‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 42 sur 413 · LIVRE î · texte numérisé non relu

LIVRE î

Ces rianles moissons , vains fruits de lanl de peines ; Les fossés sont remplis; les fleuves débordés Roulent en mugissant dans les champs inondés ; Les torrents bondissanis précipitent leur onde, Et des mers en courroux ^^ le noir abime gronde. Dans cette nuit alTreuse, environné d'éclairs, Le roi des dieux s'assied sur le trône des airs : La terre tremble au loin sous son maitre qui tonne ; Les animaux ont fui *3 ; Ihomme éperdu frissonne ; L'univers ébranlé^ s'épouvante... le dieu. D'un bras étincelanl dardant un trait de feu , De ces monts si souvent mutilés par la foudre, De Rbodope ou d'Athos met les rochers en poudie , Et leur sommet brisé vole en éclats fumants : Le vent croit, l'air frémit d'horribles sifflements ; En torrents redoublés les vastes cieux se fondent; La rive au loin gémit, et les bois lui répondent.

Pour prévenir ces maux , lis aux voûtes des cieux ; Suis dans son cours errant le messager des dieux; Observe si Saturne^' est d'un heureux présage : Sur-tout aux dieuxdes champs présente un pur hommage. Quand l'ombrage ^^ au printemps invite au doux sommeil. Lorsque l'air est plus doux , l'horizon plus vermeil , Les yins plus délicats, les victimes plus belles, Offle des vœux nouveaiLX pour des moissons nouvelles ; Choisis pour temple un bois, un gazon pour autel. Pour offrande du vin^^^ çt jy j^it, et du miel : Trois fois autour des blés on conduit la victime ; Et trois fois, enivré d'une joie unanime. Un chœur nombreux la suit en invoquant Cérès : Même, avant que le fer''^ dépouille les guérets, Tous entonnent un hymne; et, couronné de chêne, Chacun d un pied pesant fiajipe gaiment la plaine.

Si ce culte pieux n'obtient pas de beaux jours,

Cum soiiitu , fervetque fretis spirantibus sequor. Tpse pater, mcdia nimborura iu nocte, corusca Fulmiaa molitur dextra; quo raauma raotu

33o Terra tremit , fugere ferse , et mortalia corda Per gentes humilis stravit pavor. Ulc flagranti Aut Atho , aut Rhodopen , aut alla Ccraiinia lelo Dcjicit. IngemiDaot austri, et dcQsissiraus iiuber; IVunc nemora iDgenti vento, nunc litora planguDt.

Hoc inetuens , cœli menscs et sidéra serva , Frigida Saturui sese quo Stella reccptet, Quos ignis cœli Cvlleiiius erret in orbes. In prioiis vencrare deos, atque annua magax Sacra refcr Cereri , lœtis operatus in herbis ,

340 Fstremse sub casum hiemis , jam vere sereno : Tune agni pingues, et tune mollissima vina, Tune somni dulces, densaeque in montibus umbrîe. Cuncta tibi Cererem pubes agrestis adorct ; Ciii tu lacté favos et miti dilue barrho ; Terque novas circum felix eat hostia fruifes , Omnis quam chorus et socii comitentur ovantes, Ft Cererem clamore vocent in tecta ; neque aute Falcem maturis quisquam supponat aristis , Quam Cereri, torta redunitus tempera quercu,

3^ Dct motus incompositos , et carmina dicat.

Atque haec ut certis possimus discere signis , /Estusque, pluviasque, et agentes frigora veutos, ipse pater statuit, quid menstrua luna raonerct,

La lune de l'orage annonce au moins le cours ; Et le berger connoit par d'assurés présages Quand il doit éviter les lointains pâturages. Au premier sifflement des vents tumultueux , Tantôt, au haut des monts, d'un bruit impétueux On entend les éclats ; tantôt les mers profondes Soulèvent en grondant , et balancent leurs ondes , Tantôt court sur la plage un long mugissement, Et les noires forêts murmurent sourdement. Que je plains les nochers , lorsqu'aux prochains rivages Les plongeons effrayés, avec des cris sauvages, Toleiit du sein de l'onde, ou quand l'oiseau des mers Pai'court en se jouant les rivages déserts, Ou lorsque le héron , les ailes étendues , De ses marais sélance, et se perd dans les nues 1 Quelquefois , de l'orage avant-coureur brûlant , Des cieux se précipite un astre ctincelant. Et dans le sein des nuits, qu'il rend encor plus sombres. Traîne de longs éclairs qui sillonnent les ombres: Tantôt on voit dans l'air des feuilles voltiger, El la plume , en tournant, sur les ondes nager. Si l'éclair brille au nord; de l'Eure et de Zéphire Si la foudre en éclat ébranle au loin l'empire : Alors , ô laboureur, crains les torrents des cieux ; Xochers, ployez la voile, et redoublez vos vœux. Que dis-je.^ tout prédit l'approche des orages: Nul , sans être averti, n'éprouva leurs ravages : Déjà l'arc éclatant qu'Iris ^^ trace dans l'air Boit les feux du soleil et les eau.x de la mer ; La grue, avec effroi s'élançant des vallées, Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées ; Le taureau hume l'air par ses larges naseaux ; La grenoudle se plaint au fond de ses roseaux ; L'hirondelle en volant effleure le rivage;

