‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 242 sur 413 · LIVRE iV · texte numérisé non relu

LIVRE iV

La rhevcltire d'Eve, assemblée au hasard,

(Jouvroil sa belle laillc , et de ses tresses blondes

Aux folâtres zéphyrs abandonnoit les ondes :

Chaque boucle ressemble à ces tendres rameaux

Dont la yigne flexible embrasse les ormeaux,

Emblème de lappuique sou sexe demande ;

Mais en obéissant, s;i foiblesse commande.

L'un exige avec grâce, aime avec dignité :

L'autre laisse fléchir sa modeste fierté,

Et par son amoureuse et douce résistance.

Différant le plaisir, accroît la jouissance.

Ainsi sont réunis la force et la douceur,

L'empire et la bonté , l'amour et la pudeur ;

Non point cette pudeur , enfant honteux du crime.

O triste sentiment qu'un vil orgueil anime,

Tu n'étois point alors ! un voile injurieux

Ne calomnioit point le chef-d'œuvre des cieux.

Depuis, des vêtements l'hvpocrite parure.

En voilant ses trésors, outragea la nature :

La honte est arrivée, et la pudeur a fui.

L'homme oublia sa gloire en rougissant de lui ;

Et , perdant la candeur ainsi que l'innocence ,

Au prix des vxais plaisirs acheta la décence :

Tels n étoient point encor les rois de ce beau lieu.

L'un et l'autre, aux regards des anges et de Dieu,

Se présenloient sans voile; et leur nudité sabilc.

Comme elle etoit sans crime, étoit aussi sans craiu'c;

Ou plutôt tous les deux ils l'igimroient encor.

Tous deux, de leurs beautés déplovant le trésor. De leurs sexes divers le plus parfait modèle , Des hommes le plus beau, des femmes la plus bclii' , Délices l'un de l'autre, honneur du genre humain, Erroient parmi les fleurs en se donnant la main. Les soins de leur jardin les occupoient sans peine ; Leur travail sans fatigue , et leur tâche sans gèuc , Par un contraste heureux rendent à ces époux Leurs mets plus savoureux, et leur repos plus doux. 8ous im épais ombrage, aux bords d'une onde piue

As thc vine ciirls lier tendrils, wbich implicd Subjection, but reqiiir'd witb gcntle swav, Acd by ber yiclded , by bim best receiv'd;

'■3 Yielded witb cov siibmissioD, modest pridc. And sweet, rcUictant, amorous dclav. ^o^ tbose mvsterioiis parts were thcQ conceal'd; ThcD was not giiillv sbarae, disbonest sbame Of nalure's works, bonour dtsbonourable, Sin-bred, bow bave ve troubled al! mankind Witb shows instead, mère sbows of seeming pure Aud banisb'd from man's lile his bappiest Ijfe, SimpUcity and spotlcss innocence!

So pass'd tbev naked on , nor sliunn'd tlie si;;'.il

''" Of God or angel ; for tbev thoiight no »il :

So band in band tbev pass'd , Ibe loveliest |>.iir Tbat ever since in love's embraces met; Adam the goodliest man of raen since born Ilis sons, tbe fairest of ber daugliters F.ve. L'nder a tuft of shade tliat on a çreen Slood wbispering soft, br a fresh fonnlaîn-siilo ThcT sat tliem down; and, aftcr no raore toil Of their swcet gardening labour, tlian suffic'd

