‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 60 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

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Mais il est une fleuri' plus salutaire encore. Sur les bords tortueux qu'enrichit son limon , Le Mel!e42 la voit naitre, et lui donne son nom. De rejetons nombreux un amas l'environne; D'un disque éclatant d'or sa tète se couronne ; Mais de la violette, amante des gazons, La pourpre rembrunie embellit ses rayons ; Et souvent les autels, chargés de nos offrandes, Aiment à se parer de ses riches guirlandes : Le goût en est pourtant moins flatlé que les yeux. Dans les flots odorants d'un vin délicieux Fais bouillir sa racine, et devant tes abeilles De ce mets précieux fais remplir des corbeilles.

Mais si de tes essaims tout lespoir est détruit, Apprends par quels secrets ce peuple est reproduit : Je vais de ce grand art éterniser la gloire , Et dès son origine en rappeler l'histoire.

Le peuple 43 dont le Nil inonde les sillons, Qui, sur des vaisseaux peints voguant dans ses vallons. Fend les flots nourriciers du fleuve qu'il adore. Et de son noir limon 44 voit la verdure éclore ; Les voisins des Persans qu'il baigne de ses eaux ; Les lieux où , vers la mer courant par sept canaux , Il fuit les cieux brûlcmts témoins de sa naissance , De cet art 45 précieux attestent la puissance.

Ce mystère d'abord veut des réduits secrets : Il te faut donc choisir et préparer exprès Un lieu dont la surface , étroitement bornée, Soit enceinte de murs, et d'un toit couronnée; Et que des quatre pohits qui divisent le jour, Une oblique clarté se glisse en ce séjour. Là, conduis un taureau dont les cornes naissantes Commencent à courber leurs pointes menaçantes ;

f ecere agricolœ, facilis quaerentibus Lerba. ÎN'amque udo ingentem toUit de cespite silvam, .Aureus ipse ; sed in foliis , quae plurima circura Funduntur , violae sublucet purpura nigrae. Saepe deum nexis ornatae torquibus arae; Asper iu ore sapor; tonsis in vallibus illum Pastores et curva legunt prope flumina Mellae. Hujus odorato radiées incoque Baccho, 280 Pabulaque in foribus plenis appone canistris.

Sed si quem proies subito defecerit omms, ISec , genus unde novae stirpis revocetur, habebit : Tempus et Arcadii memoranda inventa niagistri Pandere, quoque modo caesis jam saepe juvencis Insincerus apes tulerit cruor. Altius oranera Expediam, prima repetens ab origine, famam.

Nam qua Pellœi gens f'ortunata Canopi Accolit effuso stagnaatcin flumine Milum, Et circum pictis vehitur sua rura phaselis, ^9'^ Quaque pharetratae vicinia Persidis urget. Et viridem .Egyptum nigra fecundat arena , Et diversa ruens scptem discurrit in ora L'sque coloratis amnis dcvexus ab Indis ; Oinnis in hac certam regio jacit arte salutem.

Exiguus primum, atque ipsos contractus ad usus, Eligitur locus : hune angustique imbricc lecti Parietibusque premunt arctis; et quatuor addunt, Quatuor a ventis, obliqua luce, fencstras. 'l'um vitulus, bima curvans jam cornua fronle

Qu'on rétouffe, malgré ses efforts impuissants; Et , sans les déchirer, qu'on meurtrisse ses flancs. Il expire : on le laisse en cette enceinte obscure , Embaumé de lavande, entouré de verdure.

