‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 240 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

prendre. Driel, descendant sur un rayon du soleil, avertit Gabriel, à qui la garde des portes du paradis étoit confiée; il lui fait entendre qu'un esprit infernal s'ctoit échappé; qu'il avoit passé vers l'heure de midi par sa sphère, sous la forme d"uu ange heureux; qu'il s'étoit transporté au paradis, et que ses gestes furieux sur le mont l'avoient trahi. Gabriel promet de le trouver avant le lever du soleil. Adam et Eve s'entretiennent ensemble , et se retirent à la fin du jour pour goûter les douceurs du sommeil. Description de leur berceau; leur prière du soir. Gabriel fait faire la ronde aux esprits qui étoient de garde, et il détache deux anges vers le berceau d'Adam, de peur que le malin esprit n'entreprenne quelque chose contre nos premiers pères, sans défense pendant leur repos. Ils le trouvent à l'oreille d'Eve, occupé à la tenter dans un songe, et ils l'amènent de force vers Gabriel. Il répond fièrement, et se prépare au combat; mais, effrajé par un signe du ciel, il s'enfuit hors du paradis.

Oh ! qui fera tonner ces redoutables mots Qu'entendit dans les cieux l'inspiré de Pathmos, Ces accents qui , pareils à la foudre qui gronde, Répétèrent : Malheur aux habitants du monde! Alors que, terrassé pour la seconde fois, Le dragon qu'annonçoient les prophétiques voix Tint sur la race humaine assouvir sa vengeance ? Oh ! quand il peut encor préparer sa défense , Pourquoi l'homme, entouré d'un piège insidieux, N'esl-il pas averti par cette voLx des cieux .? Instruit par ce signal de l'approche du traître. L'homme à l'ange perfide eût échappé peut-être. Le temps presse : Satan , son adroit lentaleur. Hélas I et quelque jour son lâche accusateur. Pour la première fois vient troubler son asile, Et sur ce couple heureux, innocent et fragile, Venger par leur trépas l'affront de ses revers, La perle de son trône, et sa chute aux enfers.

awhile to know further of thcir state by some other means. Meanwhile Uriel descendingon a sunbeam «arns Gabriel, who had in charge the gâte of paradise, lliat some evil spirit had escaped the deep , and passed at noon by bis sphère in the sbape of a good angel down to paradisr , discovered after by bis furious gestures in Ihe mount. Gabriel promises to find him ère morning. Night coming on , Adam and Eve diACOurse of going to their rest : their bower described ; their eveningworship. Gabriel, drawing fortb bis baads of nigbt'watcb to walk tbe round of paradise , appoints two stroog angels to Adam's bower, lest the evil spirit should be there doiiig some barm to .\ilam or Eve sleeping ; there they find him at the ear of Eve, tempting her in a dream, and bring him, though unwilling, to Gabriel: by wbom questioned , he scornfully answers ; piepares résistance; but, bindered by a sigu from beaven , Aies out of paradise.

V- ' G for that warning voice, which be, who saw The' Apocalypse, beard cry in beaven aloud, Then when the Dragon, put to second rout, Came furious down to be reveng'd on men, Woe to the inhabitants on earth ! that now, While time was, our first parents had been warn'd The coming of their secret foe , and 'scap'd , Haply so 'scap'd bis mortal snare : for now Satan, now first inflam'd with rage, came down, •o Tbe tempter ère the' accuser of mankind, To wreak on innocent frail man bis loss Of that first battle, and bis flight to hell : Yet, not rejoicing in bis speed, though bold. Far off and fearless, nor with cause to boast, Begins bis dire attempt; which nigh the birth.

Le moment est venu : j'enlends gronder l'orage.

L'horrible Satan vient , il vient brûlant de rage ;

Il hésite, il balance; et, malgré sa fierlé,

De ses propres fureurs recule épouvanté :

Tels , renfermant la mort , les bronzes de la guerre

Reculent, au moment qu'ils lancent le tonnerre.

En vain du sombre abime il croit être vainqueur;

L'enfer le suit par-tout , l'enfer brûle en son cœiir :

Pour éviter l'enfer, en son désordre extrême.

Malheureux , il voudroit s'arracher à lui-même.

Le remords se réveille avec le désespoir.