Quo signo caderent austri , quid sa?pe videntcs Agricola: propius stabulis armenta teuerent. Continue, ventis surgentibus , aut fréta ponti Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis Montibus audiri fragor; aut resonantia longe Litora misceri, et nemorum iuerebrescere murmur.

2Co Jam sibi tum curvis maie tempérât unda cariuis. Quum medio celeres revolant ex aequore mergi , Clamoremque ferunt ad litora; quumque marinae In sicco ludunt fulicas ; notasque paludes Deserit, atque altam supra volât ardea nubem.

Ssepe etiam steilas , vento impendentc , ^-idebis Praecipites cœlo labi , noctisque per umbram Flammarum longes a terge albescere tractus ; Saepe levcm paleam et frondes volitarc caducas, Aut summa nantes in aqua coUudere plumas.

3:o At BeresE de parte trucis quum fulminât, et quum Eurique ZephjTique tonat domus, omnia plenis Rura natant fossis , atque omnis navita ponto Humida vêla legit. iNunquam imprudentibus imber Obluit : aut illum surgentem vallibus imis Aeriœ fugere grues; aut bucula, cœium Suspiciens, patulis captavit naribus auras; Aut arguta lacus circumvolitavit hirundo , Et veterem in limo ranœ ccciDcre querclam. Sffpius et tcctis penctralibus extulit ova

'.Sfi Angustum formica terens iter; et bibit iogcns

LES GÉORGIQUES

IVemblante pour ses œufs , la fourmi déménage ; El des affreux corbeaux les noires légions Fendent l'air, qui frémit sous leurs longs bataillons.

Vois les oiseaux des mers, el ceux que les prairies Nourrissent près des eaux sur des rives fleuries ; De leur séjour humide on les voit s'approcher, Offrir leur tête aux flots qui battent le rocher, Pi-omener sur les eaux leur troupe vagabonde, Se plonger dans leur sein, reparoître sur l'onde. S'y replonger encore, et par cent jeux divers Annoncer les torrents suspendus dans les airs.

Seule , errant à pas lents sur l'aride rivage , La corneille enrouée appelle aussi l'orage. Le soir, la jeune fille, en tournant son fuseau. Tire encor de sa lampe un présage nouveau , Lorsque la mèche en feu , dont la clarté s'émousse , Se couvre, en pétillant, de noirs flocons de mousso.

Mais la scréniié reparoît à son tour : Des signes non moins sûrs t'annoncent son retour ; Des astres plus brillants ont peuplé l'hémisphère ; La lune sur son char le dispute à son frère; On ne voit plus dans l'air des nuages errants Flotter, comme la laine éparse au gré des vents; Ni l'oiseau de Thélis f>6 sur l'humide rivage Aux rayons du soleil étaler son pîumage; Ni ces vils animaux dans la fange engraissés Délier des épis les faisceaux dispersés. Ei:fm l'air s'éclaircit ; du sommet des montagnes Le brouillard affaissé descend dans les campagnes ; Et le triste bibou, le soir au haut des toits , En longs gémisscmenis ne traîne plus sa voix.

Tantôt l'afl'reux Nisus '•7 , avide de vengeance , Sur sa fille , à grand bruit , du haut des cieux s'élance ;

Arcus ; et e pastu deccdens agmine magiio Corvorum increpuit densis exercitus ails.

Jam varias pclagi volucrcs, et qiia; Asia circiira Dulcibiis in stagnis rimaotur prata Cayslri, Certatim largos humeris infundere rorcs, Nunc caput objectare frclis, nuQc currere in undas , Et studio incassum videas gestire lavandi.

