A MADEMOISELLE DE B
Toi, dont j'ai vu couler les premiers pleurs
Et naître le premier sourire, Je vais sur ton berceau répandre quelques fleurs.
Foui- prix du zèle qui m'inspire.
Que dans ces vers un jour papa t'apprenne à lire ,
Et c'est trop m'en récompenser.
Je sais qu'en un âge aussi tendre ,
Tu ne peux encor les conq^rendre; Mais moi, j'ai du plaisir à te les adresser : Même avant de sentir, lu sais inléi-esser.
Mes vers au moins n'ont rien dont je rougisse. Que d'autres, célébrant des mortels corrompus.
Encensent, dans de vieux Crésus,
La décrépitude du vice ; Je célèbre dans toi l'enfance des vertus. L'enfance est si touchante! Eh! quelle ame si dure rs'éprouve en sa faveur le plus tendre intérêt ? Tous les êtres naissants ont un charme secret :
Telle est la loi de la nature.
Ces ormeaux orgueilleux, leur verte chevelure. M'intéressent bien moins (|ue ces jeunes boulons
Dont je vois poindre la verdure;
Ou (|ue les tendres rejetons Qui doivent du bocage être un joiw la parure.
Le doux éclat de ce soleil naissant Flatte bien plus mes yeux que ces flots de lumière
Qu'au plus haut point de sa carrière
A'erse son char éblouissant.
L'été, si fier de ses richesses, 1,'aulomne, qui nous fait de si riches présents,
Me plaisiiit moins que le printemps.
Qui ne nous fait que des promesses.
Ciel ! retranche aux jours nébuleux
De la lenle vieillesse; Abrège les jours orageux De l'impétueuse jeunesse ; Mais prolonge les jours heureux Et des ris innocents et des folâtres jeux !
Le vrai plaisir semble fait pour cet âge : L'épanouissement d'un cœur encor nouveau ;
Du sentiment le doux apprentissage ; L'univers par degrés déployant son tableau; Ce sang si pur qui coule dans les veines ; Des plaisirs vifs et de légères peines ; L'esprit sans préjugés, le cœur sans passions; De l'avenir l'heureuse insouciance ; Pour tout palais, des châteaux de cartons, Et pour richesse , des bonbons :
Toilà le destin de l'enfance.
Ah ! la saison de l'innocence Est la plus belle des saisons
VERS