Choisis pour l'immoler le temps oîi des ruisseaux Déjà les doux zéphyrs font frissonner les eaux , Avant que sous nos toits voltige l'hirondelle, Et que des prés fleuris l'émail se renouvelle. Les humeurs cependant fermentent dans son sein. O surprise 46 1 0 merveille! un innombrable essaim Dans ses flancs échauffés tout-à-coup vient d'éclore : Sur 'ses pieds mal formés l'insecte rampe encore ; Sur des ailes bientôt il s'élève en tremblant ; Plus vigoureux enfin, le bataillon volant S'élance, aussi pressé que ces gouttes nombreuses Qu'épanche un ciel brûlant sur les plaines poudreuses; Ou que ces traits, dans l'air élancés à- la-fois. Quand les Parthes guerriers épuisent leurs carquois. Muses, révélez-nous l'auteur de ces merveilles. Possesseur autrefois de nombreuses abeilles, Aristée avoit vu ce peuple infortuné Par la contagion , par la faim moissonné : Aussitôt , des beaux lieux que le Pénée arrose , A'ers la source sacrée où le fleuve repose Il arrive ; il s'arrête, et, tout baigné de pleurs , A sa mère , en ces mots , exhale ses douleurs : « Déesse de ces eaux , ô Cyrène ! ô ma mère ! Si je puis me vanter qu'Apollon est mon père. Hélas ! du sang des dieux n'as-tu formé ton fils Que pour l'abandonner aux deslins ennemis ? Ma mère, qu'as-tu fait de cet amour si tendre.' Où sont donc ces honneurs où je devois prétendre ? Hélas ! parmi les dieiuv j'espérois des autels ,

3oo Quseritur : huic geminse nares, et spiritus cris Multa reluctanti obsuitur, plagisque perempto Tunsa per integrara solvuntur viscera peUem. Sic posilum in clauso linquunt, et ramea costis Subjiciunt fragmenta, thymum, casiasque récentes. Hoc geritur, Zephyris primum impellentibus undas, Ante novis rubeant quara prata coloribus, anle Garrula quam tignis nidiim suspendat hirundo. Interea teneris tepefactus in ossibus humor Jîstuat, et visenda modis animalia miris,

3io Trunca pedum primo, mox et s'j.identia pennis Miscentur, tenuemque magis magis aéra carpunt : Donec , ut aestivis elfusus nubibus imber, Erupere; aut ut uervo puisante sagitlae, Prima levés ineunt si quando prslia Partbi. Quis deus hanc, Musae, quis nol)is extudit artem? Unde nova ingressus borainum experientia cepit?

Pastor Aristaeus, fugiens Peneia Tempe, Amissis, ut fama, apibus morboque fameque, Tristis ad extremi sacrum caput adstitit amnis,

320 Multa querens, atque hac affatus voce parentem : « Mater! Cyrene mater! quœ gurgitis hujus Ima tenes, quid me prœclara stirpe deorura (Si modo, quem perhibes, pater est Thymbrseus Apollo), Invisum fatis genuisti? aut quo tibi nostri Puisus amor? quid me cœlum sperare jubebas? En etiam hune ipsum vitœ mortalis honorera, Quem mihi vix frugura et pecudura custodia solers

LES GEORGIQUES

Ei je languis sans gloire au milieu des mortels ! Ce prix de lant de soins qui charmoit ma misère , Mes essaims ne sont plus; et vous êles ma mère! Achevez ; de vos mains ravagez ces coteaux , Embrasez mes moissons , immolez mes troupeaux ; Dans ces jeunes forêis allez porter la llamme, Puisque l'honneur d'un fils ne touche point votre anic.»

Cjrène entend sa voix au fond de son séjour: Près d'elle, en ce moment, les nymphes de sa cour 47 Filoient d'un doigt léger des laines verdoyantes; Leurs beaux cheveux tomboient en tresses ondoyantes. Là sont la jeune Opis aux yeux pleins de douceur ; Rt Clio toujours fière, et Béroc sa sœur : Toutes deux se vantant d'une illustre origine. Etalant toutes deux l'or, la pourpre, et l'hermine; Ta la brune Nésée, et la blonde Phyllis, Thalie au teint de rose, Éphyre au sein de lis; Près d'elle Cymodoce à la taille légère, Cydippe vierge encor, Lycoris déjà mère; Vous, Aréihuse, enfin, que l'on vit autrefois Presser d'un pas léger les habitants des bois.