Tum coniix plena pluviam vocat itnproba voce. Et sola in sicca secura spatiatur arcna. 39° Nec noclurna quidem carpentes pensa puellie Nesciverc hiemcm, testa quum ardente vidèrent Scintillare oleura , et putres concrescerc fungos.

Ne minus ex imbri soles et aperta serena Prospicerc, et certis poteris cognoscere signis. Nani neque tum stellis acies obtusa videtur , Nec fratris radiis obnoxia surgere luna'; Tenuia nec lanœ per cœlum vellera ferri. Non tcpidum ad solera pcnnas in litore pandunt Dilectsc Thetidi alcyojies ; non ore solutos 4'io Imraiindi merainere sues jactare maniplos.

At ncbulce magis ima pelant , campoque recumbanl ; Solis et occasum servans de culmiue summo Nequidquam seros exercet noclua cantus.

Apparet liquido sublimis in aëre INisus, Et pro purpureo pœnas dat Scylla capiilo. Quacumque illa levem fugiens secal aetliera peniii's , Ecce inimicus, alrox , magno stridore per auras Inscquitur Nisus ; qua se Icrt Nisus ad auras.

Scylla vole el fend l'air ; Nisus vole el la suit ; Scylla, plus prompte encor, se détourne et s'enfuit.

Même les noirs corbeaux , bannissant la tristesse , Annoncenl les beaux jours par trois cris d'alégresse , Et d'un gosier moins rauque expriment leur gaîlé : Souvent, au haut de l'arbre où flotte leur cité, Vous voyez leurs ébats agiter le feuillage ; Une douceur secrète attendrit leur ramage : Ils aiment à revoir, depuis long-lemps bannis, Leur arbre hospitalier, leur famille el leurs nids.

Non que du ciel ^^ en eux la sagesse immortelle D'un rayon prophétique ait mis quelque étincelle : L'inslincl seul les éclaire ; et lorsque ces vapeurs D'où naissent tour-à-tour le froid et les chaleurs. Ou des vents inconstants loi*sque l'humide haleine Change pour nous des cieux l'influence incertaine, Les êtres animés changent avec le temps : Ainsi, muet l'hiver, l'oiseau chante au printemps. Ainsi l'agneau bondit sur le naissant herbage, Et même le corbeau pousse un cri moins sauvage.

Mais , malgré ces leçons , crains-tu d'être séduit Par le perfide éclat d'une brillante nuit ? Du soleil , de sa sœur , observe la carrière. Quand la jeune Phébé rassemble sa lumière. Si son croissant terni s'émousse dans les airs, La pluie alors menace et la terre et les mers. Du fard de la pudeur peint-elle son visage.!* Des vents prêts à gronder c'est le plus sûr présage. Le quatrième jour ''9 ( cet augure est certain ), Si son arc est brillant, si son front est serein , Durant le mois entier que ce beau jour amène. Le ciel sera sans eau , l'aquilon sans haleine , L'océan sans tempête ; et les nochers heureux ""

lUa levem fugiens raptlm sccat asthera peunis.

'i'o Tum liquidas corvi prcsso ter gutture voces Aut quater ingeminant; et ssepe cubilibus altis, Nescio qua pi aeter solitum dulcedine la-ti , Intcr se in l'ûliis strepitant ; juvat imbribus actis Progeniem parvam dulcesqne reviscre nidos. Haud equidcra credo quia sit diviiiitus iUis Ingeniura, aut rerum fato prudentia major; Verum , ubi tcmpestas et cœli mobilis humor Mutavere vias, et Jupiter uvidus austris Densat , erant quae rara modo , et qua; densa, relaxât,

.p.o Vertuntur specics animorum, et pectora motus Nunc alios, alios dura nubila vcntus agcbat, Concipiunt. Hinc ille avium conceutus in agris. Et \xtx pecudes , et ovantes gutture corvi.

Si vero solem ad rapidum iunasque sequentes Ordine respicies , nunquam te crastina lallet Hora, ncquc insidiis noctis capiere serenae. Luna revertcntes quum primum colligit ignés. Si nigrum obscuro comprenderit acra cornu, Maxjmus agricolis pelagoque parabitur imber.

43o At , si virgineum sul'fuderit ore ruborem ,

Ventus crit; vento semper rubet aurea Phœbe. Sin ortu in quarto, namque is certissiraus auctor, Pura, neque obtusis per cœUim cornibus ibit , Tolus el ille dies, et qui nascenlur ab illo Exaetura ad menscm , pluvia ventisque carebunt , Votaque servati solvent in litore nautae

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