N'osant se souvenir, et tremblant de prévoir,

De son ancien éclat la mémoire importune

D'un bonheur qui n'est plus accroît son inforlime.

Ce qu'il fut, ce qu'il est, ce qu'il va devenir,

Pour des crimes plus grands un plus triste avenir,

Dieu , maître bienfaisant et vengeur implacable;

Tout l'effraie ou Taigiit, le menace ou l'accable.

Tantôt du frais Éden l'aspect délicieux

Offre à son œil jaloux ses champs rivaux des cieux ;

Tantôt de l'empyrée il contemple la voûte;

Tantôt ce beau soleil , au plus haut de sa route ,

Epanchant de son trône un torrent de clartés,

Blesse de son éclat ses regards irrités :

Il gémit; et, cédant à sa douleur profonde,

Il adresse ces mots au grand astre du monde :

« Globe resplendissant, majestueux flambeau. Toi qui semblés le Dieu de ce monde nouveau , Toi dont le seul aspect fait pâlir les étoiles. Et commande à la nuit de replier ses voiles, Bienfait de mon tyran , chef-d'œu^Te de ton roi , Toi qui charmes le monde, et n'affliges que moi , Soleil , que je te hais ! et combien ta lumière Réveille les regrets de ma splendeur première ! Hélas ! sans ma révolte, assis au haut des cieux,

IS'ow rolling boils in his tumultuous breast. And likc a devilish engine back recoils Upon himself; horror and doubt distract His troubled thoughts, and from the bottom stir

*° The hell within him; for within him hell

He brings, and round about him, nor from hell

One stcp , no more than from himself, can fly

By change of place : now conscience wakes despair,

That slumber'd; wakes the bitter memory

Of what he was, what is, and what must he

Worse; of worse decds worse sufferings must ensuc.

Sometimes towards Eden, which now in his view

Lay pleasant, his griev'd look he fixes sad;

Sometimes towards beaven, and the full-blazing suu,

3" Which now sat high in his meridian tower. Then, much revolving, thus in sighs began:

«< O thou , that, with surpassing glory crown'd, Look'st from thy sole dominion like the God Of this new world; at whose sight ail the stars Hide their diminish'd heads ; to thee I call , But with no friendly voice, and add thy name,

0 Sun ! to teU thee how I bâte thy beams, That bring to my remembrance from what state

1 fell, how glorious once above thy sphère;

<° Till pride and worse ambition threw me down, Warring in heaven against heaven's matchless king ;

PARADIS PERDU

ÎTii seul de mes rayons eût éclipsé tes feux; Et sur mon liône d'or, presïiue éi;al à Dieu même, J aurois vu sous mes pieds ton l)nllant diadème. Je suis tombé ; l'orgueil m'a plongé dans les fers ; Il m'a fermé les cieux et creusé les enfers. Sujet, ingrat enfant, devois-je méconnoitre Ce Dieu, mon bienfaiteur, encor plus que mon maître ? Près de son trône assis, le vîmes-nous jamais Nous reprocher ses dons, nous plaindre ses bienfaits.-' Des hymnes, de l'encens pour ce monarque auguste. Quelle tâche plus douce, et quel tribut plus juste ? Je pervertis ses dons , je me lis son rival ; Je crus qu'encore un pas , je marchois son égal : De ses faveurs sans fui craignant la dette immense, Je secouai le poids de la reconnoissance... Malheureux que je suis ! n'ai-je pas dû savoir Qu'un cœur tendre jamais ne craint de recevoir.'' Aimer, c'est reconnoître; et mon amour fidèle Seul put payer d'un Dieu la bonté paternelle ; Qu'il est doux , quand ses dons renaissent tous les jours, Et de rendre sans cesse, et de devoir toujours! Pourquoi fus-je placé si près du rang suprême ? Hélas ! tout mon malheur est né du bonheur même ; Plus éloigné du trône, il n'eût pu me tenter : Le foible se soumet , le puissant veut monter. Oui, l'orgueil du pouvoir me conduisit au crime; Je prétendis au trône, et tombai dans l'abîme. Mais quoi! de sa puissance enivré comme moi, Quelque autre auroit peut-être osé braver son roi , Et suivant de l'orgueil l'amorce enchanteresse, Auroit dans ses complots entraîné ma foiblesse .•* Mais non; de mes égaux aucun n'a succombé; Tous sont restés debout; moi seul je suis tombé. Mais Dieu des mêmes dons m'accorda-t-il l'usage ? Oui, ce Dieu donne à tous même force en partage.