Où des zéphvTs légers frémit le doux murmure . Tous les deux étendus, à l'abri des chaleurs, Fouloient un vert gazon paré de mille fleurs. Grâce aux soins journaliers de leurs doux exercices. Leur soif a ses plaisirs , leur faim a ses délices : Simple étoit leur festin; les arbres complaisants Eux-mêmes de leurs fruits leur offroient les présents , Et, s'inclinant vers eux, les branches tributaires Font hommage à leur roi de ces dons volontaires. Quand leur faim a vécu de ce riche trésor, Dans le sein paii'umé de leur écorce d'or Leur soif puise une eau pure ; et, par un double usage. Le même fruit contient leur coupe et leur breuvage. De ce charmant repas vous n'étiez pas absents , Agréables souris , entreliens innocenis ! Ni vous, du doux hymen légitimes tendresses, Dont ce lieu solitaire enhardit les caresses! Du souverain du monde innombrables vassaux , Autour d'eux folàtroient les divers animaux , Alors sujets heureux, soumis sans esclavage. Qui depuis , s'enfonçant dans la forêt sauvage , Dans le creux des rochers , dans le fond des déserts , Craignent et font trembler le roi de l'univers. Devant eux déployant sa gaîlé caressante , Le lion tient l'agneau dans sa griffe innoceute; Ensemble se jcuoient , confusément épars , ! Le lynx aux yeux perçants, les ours, les léopards; Le lourd éléphant même à leur plaire s'empresse. Montre tantôt sa force, et tantôt son adresse; Et, de sa trompe agile épuisant tous les jeux. En roide tour-à-tour et déroule les noeuds; Tandis qu'aux pieds de Ihomme , hélas ! sans déCnnrc , D'un air insidieux se glissant en silence, Sans être soupçonne , le perfide serpent Se traîne en longs anneaux, et s'avance en rampan'. D'autres dorment couchés sur la fraîche verdure , Et d'un air indolent ruminent leur pâture. Cependant par degrés s'obscurcissent les airs :

To rccoramend conl zéphyr, and made ease 33o Vore easy, wholesome tbirst and appetite

More gratefui, to ibeir supper-fruits tbev fell; Nef-tarlnc fruits, whicb ibe cnrapli.mt boushs Yielded thum, sidc-Iong as tbev sal rcclinc On the soft downy baiik damask'd witb flowc!-s. Tbe savourv pulp tbey chew, and in tbe rind, StiU as tbey tbirsted, scoop tbe brimming streaj:i Nor gentle purposc, nor cndearing smiles Wanted , nor youtbful dalliance, as bescems Fair couple, link'd in happv nuptial league, ^i° Alone as they. About thera frisking plav'd

Ail beasts of tbe' earth, since wild, and of ail cbasc In wood or wilderness , forest or den ; Sporting tbe lion ramp'd, and in bis paw Dandled the kid; bears, tigers, ouoces , pards, Gamboll'd before them; the' unwicidv éléphant, To make them mirth, used ail his migbt, and wreatb'il His litbe proboscis; close ihe serpent sly, Insinuating, wove wilL Gordian twine nis braided train , and of his fatal gui'e 35o Gave proof unheeded ; others on thc grass

cm

Le soleil faligué desceiuloil dans les mers ; Et l'étoile du soir à la nuit taciturne Revient prêter les feux de sa lampe nocturne. Immobile long-temps , Tarchange ténébreux Enfin laisse éclater ces accenis douloureux :

« Puissances de l'enfer ! voilà donc cette race A qui notre oppresseur a promis notre place ! Orage! ils sont heureux, et nous sommes proscrits! Plus je les considère, et plus je suis surpris. Assemblage nouveau de lumière et de fange. Voisins de la matière, ils approchent de l'ange; Moi-même, en les voyant si semblables à nous, Je sens que ma pitié balance mon courroux , Tant sur eux l'Élernel a répandu de grâce. Oh! si tu prévoyois le sort qui le menace! Hàle-toi, couple aima])le,-liàie-toi de jouir ; Plaisir, honneur, l'epos , tout va s'évanouir; Oui, bientôt les douleurs égaleront la joie : Tremble! le malheur vient, et demande sa proie. Comment a pu de Dieu 'a funeste bonlé Joindre à tant de grandeur tant de fragililé.-* Eu vain ce Dieu pour toi fit un ciel sur la terre, C'est Satan, oui, c'est moi qui l'apporte la guerre. Ah ! celui qui pour loi créa ces nouveaux lieux f/onlre un tel ennemi dut Us proléger mieux; Le voilà près de vous. l\îais , que dis-je ? la haine , O couple fortuné! n'est pas ce qui m'amène : Non , le triste abandon qui m'intéresse à loi M'inspire une piiié que Dieu n'eut pas pour moi; Je viens à mes destins unir voire fortune; Nos droits seront communs, noire cause commune : Vous vivrez avec moi , je veux vivre avec vous. Je ne vous promets point ce paradis si doux, Ces vergers odorants, et ce jardin fertile;

Couch'd, and now fiU'd wiili pasture gazing sal. Or bedwaid rmninating; for the sun , Dcdin'd, was hasliiig now witli prone carcer To the océan isles , and iu thc' ascending scale Of heaven, the stars thaï usher eveni:ig rose: W'hen Satan slill in gaze, as firsl he stood, Scarce ihiis at Icngih tail'd spcccli recovcr'd sad.

