A Dieu ne plaise que j'annonce ces choses sans
462 VISION DE PIERRE DE LA MONTAGNE, en être assuré par un signe ! Je connois mon frère Pierrot des dames; il veut avoir des visions à lui tout seuL U ne voudra pas croire aux miennes, encore qu on m'ait appelé le Voyant. Mais , s'il en doit advenir comme tu dis , donne-moi un signe sous l'autorité duquel je puisse parler.
19. Et comme j'achevois ces mots, voici, je fus éveillé par un coup terrible ; et portant la main sur ma tête, je me sentis la face tout en sang ; car je saignois beaucoup du nez , et le sang me ruisseloit du visage : toutefois , après l'avoir étanché comme je pus , je me levai sans autre blessure, sinon que j'avois le nez meurtri et fort enflé.
20. Puis , regardant autour de moi d'où pouvoit me venir cette atteinte , je vis enfin qu'une prune étoit tombée de l'arbre et m'avoit frappé.
2 1 . Voyant la prune auprès de moi , je la pris ; et, après lavoir bien considérée , je reconnus qu'elle étoit fort saine , fort grosse , fort verte , et fort dure , comme l'état de mon nez en faisoit foi.
22. Alors mon entendement s étant ouvert, je vis que la prune en cet état ne pouvoit naturellement être tombée d'elle-même , joint que la juste direction sur le bout de mon nez étoit une autre merveille non moins manifeste , qui confirment la première, et montroit clairement l'œuvre de l'esprit.
23. Et , rendant grâces , à la voix d'un signe si notoire , je résolus de publier la vision , comme il m'avoit été commandé , et de garder la prune en témoignage de mes paroles , ainsi que j'ai fait jusqu'à ce jour.