LIVRE III
Sous le vaste emp) rée incessammenl erraiiles. Satan touche ses bords; comme un point globuleux, De loin un monde obscur se montroit à ses ycu\ : Maintenant il découvre un continent immense , Sombre, inculte, et plongé dans un vaste silence, Que menacent de près et la profonde nuit , Et du triste chaos l'épouvantable bruit; Tandis qu'à l'autre bord règne une clarté pure, Dont un léger reflet descend dans l'ombre obscure. De ces vastes déserts, frontières du chaos, Où les combats des vents , de la flamme et des flots , L'environnent encor de leur bruyant orage , L'archange parcouroit l'aridité sauvage.
Tel un de ces vautours , avides nourrissons Des rochers d'Imaùs , qui de ses vieux glaçons Oppose la barrière aux courses du Tartare , Loin d'un sol indigent, et de butin avare. Part, vole aux prés fleuris, aux superbes troupeaux Que l'Hydaspe ou le Gange abreuvent de leurs eaux ; Mais, souvent fatigué du pénible voyage, Il descend, il s'abat sur quelque aride plage. Aux champs de Séricane, en ces sables mouvants Où le Chinois, habile à maîtriser les vents, Fait douter, sur son char que la voile seconde , S'il roule sur la terre , ou s'il vogue sur l'onde : Ainsi l'archauge, errant dans ce vaste séjour, Va, vient, monte, descend, redescend tour-à-tour; Son avide regard cherche par-tout sa proie : Par-tout uii vide immense à ses yeux se déploie ; Pas un être vivant , un être inanimé.
Mais un monde nouveau dans ces lieux s'est formé : Depuis qu'un fol orgueil eut égai'é les hommes, I-à, dans l'air exhalé du séjour où nous sommes,
Froin Cliaos, and tin; in road of Darkness old, Satan aliglitcd walks : a globe far off It sccm'd, now sccms a boundlcss continent Dark, tvastc, and wild, under llie frown of Niglit Starlcss expos'd, and evcr-lhreateiiing stonns Of Cliaos blusiering round, inclciuent sky; Save on Ihat side wliicli froin tlie wall of lica ven , Thougli distant far, some sniall rcdcctioii gains Of glimnieriiig air, less vcx'd willi tempcst loiid :
♦ '" Ilere walk'd llie Ficnd at large in spacious ficld. As whcn a vulturc ou Iiiaus bred, Whosc suowy ridgc ihe roving Tartan bounds, Dislodging from a région scarce of proy, To gorge the flcsh of lanibs or yeanliiig kids. Oc liills ^^he^c tlocks are fcd, flics loward the spring.i Of Ganges or llydaspes, Indian slreania; Rut in bis way liglits on tlie barreo plaius Of Sericana, wberc Cliinescs drive W'itb sails and wind tlicir cany waggons liglit ;
*'i'> So, on ihis windy sea of land, the Ficnd
Walk'd iip and dowu aloue, bcnt on hls prey : Alone, for otber créature in ihis jila^e, l.iving or lifelcss, to be found was noue.
Nodc vet; but store hercafter fiora the carlli [Jp hilhcr likc aërial vapours flew Of al! tliings transilory' and vain, when sin With vanitv bad (îU'd the works of men; Botb ail things vain , aud ail wbo iu vain tliin:;'
Les chimériques vœux et les rêves Irompeius
Montent incessamment en subtiles vapeurs;
Tout ce que la nature, alors qu'elle s'égare,
Produit de monstrueux, d'imparfait, de bizarie ,
Assemblage fiagile, ouvrages passagers,
Arrivent dans ces lieux en nuages légers :
Là, ceux qui, dans ce monde, ou pour une autre vi<-,
D'un bonheur fantastique ont rêvé la folie ,
Qui, brûlant d'un faux zèle, épris d'un nom fameux ,
De tous ces riens brillants et passagers comme eux ,
Que désire l'orgueil, que le hasard dispense,
Vains , eurent ici-bas leur vaine récompense ,
Retrouvent en ces lieux leurs frivoles plaisirs ,
Leurs projets insensés , leurs stériles désirs.