Pour charmer leur ennui , Clymène au milieu d'elles Leur racontoit des dieux les amours infidèles, Et Vénus de Vulcain trompant les yeux jaloux. Et le bonheur de Mars , et ses larcins si doux. Tandis qu'à l'écouter les Nymphes attentives Font tourner leurs fuseaux entre leurs mains actives , Du malheureux berger la gémissante voix Parvient jusqu'à sa mère une seconde fois. Cyrène s'en émeut; ses compagnes timides Ont tressailli d'effroi dans leurs grottes humides : Aréihuse, cherchant d'où parlent ces sanglots. Montre ses blonds cheveux sur la voûte des flots : « O ma sœur ! tu sentois de trop justes alarmes ;

Omnia tentant! extuderat , te matre, rclinquo!

Quin âge, et ipsa raanii felices crue silvas; 33o Fer slabulis iiilmicum ignem, atqiie interfice messes;

Ure sata, et validam in vites molire bipcnnem,

Tanta meœ si te cepcrunt tœdia laiidis. »> At mater sonituin thalarao sub fluminis alti

Sensit : eam circura Milesia vellera INymphae

Carpebant, hvali saturo fucata colore;

Drymoque, Xanthoque, Ligeaque , Phyllodoceqiic,

Cacsariem cftusaB nitidam per candida colla;

Nesaee, Spioque, Thaliaque, Cyiuodoceque,

Cvdippeque , et flava Lycorias ; altéra virgo , Jjo Altéra tmn prinios Luciiix experta labores;

Clioque, et Beroe soror, Oceanitides ambae,

Amba; auro, pictis incinctae pellibus ambae;

Atque Ephyre, atque Opis, et Asia Deiopeia,

Et tandem positis velox Arelhusa sagittis. Inter qiias curam Clymene narrabat inanem

Vulcani, Martisque dolos, et dulcia furta;

Aque chao densos divum nuraerabat amores.

Carminé quo captse, dum fusis mollia pensa

Devolvunt, iterum maternas impiilit aures 3So Luctus Aristœi, vitreisque sedilibiis omnes

Obstupuere; sed ante alias Aretbusa sorores

Prospiciens, summa flavum caput extulit unda;

Et procul : « O gemitu non frustra extcrrita tanto ,

Cyrene soror! ipss tibi, tua niaxiraa cura,

Ton fils , ton tendre fils , tout baigné de ses larmes , Paroît au bord des eaux accablé de douleurs; Et sa mère est , dit-il , insensible à ses pleurs. »

« Mon fils! répond Cyrène en pâlissant de crainte; Qu'il vienne : et quel est donc le sujet de sa plainte .•* Qu'on amène mon fils, qu'il paroisse à mes yeux ; Mon fils a droit d'entrer dans le palais des dieux: Fleuve, retire-loi. » L'onde respectueuse, A ces mots suspendant sa course impétueuse, S'ouvre, et, se repliant en deux monts de cristal. Le porte mollement au fond de son canal.

Le jeune dieu descend; il s'étonne, il admire Le palais de sa mère et son liquide empire; Il écoule le bruit des flots retentissants. Contemple le berceau de cent fleuves naissants 48, Qui , sortant en grondant de leur grotte profonde , Promènent en cent lieux leur course vagabonde. De là partent le Phase et le vaste Lycus , Le père des moissons , le riche Caïcus , L'Énipée orgueilleux d'orner la Thessalie; Le Tibre, encor plus fier de baigner l'Italie, L'Hypanis se brisant sur des rochers affreux, Et l'Anio paisible, et l'Eridan fougueux. Qui , roulant à travers des campagnes fécondes , Court dans les vastes mers ensevelir ses ondes.

