VERS POUR LA FÊTE DE MADAME DU MOLE
( C'est le dieu du ruisseau qui parle. )
Parmi les jeux que pour vous on apprête , Permettez, belle Églé, que le dieu du ruisseau, Qui, charmé de baigner votre heureuse retraite. Vous voit rêver souvent au doux bruit de son eau ,
"Vienne s'unir à cette aimable fête.
C'est à vous que je dois le destin le plus beau : Mes ondes , avant vous , foibles , déshonorées , Sur un limon fangeux se trainoient ignorées; C'est vous de qui les soins, par des trésors nouveaux, Ont augmenté les trésors de ma source;
C'est vous qui , dans leur course , Sans les gêner, avez guidé mes eaux.
Yous , de Marly ' Naïades orgueilleuses , Qu'au haut des monts vos eaux ambitieuses S'élèvent avec peine, et fassent gémir l'air Du bruit affreux de leurs chaînes de fer;
Moi, dans ma course vagabonde, A son penchant j'abandonne mon onde.
Que , dans de pompeuses prisons , Le marbre des bassins tienne vos eaux captives : Entre des fleurs et des gazons Je laisse errer mes ondes fugitives.
Allez baigner des rois le séjour enchanté; Moi, j'arrose les lieux ou se plaît la beauté. Là, prenant lour-à-tour vingt formes différentes, Mes flots se font un jeu d'exprimer dans leur cours De la charmante Églé les qualités brillantes, Et savent toujours plaire en limitant toujours. La pureté de ces eaux transparentes,
* Ces vers furent composés à la sollicitation de M. l'ahbé narthelcmy, qui pria l'auteur de suivre, dans cette traduction, la mesure des vers saphiques. — Vovez le Voyage d'Art.i" charsis, chap. m, et la note rr.
I La Malraaison est près de Marlv.
POÉSIES FUGITIVES
IVuii cœur plus pur encor peint la naïveté; le jet brillant du ces eaux bondissantes, De son esprit peint la vivacité.
Voit-on mes flots, au gré de la nature,
Suivre négligemment leur cours ?
C'est l'image de ses discours.
Qui nous plaisent sans imposture.
J'aime à répéter dans mes eaux L'azur des cicux, les fleurs de mon rivage,
Et la verdure des berceaux; Mais j'aime cent fois mieux réfléchir son image.