LIVRE VI
Les clic'fs de rang en rang ont fait passer leur ame ; El Je front rayonnant, terrible, l'œil eu feu, Semblent des dieux armés pour la cause de Dieu , Pour celle du Messie. Ils mai-client : les montagnes , Les rocs, les lacs profonds qui baignent nos canipamc; Les gorges , les valions, les lleuves , les torreuls, Rien n'anèle leur cours , ne désunit leurs rangs ; Légers comme les vents, prompts comme le tonnerre, Ils voyagent dans lair bien plus que sur la terre ; Tels des peuples ailés voloient les bataillons , Quand , cités devant toi , tu leur donnas leurs noms. D'un cours impétueux , d'une aile infaligable , Ils laissent après eux ime foule innombrable De provinces, d'élals , de royaumes divers, Dont chacun est plus grand que cet humble univers.
« EuOn , à l'horizon , vers le nord se présente Une plaine enflammée, au loin étincelante. Ils approchent : soudain s'offrent à leurs regards Une moisson de fer, une foret de dards , D enseignes , de drapeaux , darmures colorées , Que d'emblèmes pompeux l'orgueil a décorées : C'est Salan conduisant les ennemis de Dieu. Ce jour, ce même jour, fondant sur le saint lieu , Il prétend usurper son sceptre , son empire , Et s'asseoir sur le trône oii son audace aspire. Vain projet ! que bientôt va démentir le sort. Un sentiment d horreur nous glace à leur abord ; De ses propres sujets faut-il que Dieu se venge ? Le ciel conire le ciel, et l'ange contre l'ange. Vont donc combattre ensemble, eux qu'on vit tant de fois, Enfants du même père, heureux des mêmes droits. Dans les mêmes banquets, pleijis d'une douce ivresse,
Of God and his Messiah. On thcv move
ludissoIuLlv lirm; nor obvious hill, 7° -Nor straiteniug vale, nor %ycod, nor stream, divides
Their perfect ranks ; for bigli above tlic -round
Their march was, aud tlie passive air iipbore
Their nimble tread : as wben the total kiud
Of birds, in oïderlv array on win".
Came suramon'd, over Eden, to receive
Their names of thcc; so over many a tract
Of heaven Ihcy inarch'd, and many a province wide,
Tenfold the length of this teirene.
« At last ,
Far in the' horizon to the north appear'd So FroiD skirt to skirl a fierv région , strelch'd In baltailous aspect, and nearer view Bristled with upright beams innumerable Of rigid spears, aud helmels tlirong'd, and sliields Various, with boastful argument portrav'd, The handcd Powers of Satan hasting on Mith furious expédition; for they ween'd That self-same dav, by fight, or'br surprise, To win the mouut of God, and on his throne To set the envier of his state, the proud 90 Aspirer; but their thoughtâ prov'd fond and vain In the mid way : though strdnge to us it seem'd At first , that Angel should h ith Angel war. And in fierce hosting meet, who wont to meet So oft in festivals of joy and love Unanimous, as sons of one grcat Sire,
Savourer le nectar, l'amour et l'alégresse;
Ou, la lyre à la main, près du trône éternel,
Redire aux cieux ravis leur hymne fraternel l
Cet heureux temps n'est plus : déjà gronde l'orage,
Déjà des deux côtés partent des cris de rage.
Au centre de l'armée, à Dieu même parei!,*
Sur un char dont l'éclat le dispute au soleil ,
Paroit le fier Satan ; autour de lui rayonnent
Les brillanis chérubins dont les flots i'environnent;
Et de leurs boucliers , invincibles remparts ,
Le cercle éblouissant l'enceint de toutes parts.
Il descend: des deux camps prêts pour l'attaqué horrible
L'intervalle est étroit, et d'autant plus terrible;
Tous deux, front contre front, se menacent dès yeux,
Et de leur ligne immense ils occupent les cieox.
Avant que le signal ordonne la mitlée ,
Tel qu'une énorme tour pesamment ébranlée,
Tout brillant de rubis , d'or et de diamants.
L'archange révolté s'avance aux premiers i-^gs.