Mais enfin il arrive à ce brillant palais Que les flots ont creusé dans un roc toujours frais : Sa mère en l'écoulant sourit, et le rassure; Les Nymphes sur ses mains épanchent une eau pure, Offrent pour les sécher de fins tissus de lin ; On fait fumer l'encens, on fait couler le vin, « Prends ce vase , ô mon fils : afin qu'il nous seconde , Invoquons l'Océan ''9, le vieux père du monde. Et vous, reines des eaux, protectrices des bois,

Tristis Aristaeus Penei genitoris ad undam Stat lacrymans, et te crudelem nomine dicit. »

Huic perciissa nova mentcm formidine mater : « Duc âge, duc ad nos; fas illi limina divum Tangere, ait. » Simul alla jubet discedere late

36o Flumina, qua juvenis gressus infe et : at illum Curvata in montis faciem circumstetit unda, Accepitque sinu vaste, misitque sub amnem.

Jamque domum mirans genetricis, et humida régna, Speluncisque lacus clauses, lucosque sonantes, Ibat, et, ingenti motu stupefactus aquarum, Omnia sub magna labentia flumina terra Spectabat diversa locis, Phasimque, Lycumque, Et caput unde altus primum se erumpit Enipeus; Unde pater Tiberinus , et unde Aniena fluenta,

370 Saxosumque sonans Hypanis, Mysusque Caicus, Et gemina auratus taurino cornua vultu Eridanus, quo non alius per pinguia culta In mare purpureura vioientior eifluit aranis.

Postquam est in thalami pendentia pumice tecta Perventum, et nati fletus cognovit inanes Cvrene, manibus liquides dant ordine fontes Germanœ, tonsisque ferunt mantelia villis. Pars epulis onerant mensas, et plena reponunt Pocula : Panchaeis adolescunt ignibus arae.

38o Et mater : « Cape Maeonii carchcsia Bacchi; Oceano libcmus , » ait. Simul ipsa precatur

Euleudez-moi , mes sœurs. » Elle dit ; et trois fois Le feu sacré reçut la liqueur pétillante : Trois fois jaillit dans l'air une flamme brillante. Elle accepte l'augure, et poursuit en ces mots:

« Prolée ^o, à mon cher iih, peut seul Gnir tes maux. C'est lui que nous voyons , sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Amphitrite. Pallène^' est sa patrie; et, dans ce même jour, Vers ces bords fortunes il hâte son retour. Les Nymphes , les Tritons , tous , jusqu'au vieux Néréc, Respectent de ce dieu la science sacrée; Ses regards pénétrants , son vaste souvenir, Embrassent le présent , le passé , l'avenir ; Précieuse faveur du dieu puissant des ondes. Dont il pait les troupeaux dans les plaines profondes. Par lui lu connoilras d'où naissent les revers ; Mais il faut qu'on l'y force en le chargeant de fers. On a beau l'implorer; son cœur, sourd à la plainte, Résiste à la prière , et cède à la contrainte. Moi-même, quand Phébus, partageant l'horizon, De ses feux dévorants jaunira le gazon , A l'heure où les troupeaux goûtent le frais de l'ombre, Je guiderai tes pas vers une grotte sombre Où sommeille ce dieu, sorti du sein des flots. Là lu le surprendras dans les bras du repos. Mais à peine on l'attaque, il fuit, il prend la forme D'un ligre furieux, d'un sanglier énorme ; Serpent, il s'entrelace; et lion, il rugit; C'est un feu qui pétille, un torrent qui mugit. Mais plus il t'éblouit par mille formes vaines. Plus il faut l'esserrer létreinle de ses chaînes,

Oceanumque palrera rerum, îVymphasque sorores, Centum quae silvas, centura quae fliiiuina servant. Ter liquide ardentera perfiidit nectare Vestam : Ter flamma ad summum tecti subjecta reluxit. Oraine quo firmans aniraura, sic incipit ipsa :

« Est iu Carpalhio Neptuni gurgite vates Caeruleus Proteus, magnum qui piscibus œquor Etjuncto bipedum curru metitur equorura.

