V. I Protenus aerii mcllis cœlestia dona
Ex.3equar. Hanc etiam, Mseceiias, adspice partein. Admiranda tibi levium spectacula rerum, Maguanimosque duces , totiusque ordine gentis Mores, et sludia, et populos, et praelia dicam. In tenui labor; at tenuis non gloria, si quera Numina lœva sinunt, auditque vocatus Apollo
Principio sedes apibus statioque petenda. Que neque sit ventis aditus (nam pabula venti
»" Ferre doToum probibent), neque oves hsediquc pclulci Fluribu» insultent, aut crraus bucula campo
Ne détache des fleurs ces gouttes de rosée Qui tremblent , le malin , sur la feuille arrosée. Loin d'eux le vert lézard , les guêpiers ennemis , Progné sanglante encor' du meurtre de son fils; Tout ce peuple d'oiseaux, avide de pillage. Ils exercent par-tout un affreux brigandage, Et saisissant l'abeille errante sur le thym , En font à leurs enfants un barbare festin.
Je veux près des essaims une source d'eau claire. Des étangs couronnés d'une mousse légère; Je veux un doux ruisseau fuyant sous le gazon , Et qu'un palmier épais protège leur maison. Ainsi , lorsqu'au printemps, développant ses ailes Le nouveau roi conduit ses peuplades nouvelles ^, Cette onde les invite à respirer le frais , Cet arbre les reçoit sous son feuillage épais.
Là , soit que l'eau serpente, ou soit qu'elle repose, Des cailloux de ses bords , des arbres qu'elle arrose , Tu formeras des ponts , où les essaims nouveaux , Dispersés par les vents ou plongés dans les eaux , Rassemblent au soleil leurs bataillons timides, Et raniment l'émail de leurs ailes humides.
Près de là que le thym , leur aliment chéri , Le muguet parfumé, le serpolet Oeuri, S'élèvent en bouquets, s'étendent en bordure. Et que la violette y boive une onde pure. Leurs toits, formés d'écorce ou tissus d'arbrisseaux, Pour garantir de l'air le fruit de leurs travaux , N'auront dans leur contour qu'une étroite ouverlme. Ainsi que la chaleur, le miel craint la froidure; Il se fond dans l'été, se durcit dans l'hiver: Aussi , dès qu'une fente ouvre un passage à l'air, A réparer la brèche un peuple entier conspire ;
Decutiat rorera, et surgentes atterat herbas.
Absiiit et picti squaleiitia terga lacerti
Pinguibus a stabulis, meropcsque, alia;que volucres;
Et inanibus Procue pectus signala cruentis.
Omnia nam latevastant, ipsasque volantes
Ore fcrunt dulcem nidis inimitibus escara.
At liquidi fontes et stagna virentia rausco Adsint, et tenuis fugiens pcr gramina rivus,
20 Palraaquc vestibuluni aut ingens oleaster inurabret; l)t, quum prima novi diicent examina reges Vere suc, ludetque favis cniissa jiiventus , Vicina invitet decedere ripa calori, Obviaque hospitiis tcncat frondentibus arbos.
In médium, seu stabit iners, seu prufluet humer. Transversas salices et grandia conjlce saxa, Pontibus ut crebris possint consistere , et alas Pandere ad œstivum solcm, si forte morantes Sparserit, aut prseceps nepluuo immerserit Eurus.
3o Haec circum casiœ yirides, et olentia late Serpylla , et graviter spiranlis copia tbymbrae Floreat, irriguumque bibant violaria fontera. Ipsa autem, seu corticibus tibi sala cavatis, Seu lento fuerint alvearia viminc texta, Angustos habeant aditus : nam frigore mella Cogit hiems, cademque calor liquefacta remitlit. Utraque vis apibus pariter metuenda; neque illis Nequidquam in tectis certatim tcnuia cera Spiramcnta linunt , fucoque et floribus oras
2il
Il la remplit de fleurs , il la garnit de cire , Et conserve en dépôt , pour ces sages emplois , Un suc plus onctueux ^ que la gomme des bois.
Souvent même on les voit s'établir sous la terre, Habiter de vieux troncs , se loger dans la pierre. Joins ton art à leurs soins; que leurs toils enlr'ouverls Soient cimentés d'argile, et de feuilles couverts.