Vous-même en ce séjour vous avez votre place,
O vous qui dans Sennar construisîtes la masse
De celte folle tour qui menaçoit les cieux ,
D'un impuissant orgueil ouvrage audacieux i
Si quelque être réel ici pouvoit éclore,
Ces vains fobricateurs le tenteroient encore.
Là sont ces insensés, dupes d'im fol esnoir,
Les jouets de l'orgueil, les martyrs du savoir;
Ce fou, qui de l'Etna, dont il fut la victime.
Courut, en s'y plongeant, interroger 1 abîme;
Et toi, qui de Platon allas chercher les cieux ,
Et payas de tes jours ce désir curieux.
Plus loin sont ces mortels dont la tête féconde
Chaque jour en idée enfante un meilleur monde.
Le fantastique ouvrage à peine est commencé,
Le vent souffle , il abat l'édifice insensé ;
Dans l'air s'évanouit le monde imaginaire.
Mais bientôt, de Platon poursuivant la chimère.
L'infatigable orgueil redouble ses travaux ,
Built tbcir fond hopct of glorv' or Listing faoïc, 4'o Or bappincss in tins or llie' olher lile;
AU who bave ibe'r rcward on tartli , ibe fruits
Of painful superstition and blind /cal,
Nouglit sccking, but ihe praisc of meu, herc fiiid
Fit rétribution, e;iipty as iheir deeds;
Ail ihc' unacconiplish'd works of Nalure's haiid,
Abortivc, monstrous, or unkindly n)i\'d,
Dissolv'd on carlb , ilccl liilbcr, .uid in vain,
Till final dissoluliun, naiider bere;
\ot in llic ucigbbouriiig uioou, as some bave drcain'd; «ûo Tliose argent (idds more likclv habitants,
'Frauslalcd Saints, or middle SpiriLs bold
IJetwixt the' angclical and human kind.
Ilither of ill-joiu'd sons i;nd daughlers boru
First from the anciciil woiid iboàc giants came
WitJi inany a vain exploit, ihough tlicn rcuowii'd :
Tbe buildcrs ncxt of Babel on the plain
Of Sennaar, and still with vain design,
New Babcls, bad thcy wborewithal, would btiild :
Olhers c&mo single; he, who to be dccii.'d *•" A god, leap'd fondly into /Etna fiâmes,
Knipedocles; and he, who, to enjoy
l'iato's EIvsium, leap'd into the sea,
Cleombrotus; and manv more too long,
Embrvos and idiots, cremites and friars
White, bhick, and gray, with ail their Irumpery.
Herc pilgriiD» roam, that stray'd «o far to «eek
PARADIS PP:RDU.
Et sur des plans détruils bâlit des plans nouveaux :
De ses foibles réseaux ainsi l'insecle agile
Reprend les lils rompus et la trame fragile.
Vains efforts ! au milieu des clameurs et des ris ,
Ils vont se débattant à travers des débris :
D'un rêve ambitieux trop juste récompense !
Un autre , nourrissant sou avare espérance ,
Veille près d'un creuset , et , couvant son trésor ,
Demande qu'un plomb vil se convertisse en or ;
Mais bientôt, trahissant son attente affamée,
Le perfide métal s'évapore en fumée.
D'autres vont étalant un luxe ambitieux,
De superbes jardins , des marbres précieux ;
Mais autour d'eux ( ainsi le veut la Providence )
Tout est désert : par-tout règne un profond silence ;
Sous leurs lambris dorés languit le triste Orgueil ;
L'indifférent Oubli seul en garde le seuil ;
Et la nymphe aux cent voix, pour eux seuls plus discrète ,
Passe , les yeux fermés , et baissant sa trompette.
Bientôt dans leur palais l'ennui vient les saisir ;
Et, comme sans témoins, leur luxe est sans plaisir.
Enfin , tous de leurs noms veulent laisser la trace :
Le sable les reçoit, et le vent les efface.
Dans ce vaste séjour erroit l'ange infernal , Lorsqu'à travers la nuit , du rayon matinal La timide lueui- à ses yeux se présente. 11 dirige ses pas vers la clarté naissante : Tout-à-coup à ses yeux, par l'aurore éclairés. Se découvrent de loin d'iiuiombrables degrés , Des célestes palais escalier magnifique.
