi pour charmer sa tristesse. L'infortune n'est pas difficile en amis : Pélisson l'éprouva. Dans ces lieux ennemis, Un insecte aux longs bras, de qui les doigts agiles lapissoienl ces vieux murs de leurs toiles fragiles, Frappe ses yeux : soudain , que ne peut le malhein- ! Voilà son compagnon et son consolateur';! Il l'aime : il suit de lœil les réseaux qu'il déploie; Lui-même il va chercher, va lui porter sa proie. Il l'appelle, il accourt, et jiis(|iie dans sa main L'animal familier vient chercher son festin. Pour prix de ces secours, il charme sa soiiffiaiice; Il ne s'informe pas, dans sa reconnoissance. Si de ce malheureux, caché dans sa prison. Le soin intéressé uail de son abandon.
Trop de raisonnement mène à l'iiigralitiide : Son instinct fut plus juste; et, dans leur solitude Défiant et barreaux, et grilles, et verrous, Nos deux reclus entre eux rendoieni leur sort plus doux ; Lors(|ue, de la vengeance implacable ministre, Un geôlier au ennir dur, au visage sinistre. Indigné du plaisir que goùle un malheureux. Foule aux pieds son amie, et l'écrase à ses yeux : L'insecte étoit sensible, et l'homme fut barbare! Ah! tigre impitoyable et digue du lartare, Digne de présider au tourment des pervers, Va, Mégère t'attend an cachot des enfers! Et toi , de qui Pallas punit la hardiesse ,
Et qui par ton bienfait reconquis ta noblesse. Dont peut-être l'instinct, dans ce mortel chéri v Devinoit des beaux-arts l'illustre favori, Aracliné, si mes vers vivent dans la mémoire. Ton nom de Pélisson partagera la gloire; On dira ton bienfait , ses vertus, ses malheurs, Et Ion sort avec lui partagera nos pleurs.
CHANT VIL