De tout ce qui leur nuit garantis leur bospice : Lob de là sur le feu 4 fais rougir l'écrevisse ; Défends à l'if impur ^ d'ombrager leur maison ; ('rains les profondes eaux , crains l'odeur du limon , Et la roche sonore , où l'Ecbo qui sommeille Répond, en limitant, à la voLx qui l'éveille.
Mais le printemps renaît ; de l'empire de lair Le soleil triomphant précipite l'hiver.
Et le voile est levé qui couvToit la nature : Aussitôt, s'échappant de sa demeure obscure, L'abeille prend l'essor, parcourt les arbrisseaux ; Elle suce les fleurs, rase, en volant, les eaux. C'est de ces doux tributs de la terre et de l'onde Qu'elle revient nourrir sa famille féconde, Qu'elle forme une cire aussi pure que l'or, Et pétrit de son miel le liquide trésor.
Bientôt abandonnant 6 les ruches maternelles , Ce peuple , au gré des vents qui secondent ses ailes , Fend les vagues de l'air, et sous un ciel d'azur S'avance lentement, tel qu'un nuage obsciu-: Suis sa route ; il ira sur le prochain rivage Chercher une onde pure et des toits de feuiilage : Fais broyer 7 en ces lieux la mélisse ou le thvm ; De Cybèle à l'entour fais relenlir l'airain : Le bruit qui l'épouvante, et l'odeur qui l'appelle,
*" Expient, coUectumque hac ipsa ad munera gluten Et visco et Phrvgiac servant pice lentius Idae.
Sœpe etiam elîossis, si vera est fama, latcbris Sub terra fovere larera , peiiitusque repertre Pumicibusque cavis, exesseque arboris antro. Tu tamcQ e levi riioosa cubilia limo Unge fovens circum, et raras super injice fiondes.
ISeu propius tectis taxiini sine, neve rubentes lire foco cancres; altae neu crcde paludi, Aut ubi odor cœni gravis, aut ubi concava pulsu
••' Saxa sonaut, vocisque offensa résultat imago.
Quod superest, ubi pulsam hiemem sol aureus egit Sub terras, cœlumque sesliva luce reclusit, lUïE continuo saltus silvasque peragrant, Purpureosque metunt flores, et flumina libant Summa levés. Hiuc nescio qua dulcedine laitse Progeniem nidosque fovent; hinc arte récentes Excudunt ceras, et mella tenacia fingunt.
Ilinc, ubi jam pmissum cavcis ad sidéra cœli Nare per œstatem liquidam suspescrls agmen ,
**" Obscuramque trahi vento mirabcre nubern , Contemplator; aquas dulces et frondea semper Tecta pctunt ; bue tu jussos adsperge sapores, Trila melisphrlta , et cerinlha; ignobile gramen ; Tinnitusque cie , et Matris quate cvmbala circura. Ipss consident medicatis sedibus; ipsae Intima more suo sese in cunabula coudent.
Sin autem ad pngnam esicrint (oam S3fpc duobus Rcgibus incessit masrno discordia raotu' ,
L'avertissent d'entrer dans sa maison nouvelle.
IMais lorsque entre deux rois 8 l'ardente ambition AUume les flambeaux de la division , Sans peine l'on prévoit leurs discordes naissantes : Un bruit guerrier s'élève, et leurs voix menaçanlc» Imitent du clairon les sons entrecoupés. Les combailants épars déjà sont attroupés. Déjà brûlent de vaincre, ou de moui-ir fidèles; Ils aiguisent leurs dai-ds , ils agitent leurs ailes , Et, rangés près du roi, défiant sou rival. Par des cris belliqueux demandent le signal. Dans un beau jour d'été soudain la charge sonne : Ils s'élancent du camp , et le combat se donne : L'air au loin retentit du choc des bataillons; Le globe ailé s'agite, et roule en tourbillons; Précipité des cieux, plus d'un héros succombe : Ainsi plcuvent les glands , ainsi la grêle tombe. A leur riche parure, à leurs brillants exploits. Au fort de la mêlée on distingue les rois; Ils pressent le soldat, ils échauffent sa rage, Et dans un foible corps s'allume un grand courage 9 : Mais tout ce fier courroux , tout ce grand mouvement, Qu'on jette un peu de sable , il cesse en un moment.