Au-dessus s'élevoit un superbe portique Qui défie en grandeur tout le luxe des rois :
In Golgotha hiin dead, who lives in Heavcn; And ihey, who to be sure of Paradise, Dying, put on the weeds of Dominick,
(Ho Or in Franciscan think to pass disguis'd;
They pass the planets seven, and pass the fix'd. And that crystalline sphère whose balance weighs The ircpidation talk'd, and that first mov'd; And now Saint Peter at Heaveo's wicket seems , To wait them with his keys, and now at l'oot Of Heaven's ascent they lift their feet, when lo ! A violent cross wind from either coast Blows them transverse , ten thousand leagues awry Into the devious air; then raight ye see
411" Cowls, hoods, and habits, with tlieir wearers , tosl And flutter'd into rags; then reliques, beads, Indulgences, dispenses, pardons, buUs, The sport of winds : ail thèse, upwhirl'd aloft, Fly o'er the back side of the world far off, Into a Limbo large and broad, since caU'd The Paradise of Fools; to few unknown Long after, now unpeopled and untrod.
AU this dark globe the Fiend found as he pass'd , And long he wander'd , till at last a gleam
■joo Of dawuing light turn'd thither-ward in hasle His travell'd steps : far distant he descries Ascending by degrees magniHcent Up to the wall of Heaven a structure high; At top whercof , but far more rich , appear'd The work as of a kingly palace-gate ,
L'or et le diamant y brillent à-la-fois ;
De cailloux précieux le portail étincelle ;
Nul pinceau ne sauroit en tracer le modèle :
Moins brillante autrefois vous montiez vers les cieux ,
Echelle de Jacob, degi-és mystérieux,
Où son œil croyoit voir, des demeures des anges,
Descendre et remonter les célestes phalanges,
Quand, frappé tout-à-coup de ce rêve étonnant,
Les regards éblouis et le fiont rayonnant,
Il s'écria : « Je vois les portes éternelles ! »
Quelquefois , rappelée aux voûtes immortelles ,
L'échelle disparoît : une mer de clarté.
Et de nacre liquide, et d'albâtre argenté,
Roule au-dessous des flots d'une onde éblouissante.
Sur cette vaste mer, au loin resplendissante.
Les élus sont portés , de ce terrestre lieu ,
Entre les bras d'un ange, ou sur un char de feu.
Alors, dans tout l'éclat de sa magnificence, Descendoit suspendu cet escalier immense, Soit pour braver Satan, soit afin que son cœur Sentit plus vivement la perte du bonheur : A ce riche portail de la céleste voûte Répondoit une longue et spacieuse route Qui , des hauteurs du ciel , touche au riant Éden , De nos premiers parents délicieux jardin, Et de ce beau séjour mène au reste du monde. De ce vaste chemin l'ouverture profonde Surpassoit en largeur ce passage sacré.
Qui , des mains de Dieu même aux anges préparé , Descendoit de son trône à la montagne sainte Par qui ce Dieu, du haut de la divine enceinte, Envoyoit à Juda les messages des cieux ;
With frontispiece of dlamond and gold Embellish'd; thick with sparkiing orient gems The portai shone, inimitable on earth By mode!, or by shading pencil, drawn.
i'o The stairs wcre such, as whereon Jacob saw Angels ascending and descending, bands Of guardians bright, when he from Esau flcd To Padan-Aram , in the field of Luz , Dreaming by night uuder the open sky.
And waking cried : This is the gâte of Heaven ! Each stair mysteriously was meant, nor stood There always, but drawn up to Heaven sometinics Viewless; and underueath a bright sea flow'd, Of jasper, or of liquid pearl, whereon
5jo Who after came from earth, sailing arriv'd, Wafted by Angels , or flew o'er tlje lake Bapt in a chariot drawn by fiery steeds.
The stairs were then let down , whether lo dare The Fiend by easy' ascent, or aggravate His sad exclusion from the doors of bliss : Direct against which open'd from beneath, Just o'er the blissful seat of Paradise, A passage down to the' Earth , a passage widc , Wider by far than that of after-times
i3o Over mount Sion, and, Ihough that were large, Over the Promis'd Land, to God so dear; By which , to visit oit those happy tribes , On high behesLs his Angels to and fro Pass'd fréquent, and his eye with dioice regard