De ce rival superbe intrépide adversaii-e,
Abdiel, à sa vue, a frémi de colère;
Et du traître à regret admirant la splendeur,
L'ange exhale en ces mots sa généreuse ardeur :
" O ciel ! eh quoi 1 de Dieu l'auguste ressemblance Enlle encor sur ce front d'où s'enfuit linnocence! Le crime a-t-il donc pu garder cet air divin ? Mais d'un reste de gloire il s'applaudit en vain; En vain, conUe une cause et si juste et si belle, L'opiniâtre orgueil lève son front rebelle; La raison n'a rien pu sur cet audacieux- Peut-être celte main le réfutera mieux.
J'ai pour moi le bon droit : Dieu ! joins-y la victoire:
HymniDg the' Eternal Father : but the shout Of battle now began, and rushing sound Of onset ended soon each milder thou-'ht. High in the midst, exalted as a God, •00 The' Apostate in his sun-brighl chariot sat, Idol of majesty divine, enclos'd With flaming Cherubim, and golden shields; Then lighted from his gorgeous throne, for now 'Twixt bost and host but narrow space was left, A dreadful interval , and front to front Presented stood in terrible array Ofhideous length: before the cloudv van. On the rough edge of battle ère it join'd,' Satan, with vast and haughty strides advanc'd, "" Came towering, arm'd in adamant and sold; Abdiel that sight endur'd not, where he stood Among the mightiest, bcot on highest deeds, And Ûxxxs hU own undaunted heart explores :
' O heaven ! that such resemblance of the Highest Should yet reniain, where faith and reahty Remain not : wherefore should not strenslh and might There fail where virtue fads, or weakest^rove Where boldest, though to sight unconquerable? His puissance, trusting in the' Almigbty's aid, "O I mean to try, whose reason I bave tried Lnsound and false; nor b it aught but just, That he, who in debate of truth hath won, Should win in arms, in both disputes alike Victor; though brutish that coutest and foui,
PARADIS PERDU
Que ce double avantage assure ici ma gloire, El que le téméraire , à mes pieds abattu , Rende hommage à la force unie à la vertu ! »
« Il dit, sort de ses rangs, mairhe à l'ange rebelle Qu'enflamme à son aspect une fureur nouvelle, Et provoque en ces mots l'archange audacieux :
« Je te retrouve donc, esprit séditieux ! En vain, entretenant ta superbe espérance, Tu crus , sûr de ta force et de ton éloquence , Ou séduire le ciel par tes trompeurs discours. Ou trouver de ton Dieu le trône sans secours ; De ce Dieu qui d'un mol peut créer des armées , Ou seul, de les projets dissipant les fumées, Du trône où son pouvoir se rit de Ion orgueil , Exterminer d'un coup, d'un signe, d'un clin d'œil , Toi , tes chars , tes drapeaux , la troupe criminelle , Et vous abîmer tous dans la nuit éternelle ! Tu vois que tu n'as pas entraîné tous les vœux ; Il reste à Dieu des cœurs et purs et généreux : Tu ne les voyois pas , lorsqu'affrontant l'orage , Seul à les bataillons j'opposai mon courage. Des maux que j'ai prédits voici venir le temps; El tu vas , mais trop lard , apprendre à tes dépens Qu'un esprit éclairé de l'erreur se sépare, El suit le droit sentier, quand la foule s'égare. »
« — Eh bien! malheur à toi, perfide sérapiiiu, Lui réplique Salan avec un fier dédain : A Ion retour vers nous ma colère rend grâce ; Tu vas donc le premier expier ton audace , Toi qui , dans ce sénat d'augustes demi-dieux , Osas seul élever un cri séditieux !
Que pailes-tu de maître et de toute-puissance?