Quand les rois ont quitté les plaines de Bellone, Donne au vaincu la mort , au vainqueur la couronne. Aisément on connoît le plus vaillant des deux : De sa tunique d'or l'un éblouit les yeux ; L'autre, à rcgi-et montrant sa figure hideuse, Traîne d'un ventre épais la masse paresseuse.
Il faut, comme les rois '", distinguer les sujets • Les uns n'offrent aiux veux que d'informes objets; Leur couleur est pareille à la poussière humide
Conlinuoque animos vulgi et trepidantia belle T" Corda licet longe pn-esciscere : namque morantes Martius ille seris rauci canor increpat, et vos -■Vuditur fraclos sonitus imitata tubarum. Tum trepidse inter se coeunt, pennisque corusca;it, Spiculaque exacuunt rostiis, aptantque lacertos, Et circa regera atque ipsa ad prœtoria densx Miscentur, magnisque vocant claraoribus hostem. Ergo, ubi ver naclx sudum camposque patentes, Erumpunt porlis ; concurritur; ïtliere in alto Fit sonitus, magnum mixtx gloraerantur in orbem, &<" PriEcipitesque cadunt. Non densior aère grande. Mec de concussa tantum pluit ilice glandis. Ipsi per médias acies, insignibus alis, <
Ingénies animos angiisto in pectore versant, l'sque adeo obnixi non cedere, dum gravis aut fcos Aut hos versa fuga victor dare terga subegiî. Hi motus animorum , atque baec certamina tauta Pulveris exigui jactu compressa quiescent.
Verum ubi ductores acie revocavcris ambo, Deterior qui visus, eum , ne prodigus obsit, 9= Dede neci : melior vacua sine regnct in aula. Alter erit maculis auro squalentibus ardens; JNam duo sunt gênera; hic melior, insiguis et orc. Et rutilis clarus squamis : ille horridus alter Desidia, latamque trahens inglorius alvum.
Ut binae rcgum faciès , ita corpora plcbis : Naroque alise turpes horrent, ceu pulvere ah a^la Quum venit, et sicco ferrara spuit ore viat^r
LES GEORGIQUES
Que chasse un voy.igeur de sou gosier aride : Les autres sonl polis, et luisants, et dorés, Et d'un brillant émail richement colorés. Préfère cette race ; elle seule, en automne, T'enrichira du suc des lleurs qu'elle moissonne; Elle seule, au printemps, te dislille un miel pur. Qui dompte l'àprelé " d'un vin fougueux et dur.
Cependant si ce peuple, en son humeur volage, Quilloit ses ateliers, suspendoit son ouvrage, Sans peine ou le rappelle à ses premiers emplois. Arrache '^ seulement les ailes de ses rois; Quels sujets oseront, quand leur chef est tranquille, Abandonner leur poste et déserter la ville ?
Toi-même, pour fixer leurs folâtres humeurs. Parfume tes jardins des plus douces odeurs; Ombrage de pins verts les dômes qu'ils habitent; Que les vapeurs du thym au travail les invitent; Que Priape ' ^ , en ces lieux , écarte avec sa faux Et la main des voleurs et le bec des oiseaux ; Fais-y naître des ft-uits, fais-y croître des plantes, Et verse aux tendres fleurs des eaux rafraîchissantes.
Si mon vaisseau '4, long-temps égaré loin du bord. Ne se hàtoit enfin de regagner le port. Peut-être je peindrois les lieux chéris de Flore; Le narcisse ' = en mes vers s'empresseroit d'éclore ; Les roses '6 m'ouvriroient leurs calices brillants; Le tortueux concombre arrondiroit ses flancs; Du persil toujours vert , des pâles chicorées , Ma muse abreuveroit les tiges altérées; Je courberois '7 le lierre et l'acanthe en berceaux; Et le myrte amoureux ombrageroit les eaux.
Aux lieux où le Galèse '*, en des plaines fécondes, Parmi les blonds épis roule ses noires ondes. J'ai vu, je m'en souviens, un vieillard fortuné,
Aridus; elucent aliae, et fulgore coTuscant Ardentes auro, et paribus lita corpora guttis. •o" Uxc potior sobolcs : hinc cœli tempore certo
Dulcia inella premes, nec tantum dulcia, quantum Et liquida, et durum Bacchi domitura saporein.
At quum inccrta volant, cœloque examina ludunt, Contemnuntque favos, et l'rigida tecta relinquuut, Instabiles animos ludo prohibebis inani.
