‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 50 sur 413 · LITRE IL · texte numérisé non relu

LITRE IL

Sous le chaimic innocent porla ses derniers pas.

O vous 72, à qui j'offris mes premiers sacrifices, Muses, soyez toujours mes plus chères délices! Dites-moi quelle cause éclipse dans leur cours Le clair flambeau des nuits, l'astre pompeux des jours; Pourquoi la terre tremble, et pourquoi la mer gronde; Quel pouvoir fait enfler, fait décroître son onde; Comment 7^ de nos soleils l'inégale clarté S'abrège dans l'hiver, se prolonge en été ; Comment roulent les cieux, et quel puissant génie Des sphères dans leur cours enlretieut l'harmonie.

Mais si mon sang trop froid m'interdit ces travaux , Eh bien! vertes forêts, prés fleuris, clairs ruisseaux, J'irai , je goûterai votre douceur secrète : Adieu, gloire, projets. O coteaux du Taygèle, Par les vierges de Sparte en cadence foulés, Oh ! qui me portera dans vos bois reculés ! Où sont, 0 Sperchius, tes fortunés rivages! Laissez-moi de Tempe parcourir les bocages; Et vous, vallons d'Hémus, vallons sombres et fiais. Couvrez-moi tout entier de vos rameaux épais.

Heureux le sage 74 instruit des lois de la nature, Qui du vaste univers embrasse la structure , Qui dompte et foule aux pieds d'importunes erreurs , Le sort inexorable et les fausses terreurs ; Qui regarde en pitié les fables du Téuare, Et s'endort au vain bruit de l'Achéron avare ! Mais trop heureux aussi qui suit les douces lois Et du dieu des troupeaux et des nymphes des bois! La pompe des faisceaux, l'orgueil du diadème, L'iniérèt'», dont la voix fait taire le sang même, De lister conjuré les bataillons épais, Rome , les rois vaincus , ne troublent point sa paix : Auprès de ses égaiLX passant sa douce vie ,

Sacra deum , sanctique patres ; extrema per illos Jiistitia excedeas terris vestigia fecit.

Me vcro primum dulces ante omnia Musse, Quarum sacra fero ingenti perculsus amore, Accipiant, cœlique vias et sidéra monstrent, Defectus solis varios , lunccque labores; Unde tremor terris; qua vi maria alla tumescant <8o Objlcibus ruptis , rursusque in se ipsa résidant; Quid tautum Oceano properent se tingere soles Hiberni, vel quœ tardis mora noctibus obstet.

Sin, bas ne possim naturae accedere partes, Frigidus obstiterit circum praecordia sanguis, Rura mihi et rigui placeant in vallibus amaes; Flumina amem sihasque inglorius. O ubl campi, Sperchiusque, et virginibus bacchata Lacaeuis Tavgeta ! O , qui me geiidis in vallibus Hxmi Sistat, et ingenti ramorum protegat nmbra! 49° Félix, qui potuit rerum cognoscere causas, Atque metus omnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus, strepituraque Achernatis avari! Fortunatus et ille deos qui novit agrestes, Panaque, Silvaniunque senem , Nympbasque sorores 1 lllum non populi fasces, non purpura regum Flexit , et intîdos agitans discordia fratres , Aut conjurato descendens Dacus ab Histro ; Non rcs Romanœ, perituraque régna; neque ille Aut doluit miseraDS inopem, aut invidit habenti.

Son cœur 76 n'est attristé de pitié ni d'envie; Jamais aux tribunaux, disputant de vains droits, La chicane pour lui ne fit mugir sa voix : Sa richesse, c'est l'or des moissons qu'il fit naître; El l'arbre qu'il planta chauffe et nourrit son maître.

D'autres , la rame en main , tourmenteront la mer, Ramperont dans les cours , aiguiseront le fer : L'avide conquérant, la terreur des familles, Égorge les vieillards , les mères et les filles , Pour dormir sur la pourpre 77, et pour boire dans l'or; L'avare ensevelit et couve son trésor; L'orateur au barreau , le poète au théâtre, S'enivrent de l'encens d'une foule idolâtre; Le frère égorge un frère, et va sous d'autres cieux Mourir loin des lieux chers qu'habitoient ses aïeux.

Le laboureur en paLx coule des jours prospères; Il cultive le champ que cultivoieut ses pères : Ce champ nourrit l'état, ses enfants, ses troupeaux, Et ses bœufs, compagnons de ses heureux tiavaux. Ainsi que les saisons , sa fortune varie : Ses agneaux au printemps peuplent sa bergerie. L'été remplit sa grange, affaisse ses greniers; L'automne d'un doux poids fait gémir ses paniers; Et les derniers soleils, sur les côtes vineuses, Achèvent de mûrir les grappes paresseuses.

L'hiver vient; mais pour lui l'automne dure encor: Les bois donnent leurs fruits 7* , l'huile coule à flots d'or. Cependant ses enfants , ses premières richesses , A son cou suspendus disputent ses caresses : Chez lui de la pudeur tout respecte les lois; Le lait de ses troupeaux écume entre ses doigts ; Et ses chevreaux , tout fiers de leur corne naissante , Se font en bondissant une guerre innocente.

Les fêtes, je le vois partager ses loisirs

5oo Ouos rami fructus, quos ipsa volentia rura Sponte tulere sua, carpsit; nec ferrea jura, Insanumque forum , aut populi tabularia vidit.

Sollicitant alii remis fréta cœca, ruuntque In l'errum, pénétrant aulas et limina regum : Hic petit excidiis urbem miserosque pénates , Lt gemma bibat, et Sarrano indormiat ostro. Condit opes alius , defossoque incubât auro : Hic stupet attonitus rostris : hune plausus hiantem Fer cuneos , geœinatur enim, plebisque patrumque

5io Corripuit. Gaudent perfusi sanguine fratrum , Exsilioque domos et dulcia limina mutant, Atque alio patriam quaerunt sub sole jacentem.

Agricola iocurvo terram dimovit aratro : Hinc anni labor; bine patriam parvosque pénates Sustinet; bine armenta boum, meritosque juvencos. Nec requies , quia aut pomis exuberet annus, Aut fétu pccorum, aut cerealis mergite culmi, Proventuque oneret sulcos , atque horrca vincat. Venit hicms , teritur Sicyonia bacca trapetis ;

J2o Glande sues lœti rcdeunt; dant arbuta silvse; Et varios ponit fétus aucturanus, et alte Milis in apricis coquilur vindemia saxis. Interea dulces pendent circum oscula nati ; Casta pudicitiam serval domus ; ubera vaccae Lactca demitlunt ; pinguesque ia gramine laeto Inler se adversis luctantur cornibus hsedi.

LES GEORGIQUES

Entre un culte pieux et d'utiles plaisirs : Il propose des prix à la force , à l'adresse ; L'un déploie en lultant sa nerveuse souplesse; L'autre frappe le but d'un trait victorieux , Et d'un cri triomphant fait retentir les cieux.

Ainsi les vieux Sabius vivoient dans l'innocence; Ainsi des fiers Toscans s'agrandit la puissance ; Ainsi Rome, aujourd'hui reine des nations, Seule en sa vaste enceinte a renfermé sept monts. Même avant Jupiter, avant que l'homme impie Du sang des animaux osât souiller sa vie , Ainsi vivoit Saturne : alors d'affreux soldats Au bruit des fiers clairons ne s'entr'égorgeoient pas; Et le marteau pesant, sur l'enclume bruyante, Ne forgeoit point encor l'épée étincelante.

Mais ma seconde course a duré trop long-temps; Et je délèle enfin mes coursiers haletants.

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