Whcn rcason hath to deal wilh force , jet so
Most rcason is that rcason ovcrcorae. '
" So pondering, and froin tiis armed pecrs
Forth stcpping opposite, half-way he met
Ilis daringfoe, at this prévention more •3" Incens'd, and thus securely hiin dcficd :
' Proud! art thon met? thy hope was to hâve rcach'd
The heiglit of thy aspiring unoppos'd ,
The throne of God unguarded, aud his side
Abandon'd, at the terror of thy power
Or potent longue : fool! not to thinli how vain
Agaiust the' Omnipotent to rise in arms;
Who ont of smallest things could, wilhout end,
Hâve rais'd incessant armies to defeat
Thy folly ; or with sohtary hand 140 Rcaching beyond ail limit, at one blow,
Dnaided, could hâve finish'd thce, and whelm'd
Tliy légions under darkness : but ihou seest
AU are not of thy train; there be, who faith
Prefer and piety to God, though then
To thee not visible, when I alone
Seem'd in thy world erroneous to dissent
From ail; my sect thou seest; now learn too late
How few sometimcs may know , when thousands err. ' " Whom the grand foe, with scornful cye askance, 'So Thus answered : ' 111 for thee, but in wish'd hour
Of œy revenge, first sought for, thou return'st
From flight, seditious angel! to receive
Thy merited reward, the first assav
Nous n'en connolssons point : sûrs de noire vaillance,
Sûrs de nos droits sacrés , nous les soutiendrons tous.
Mais toi, je l'applaudis de revenir à nous;
D'iui espoir orgueilleux ta valeur échauffée,
Des débris de Satan se promet un trophée :
Approche ; que dans toi j'apprenne à mes rivaux
Quel accueil cette main prépare à tes égaux.
Toutefois , pour ne pas le laisser sans réponse ,
J'ai daigné différer le sorl que je t'annonce.
J'avois cru , j'en conviens ( pardonne à ma lierlé ) ,
Que le bonheur céleste étoit la liberté :
Mais , je le vois , ton Dieu courbe à son joug servile
La pari la plus nombreuse ainsi que la plus vile ;
De lâches voluptés font seules vos deslins;
Vos armes sont des luths , vos combats des festins;
Pour célébrer en chœur la haute renommée.
De ces chantres du ciel tu formas ton armée.
Va combattre avec eux ; vous apprendrez de moi
Ce qu'est ime ame libre aux esclaves d'un roi. »
« — Ah ! toi-même rougis de ta honteuse chaîne. Lui lépond Abdiel, loi, de qui l'ame vaine, Adorant de l'erreur le joug impérieux.
Traite d'emploi servile un devoir glorieux. Mais la nature et Dieu repoussent cette injure, Car obéir à Dieu, c'est suivre la nature; Ils nous disent tous deux (et j'écoule leur voix) Que le meilleur de nous doil nous donner des lois ; Ses bontés sont ses droits à noire obéissance; Le premier en sagesse , il doil l'être en puissance. Tu parles d'esclavage ! ah ! l'esclave est celui Qui se choisit un maître insensé comme lui : C'est celui qui , bravant le pouvoir légitime ,
Of this right hand provok'd, since first that toogue, Inspir'd with contradiction, durst oppose A third part of the Gods, in synod met Their deities to assert; who, while they feel Vigour divine within thera, can allow Omnipotence to none. But well thou com'st
ïCo Before thy fcliows, arabitious ly to win
From me somc p'ume, that thy success may sliow Destruction to the rest : this pause bctween , (Unanswer'd, lest thou boast) to let thee know, At first 1 thought that liberty and heaven To heavenly souIs had been ail one; but now I see that most through sloth had rather serve, Minist'ring spirits , train'd up in feast and song ! Such hast thou arm'd, the minstrelsy of heaven, Servility with freedom to contend,
170 As both their deeds corapar'd this day shall prove. ' ^' To whom in brief thus Abdiel stern replied : ' Apostate ! stiU thou err'st, nor end wilt find Of crriog, from the path of truth remote : Unjustly thou deprav'st it with the namc Of servitude, to serve whom God ordains, Or nature: God and nature bid the same, When he who rules is worthiest, and excels Them whom he governs. This is servitude, To serve the' unwise, or him who hath rebell'd
180 Against his worthier, as thine now serve thee, Tbyself not free, but to thyself enthrall'd; Yct lewdly dar'st our minist'ring upbraid.