ISec maguus prohibere labor. Tu regibus alas Eripe : non illis quisquam cunctantibus altuin Ire iter, aut castris audebit vellere signa. Invitent croeeis halautes floribus horti, "" Et custos furum atque avium cura falce saligna Hellespontiaci scrvet tutela Priapi.
Ipse tliymuin pinosquc ferens de monllbus altis Tecta serat lato circum, cui talia curae; Ipse laborc inanum dure terat; ipse feraces ^ Figat humo plantas, et amicos irriget iinbres.
Atque equidem, extrême ni jam sub fine laborum Vêla trahara, et terris festinem advertere prorara, Forsitan et piugues hortos quae cura colendi Ornaret, canerera, biferique rosaria Psesli; 'so Quoque modo potis gauderent intyba rivis. Et virides apio ripse , tortusque per herbam Cresceret in ventreni cucumis; nec sera comantem Narcissum, aut flexi tacuissem vimen acauthi, Pallentesqae hcderas, et amantes litora myrtos.
Possesseur d'ini terrain long-temps abandonné. C'éloit un sol ingrat, rebelle à la culture, Qui n'offroit aux troupeaux qu'une aride verdure, Ennemi des raisins , et funeste aux moissons : Toutefois, en ces lieux hérissés de buissons. Un parterre de fleiu's, quelques plantes heureuses Qu'élevoient avec soin ses mains laborieuses. Un jardin, un verger, dociles à ses lois. Lui donnoieut le bonheur, qui s'enfuit loin des rois. Le soir, des simples mets que ce lieu voyoit naître. Ses mains chargeoient , sans frais , une table champêtre ; Il cueilloit le premier les roses du printemps. Le premier, de l'automne amassoit les présents; Et lorsque autour de lui , déchaîné sur la terre , L'hiver impétueux brisoit encor la pierre. D'un frein de glace encore enchaînoit les ruisseaux, Lui déjà de l'acanthe '9 émondoit les rameaux ; Et, du printemps tardif accusant la paresse, Prévenoit les zéphyrs, et hâtoit sa richesse. Chez lui le vert tilleul tempéroit les chaleurs; Le sapin ^° pour l'abeille y dislilloit ses pleurs : Aussi, dès le printemps, toujours prêts à renaître, D'innombrables essaims enrichissoient leur maître; Il pressoit le premier ses rayons toujours pleins, Et le miel le plus pur écumoit sous ses mains. Jamais Flore chez lui n'osa tromper Pomone : Chaque fleur du printemps éloit un fruit d'automne. Il savoit aligner ^' , pour le plaisir des yeux. Des poiriers déjà forts, des ormes déjà vieux. Et des pruniers greffés, et des platanes sombres Qui déjà recevoient les buveurs sous leurs ombres. Mais d'autres clianteront les trésors des jardins : Le temps fuit ; je revole aux travaux des essaims. Jadis parmi les sons des cymbales bruyantes ,
INamque sub OEbaliae memini me turribus arcis, Qua niger bumectat flaventia culta Galesus, Corycium vidisse senem , cui pauca relicti Jugera ruris erant : nec fcrtilis illa juvencis, INec pecori opportuna seges, nec commoda Baccho. ï3<> Hic rarum tamen in dumis olus, albaque circum Lilia, verbenasque premens, vescumque papaver, Regum scquabat opes animis , seraque revertcns IVoctc domum dapibus mensas onerabat inemptis. Primus vere rosam atque auctumno carpere poma; Et quum tristis hiems etiamnum frigore saxa Ramperet, et glacie cursus frœnaret aquarum, nie comam mollis jam tum tondebat acanthi , jEstatem increpitans seram, Zcphyrosque morantes. Ergo apibus tetis idem atque examine multo
140 Primus abundare, et spumantia cogère pressis Mella favis : illi tilia, atque uberrima pinus; Quoique in flore novo porais se fcrtilis arbos Induerat, totidem auctumno matura tenebat. lllc ctiam seras in versum distulit ulmos, Eduramque pyrum, et spinos jam pruna ferentes, Jamque ministrantem platanum potantibus umbras. Verum hscc ipse equidem spatiis exclusus iniquis Prsetereo , atque aliis post me memoranda relinquo. Nunc âge, naturas apibus quas Jupiter ipse
i5o Addidit, expediam; pro qua mercede, canoros Curetum sonitus crepitantiaque sera seciits; ,