‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 251 sur 413 · OG · texte numérisé non relu

OG

PARADIS PERDU

Je le crains : ccpendanl d'où me vient ccl effroi ?

Non, le mal ne peut point habiter avec toi :

Eve, ton cœur est pur; mais apprends à connoître

Comment nous a formés le Dieu qui nous fit naître ;

Tout entre dans l'espril par la porte des sens :

L'iniaginalion des objets différenis

Se compose à son gré des images factices ;

Mais la raison suprême en règle les caprices,

Dicte nos jugements, décide noire choix;

La nuit elle repose, elle alîdique ses droits;

Sa rivale aussitôt, capricieuse renie.

Usurpe son empire , et règne en souveraine ;

Dans les songes sur-lout, le présent, le passé,

Dans sa peiniure informe au hasard retracé,

Nos paroles, nos faits, que sans ordre elle assemble,

Présentent mille objets étonnés d'être ensemble.

Le mal peut approcher ou d'un homme ou d'un dieu.

Mais son impression, chère Eve, dure peu;

Et la raison, bientôt repoussant l'imposlure.

Laisse l'esprit sans lâche, et le cœur sans souillure.

Criminelle en l'èvant, vertueuse au réveil.

Chère Eve, bannis donc les terreurs du sommeil ;

Que dans tout leur éclat je puisse voir encore

Tes yeux , ces yeux plus doux qu'un rayon de l'aurore ,

■Viens au fond de nos bois , au bord de nos ruisseaux ,

Retrouver nos plaisirs, reprendre nos travaux;

La nuit qui les suspend en accroît les délices ;

Pour loi ces jeunes Heurs enir'onvreut leurs calices ,

Et déjà leurs boulons prodiguent au matin

Les parfums que le soir renferma dans leur sein. »

Adam rassure ainsi son épouse tremblante. A ces tendres accents de sa voix consolante

Reason as cbief, araong thèse faucy next lier ofKce holds; of ail cxlernal things, Wliich the fîve watchrul sensés rcpresent, Slie lorms imaginations, acry shapes, Which reason, joining or disjoining, fraïues AU what wc' alKim or wliat deny, and call Our knowlcdge or opinion; ihea retires loto her privatc cell, when nature rests.

>'o Oit iii lier absence iniiuic faney wakes To imitate her; but, misjoining shapes, Wild work produces oft, and uiost in dreams; 111 inatching words and deeds, long past, or late. Some such resemblances , melhiuks, 1 lind Of our last eveniog's talk, in this thy dieam, , But with addition strange; yet be not sad. Evil into the mind of God or man May come and go, so unapprov'd, and leave No spot or blarae behind : which givcs me hopc

'20 That what in sleep thou didst ahhor to dream, Waking thou never wilt consent to do.

Be not dishearten'd then , nor cloud those looks , That wont to be more cheerfid and serene, Than when fair morning first smiles on the world ; And let us to our fresh eraployments rise Among the groves, the fountains, and the flowers That opcn now their choicest bosom'd smells, Reserv'd from night, and kept for Ihee in store. « So cheer'd he his fair spouse, and she was cheer'd;

>3o But silently a gentle tear ict fall

Elle sourit, mais laisse échapper de ses yeux Deux larmes qu'elle essuie avec ses beaux cheveux. Dans l'humide cristal de ses yeux pleins de charmes, Adam surprend encor deux précieuses larmes ; Un baiser les arrête au moment de sortir : Il recueille ces pleurs , doux fruit du repentir , Interprètes d'un cœur délicat et sublime. Qui connoît les remords, sans connoître le crime. Tous deux sortent conlenis, et devant leur berceau D'abord du jour naissani admirent le tableau.

Le soleil, sur son char denii-plongé dans l'onde. De ses feux en glissant effleuroit notre monde, Eclairoit l'orient, et, sur ce beau séjour Tout brillant de rosée, il préludoit au jour. Tous deux , agenouillés , à leur Dieu tutélaii'e Présentant de leurs vœux le tribut ordinaire. Ils chantent l'Éternel ; le ciel entend leurs chants. Libres ou mesurés, sublimes ou touchants. Qui, sans art, sans apprêt, élans sacrés de l'ame, Jusqu'au trône de Dieu montoient en traits de flamme , Et n'avoient pas besoin, pour enchanler les cieux, Que le luth secondât leurs sons harmonieux, lis commencent ainsi :

« Voilà donc ton ouvrage, Ditu puissant , dont ce monde est la brillante image, Ce monde merveilleux, mais moins encor que toi ! Mouame, en t'admirant, frémit d'un saint effroi. Ah! qui peut exprimer tes grandeurs immortelles, Toi qui , bien au-dessus des sphères éternelles , Si loin de no.« regards, sièges au haut des cieux.' Dans ce inonde sensible , en vain brille à nos yeux Quelque foible rayon de ta divine essence,

From either eye, and wip'd ihem with her hair; Two other precious drops that ready stood, Each in their crystal sluice , he cre they fell Kiss'd, as ihc gracious signs of sweet remorse And pious awc, that fear'd to bave ol'I'eBdcd. So ail was clear'd , and to the field they haste.

But first, from under shady arborons roof Soon as they forth were come to open sight Of day-spring, and the sun, who, scaree up-risen,

140 vviih wheels yet hoveritig o'er the ocean-brim, Sliot parallel to the' earth his dewy ray , Discoverieg in wide landskip ail the east Of paradise and Eden's happy plains, Lowly they bow'd adoring, and began Their orisons , each morning duly paid In varions style; for neither varions style Nor holy rapture wantcd they to praise Their Maker, in fit strains pronounc'd or sung LInmeditated ; such prompt éloquence

'50 Flow'd from their lips , in prose or numcrous verse, More tuneable than needed lute or harp To add more sweetness; and they thus began:

« Thèse arc thy glorious works, parent of good , Almighty! Thine this universal frame, Thus wondrous fair; thyself how wondrous then! Unspeakable, who sit'st above thèse heavens To us invisible, or dimly sccn In thèse thy lowest works; yet thèse déclare Thy goodness beyond thought, and power divine.

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