^3° Hic nunc Ematbtse portus patriamque rcvisit Pallenen ; hune et Nvmph<E veneramur, et ipse Grandaevus Nercus; novit namque omnia vates, Qu;e sint, quas fueriut, quae mox ventura trahanlur. Quippe ita JNeptuno visum est, iramania cujus Armeuta et turpcs pascit sub gurgite phocas. Hic tibi, Date, prius vinclis capiundus, ut omnem Expédiât morbi causam, eventusque secundet. Nam sine vi non ulla dabit praeccpta, neque illura Orando flcctes; vira duram et viiirula capto

i°° Tende; doli circum hœc demum frangcntur inanes. Ipsa ego le, mcdios quum sol accendeiit aestus, Quum sitiunt hcibae, et pecori jaiu gratior umbra est, In sécréta senis ducara , quo fessus ab undis Se recipit, facile ut somno aggrediare jacciitcm. Verum ubi correptum raanibus vinclisque tenebis, Tum variae illudent spccies atque ora ferarum. Fiet euira subito sus horridus, atraquc tigris, Squamosusque draco, cl fulva eervice leœua; Aut acrem flammae sonitum dabit, atque ita vinclis

*'" Excidct, aut in aquas tenues dilapsus abibit.

Sed , quanto ill« magis formas se verlet in omne«.

Redoubler tes assauts, épuiser ses secrets. Et forcer ion captif à reprendre ses traits. »

Sur son fils, à ces mots, sa main officieuse Répand d'un doux parfum l'essence précieuse : Cette pure ambroisie embaume ses cheveux, Rend son corps plus agile et ses bras plus nerveuz. Au sein des vastes mers s'avance un mont sauvage Où le flot mugissant, brisé par le rivage. Se divise, et s'enfonce en un profond bassin i Qui reçoit les nochers dans son paisible sein. ' Là , dans un antre obscur se reliroit Protée : Cyrène le prévient, y conduit Arislée, Le place loin du jour dans l'ombre de ces lieux, Se couvre d'un nuage, et se dérobe aux yeux.

Déjà le chien brûlant dont llnde est dévorée Yomissoit tous ses feux sur la plaine altérée; Déjà l'ardent midi , desséchant les ruisseaux. Jusqu'au fond de leur lit avoit pompé leurs eaux : Pour respirer le frais dans sa grotte profonde, Protée en ce moment quittoit le sein de l'onde ; Il marche ; près de lui le peuple entier des mers Boudit, et fait au loin jaillir les flots amers : Tous ces monstres épars s'endorment sur la rive. Alors, tel qu'un berger, quand la nuit sombre arrive; Lorsque le loup s'irrite aux cris du tendre agneau. Le dieu sur son rocher compte au loin son troupeau.

A peine il s'assoupit, que le Gis de Cyrène' Accourt, pousse un grand cri, le saisit et l'enchaîne. Le vieillard de ses bras sort en feu dévorant; I] s'échappe en lion, il se roule en torrent. Euûn , las d'opposer une défense vaine ,

Tanto , Date, magis contende tenacia vincla; Donec talis erit mulato corpore, qualem Videris, inccpto tegeret quum lumina somno. »

Hœc ait, et liquidum ambrosice difludit odorcm, Quo totuni nati corpus perduxit; at illi Dulcis compositis spiravit crinibus aura, Alque habilis meinbris venit vigor. Est spccus ingeDS F.xesi latere in montis, quo plurima vento ♦20 Cogitur, inque sinus sciiidit sese unda reduclos, Deprensis olim stalio tuùssiuia nantis.

Intus se vasti Proteus tcgil objice saxi. Hic juvencm iu latebris avcrsum a lumine IVympha CoUocat : ipsa procul nebulis obscura resistil.