Ah, wherefore ! lie descrv'd no such return Frora rae, whom he crcated what I was In that bright eminence, and with his good (Jpbraided none; nor was his service hard. What coidd be less , than to afford him praise , The casiest récompense, and pay him thanks, llow due! yet ail his good prov'd ill in me. And wrought but malice ; lilted up so high

5o I 'sdain'd subjection, and thought one step higher Would set rae highest, and in a moment quit The debt immense of endless gratitude, So burdensome still paying, still to owe, Forgetful what frora him 1 still receiv'd. And understood not that a gratel'ul mind By owing owes not, but still pays, at once Indebted anH discharg'd; what burden then? O had his powerful destiny ordain'd Me sorae inferior angel, 1 had stood

C" Then happy; no unbounded hope had rais'd Ambition. Yet why not? some other power As great raight hâve aspir'd, and me, lliough mcan , Drawa to his part; but other powers as great Fell not, but stand unshaken, from witliin Or from without , to ail teiiiplations arm'd. Iladst tliou the same free will and power to stand? Thou hadst : whom hast thou then or what to' accuse, ,

Et de quoi donc me plaindre, et qui donc accuser? Non, rien ne te manqua, rien ne peut t'excuser. Peut-être en s'égarant Ion cœur ne fut pas libre ? Il l'étoit, et toi seul as rompu l'équilii^re. Dieu signale pour tous son amour paternel. Eh bien ! qu'il soit maudit cet amour si cruel , Cet amour qui, pour moi plus fatal que sa haine, M'accable sous le poids d'une éternelle peine ! Dieu maudit! ah! plutôt sois maudit mille fois, Toi, sujet révolté qui, coupable par choix, As de ta liberté fait un indigue usage : Dieu fil ta liberté, tes maux sont ton ouvrage. Où me cacher.'' où fuir son pouvoir souverain, Son œil inévitable, et sa terrible main.-' Sa puissance est sans borne , et mon malheur l'égale. Vainement j'ai brisé ma prison infernale : Ah! l'enfer véritable est au fond de mon cœur; Lui-même est un enfer creusé par ma fureur; Gouffre plus effrayant, plus dévorant abîme. Que l'antre épouvantable où m'a plongé le crime; Près de lui, je le sens, l'enfer même est un ciel. " Eh bien! sois repentant, si tu fus criminel : N'est-il plus de remords, ou n'est-il plus de grâce.'' Devant le Dieu vengeur fais plier ton audace... Moi, plier! ce mot seul est un affront pour moi. Que diroient ces guerriers dont j'ai séduit la foi ? Ah ! quand ils m'opposoient à ce Dieu que je brave , Leur ai-je donc promis de revenir esclave ? Dois-je , aux pieds du tyran me courbant en leur nom , Au lieu de la vengeance, implorer le pardon ? Ah ! si je dus prétendre à leur obéissance , C'éloit sur les débris de sa toute-puissance; Et quand à pardonner il pourroit consentir, Le pardon seroit court comme le repentir : Satau s'indigneroit d'avoir obtenu grâce.

But Heaven's free love , dealt equally to ail ? Be then his love accurs'd, since love or hatc,

70 To me alike , it deals eternal woe.

ISay, curs'd be thou; since against his thy will Cliose freely what it now so justly rues. Me misérable ! which way shall 1 fly Infinité wrath, and infinité despair?

Which way 1 fly is hell ; myself am hell; And , in the lowest deep , a lower dcep Still threatening to devour me opens wide, To which the hell I suffer seems a heaven. « O, then, at last relent : is there no place

80 Left for repentance, none for pardon left? None left, but by submission; aud that word Dlsdain forbids me, and my dread of shamë Among the spiiits bcneath, whom 1 sedue'd With other promises and other vaunls Than to submit, boasting I could subdue The' Omnipotent. Ah me ! they Utile kuow How dearly I abide that boast so vain, Cnder what torments inwardly I groan, Whi'ie they adore me on ihe throne of hell.

0° With diadem and sceptre high advanc'd, The lower still I fall, only suprême In misery : such joy ambition finds !

But say I could repent, and could obtain ,

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