" O hcll ! what do mine eyes with grief bchold ! lirto our room of bliss tbus high advaiic'd

■'''" Créatures of olher mould, earlh-born perhaps, Not spirits, yet to beavenly spirits bright l.iltle inferior; whom my thoughts pursue Wilh wonder, and coidd love, so lively shines In tliera divine rescmblance, and siich grâce The hand that form'd thein on thcir shape hath pour'd. Ah! gentle pair, ye little ihink how nigh Your change approaches, whcn ail thèse dclights Will vanisli, and deliver ye to moc; More woe, the more your taste is now of jov;

3" Happy, but for so haiipy ill sccnr'd

Long to continue, and ihis high scal your heaven,

111 fenc'd for heaven , to keep oui snch a foe

As now is enter'd; yet no pur])os'd foe

To you, whom I could pity thus lorlorn,

Though 1 unpiticd : league with you I seek.

And tnutnal amity , s6 strait, so close,

Tbat 1 v.ilh vou ir.ast dwell, or you willi me

Toutefois , tel qu'il est , acceptez mon asile :

Tel qu'il me fut donné je vous l'offre à mon tour.

Bientôt, pour vous conduire à ma nombreuse cour,

Des princes et des rois vont vous servir d'escorte ,

Et pour vous les enfers élargiront leur porte.

Ce n'est point cet espace étroit et limité :

Vous, vos fils, leurs enfants, et leur postérité ,

Habiterez à l'aise en mes vastes domaines.

Si les plaisirs y sont moins nombreux que les peines,

Accusez-en le Dieu qui força ma fureur

A vous punir des maux dont lui seul est l'auteur.

Oui, j'ai pilié de vous, je plains votre innocence;

Mais la raison d'état emporle la balance.

Mes affronts à venger, un monde à conquérir.

Ont endurci ce cœur tout prêt à s'attendrir :

J'embrasse malgré moi ce que l'honneur demande ,

Et la pilié se lait, quand la gloire commande. »

Ainsi Salan s'armoit, pour des crimes si grands, De la nécessité, l'excuse des tyrans.

Aussitôt de son poste il descend , il se glisse Parmi les animaux dont le joyeux caprice Folâtre innocemment sous les ombrages frais. De chacun lour-à-lour il emprunte les traits ; Sous ces traits imposteurs , qu'avec art il emploie , Il vient, sans être vu, reconnoître sa proie; Près des époux, marchant par d'obliques détours. Il vient étudier leurs gesles, leurs discours; Tantôt du fier lion prend l'épaisse crinière , , Les yeux étincelants et la démarche altière; Tantôt ressemble au tigre adroit et furieux , Qui, de deux jeunes faons suivant de loin les jeux. Se lapit , se relève , et d'espace en espace , Avançant par degrés, choisit enfin la pla(;e D'où le Irailre, alongeant deux griffes à-la-fois,

Hcncelurtli ; niy dwelling haply ipay not please, Likc this fair Paradise, your sensé; yet such

360 Accept your Maker's work : he gave it me, Whith 1 as frcely give; hell shall unfold, To entertain you two, her widcst gâtes. And send forth ail her kings ; there will be room, Kot like thèse narrow limits, lo reçoive Your numerous offspriog; if no better place, Thank hïm who puis me loth to this revenge On you, wbo wrong me not, for him who wrong'd And should I at your harraless innocence Mell, as 1 do, ycl public rcason jusl,

39" Ilonour and empire with revcngc enlarg'd,

By conquering this new world, conipels me now To do what clse, though damn'd, 1 should abhor. »

So spake thc fieud; and with necessity, The tyrant's plea , excus'd his dcvilisii deeds. Then from his lofly stand on thaï high Irce Dûwn hc alights araong the s[)ortful herd Of those four-fooled kinds, liinisclf now one, Now olher, as Iheir shape serv'd besl his ead, Nearer to vlcw his prcy, and unespied ,

4"o To mark what of their slatc hc more mighl learn, By Word or action mark'd : aboul them round A lion now he slalks with fiery glarcj Then as a tiger, who by chance haln spied In some purlicu two gentle fawns atplay,

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