Jam rapidus torrens siticntes Sirius Indos Ardebat coelo , et médium sol igneus orbem Hauseral; arcbant herba;, et cava fluraina siccis Faucibus ad limum radii tepefacta coquebant, Quum Proteus consucta pctens e fluctibus anlra 43o ibat : eum vasti circum gens humida ponli Exsultans, rorem late dispersit amarum.

Sternunt se somno diversae in litore phocae. Ipse, vclut stabuli custos in monlibus olim, Vcsper ubi e pasUi vitulos ad tecta reducit, Auditisque lupos acuunt balatibus agni, Considit scoputo médius, numerumque recenset.

Cujus Aristso quouiam est oblata facultas, Vix defessa senem passus componere membra, Cum claraore ruit magno, manicisque jacenlera I 'lio Occupât. lUe, su» conlra non imraemor artis, i Oinnia transformat sese in miracula rerum.

LES GÉOROIQUES.

I! cède ; et se monlianl sous une forme humaine : « Jeune imprudent, dit-il, qui l'amène en ce lieu ? Parle, que me veux-tu? » « Vous le savez, grand dieu, Oui, vous le savez trop, lui répond Arisiée; Le li\Te des deslins est ouvert à Prolée : L'ordre des immortels m'amène devant vous : Daignez...» Le dieu, roulant des yeux pleins de courroux, A peine de ses sens dompte la violence , Et tout bouillant encor rompt ainsi le silence :

« Tremble, un dieu te poursuit ! pour venger ses dou- Orphée a sur ta tête attiré ces malheurs ; [ leurs ,

Mais il n'a pas au crime égalé le supplice. Un jour tu poursuivois sa iidèle Eurydice " ; Eurydice fuyoit, hélas! et ne vit pas Un serpent que les fleurs receloient sous ses pas. La mort ferma ses yeux : les Nymjjhes ses compagnes De leurs cris douloureux remplirent les montagnes ; Le Thrace belliqueux lui-même en soupira; Le Rhodope en gémit , et l'Èbre en murmura. Son époux s'enfonça dans un désert sauvage : Là, seul, touchant sa lyre, et charmant son veuvage, Tendre épouse , c'est toi qu'appeloit son amour. Toi qu'il pleuroit la nuit, toi qu'il pleuroit le jour. C'est peu : malgré l'horreur de ses profondes voûtes , Il franchit de l'enfer les formidables routes; Et, perçant ces forêts où règne mi morne effroi, Il aborda des morts l'impiioyable roi , El la Parque inflexible, et les pâles Furies, Que. les pleurs des humains n'ont jamais attendries. [1 chanloil; et ravis jusqu'au fond des enfers, Au bruit harmonieux de ses tendres concerts , Les légers habitants de ces obscurs royaumes , Des spectres pâlissants , de livides fantômes , Accouroient , plus pressés que ces oiseaux nombreux

Ignemque, horribilcmque feram, fluviumque liquentcin. Verum ubi nulla fiigam reperit pellacia, victus 1d sese redit, atque hominis tandem ore locutus : « ISam quis te, juvennra confidentissiiue, nostias Jussit adiré domos? quidve hinc petis? » inquit. Al illc : « Scis, Proteu, scis ipse; neque est te fallere quidquam : Sed tu desinc velle : deum prœcepta secuti Venimus hinc lapsis quœsitum oracula rébus. » «5o Tantum cffatus. Ad hsec vatcs vi denique niulta Ardentes oculos intorsit lumine glauco, Et , graviter frcndens , sic fatis ora resolvit :

« IN'on te nuUius exercent nurainis iras. Magna luis coinmissa : tibi bas miserabilis Orpbeus Haudquaquam ob meritum pœnas, ni fata résistant, Suscitât, et rapta graviter pro conjuge saevit. nia quidem, dum te fngeret per flumina praeceps, Imnianem ante pedes hjdruin moritura puella Servantem ripas alla non vidit in herba. 460 At cborus œqualis Dryadum clamore supremos Implerunt montes; flerunt Rhodopeise arces, Altaquc Pangaîa, et Rhesi Mavortia tellus, Atque Getae, atque Hebrus, et Actias Orithyia. Ipse cava solans œgrum testudine amorcm. Te, dulcis conjux, te solo in litore secum, Te, veniente die, te, decedente, cancbat. Taenarias etiam fauces, alla ostia Ditis, Et caligantera nigra formidine lucum

Qu'un orage soudam ou qu'un soir ténébreux Rassemble par milliers dans les bocages sombres ; Des mères , des héros , aujourd'hui vaines ombres , Des vierges que l'hymen attendoit aux autels, Des lils mis au bûcher sous les yeux paternels. Victimes que le Styx , dans ses prisons profondes , Environne neuf fois des replis de ses ondes , Et qu'un marais fangeux , bordé de noirs roseaux , Entoure tristement de ses dormantes eaux. L'enfer même s'émut; les Gères Euménides Cessèrent d'irriter leurs couleuvres livides; Ixion immobile écoutoit ses accords ; L'hydre affreuse oublia d'épouvanter les morts ; Et Cerbère , abaissant ses têtes menaçantes , Retint sa triple voix dans ses gueules béantes.

« Enfin il revenoit triomphant du trépas : Sans voir sa tendre amante , il précédoit ses pas ; Proserpine à ce prix couronnoit sa tendresse : Soudain ce foible amant , dans un instant d'ivresse , Suivit imprudemment l'ardeur qui l'entraînoit, Bien digne de pardon , si l'enfer pardonnoit !

«Presque aux portes du jour, troublé, hors delui même. Il s'arrête, il se tourne.... il revoit ce qu'il aime! C'en est fait ; un coup d'œil a détruit sou bonheur ; Le barbare Pluton révoque sa faveur.

Et des enfers, charmés de ressaisir leur proie, Trois fois le gouffre avare en retentit de joie. Eurydice s'écrie: « O destin rigoureux!

Hélas ! quel dieu cruel nous a perdus tous deux ? Quelle fureur ! voilà qu'au ténébreux abime Le barbare destin rappelle sa victime.

Adieu ; déjà je sens dans un nuage épais Nager mes yeux éteints , et fermés pour jamais. Adieu , mon cher Orphée ! Eurydice expirante

Ingressus, Manesque adiit, rcgemque tremendura, ■570 JNesciaquc humanis precibus mansuescere corda. At cantu commotje Erebi de scdibus imis Umbrœ ibant tenues, simulacraque luce carenlum, Quam multa in silvis aviura se millia condunt, Vesper ubi, aut bibernus agit de montibus imber : Maires, atque viri, defunclaque corpora vita Magnanimum heroum, pueri , innuplseque puellœ, Impositique rogisjuvenes ante ora parenlum, Quos circum limus niger, et deformis arundo Cocyti, tardaque palus inamabilis unda 480 Alligat, et novies Styx interfusa coercct.

Quiu ipsae slupuere domus, alque intima Lelhi Tartara, cserulcosque implex» crinibus angucs Euménides, tenuitque inbians tria Cerbcrus ora, Atque Ixionii veuto rota conslitit orbis.

« Jamque pcdem rel'erens, casus evaserat omnes, Redditaque Eurydice superas veniebat ad auras, Pone sequens, namque banc dcderat Proserpina legcm; Quum subita incaulura demenlia cepit amanlem, Ignoscenda quidem, scireut si ignosccre Mânes! 90 « Restilit, Eurydicenque suam jam luce sub ipsa Immemor, beu! victusque auimi, respexit. Ibi omnis Effusus labor, atque iramitis rupta tyranni Fœdera, terque fragor stagnis auditus Avernis. nia, « Quis et me, inquil, miseram, et te perdidit, Or[)heu ? Ouis lautus furor? eo ilerum crudclia rctro

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