SUR LA MORT DE JIONSIEVR DE BALZAC
Noble amy de la vérité,
De qui l'esprit et le courage
Nous inoiistrent vae intégrité
Qu'on ne trouve guère en nostre âge,
Conrart, à ce dernier assaut,
Où ton mal t'esleva si haut,
Nous eusmes de grandes alarmes ;
Et si cet aveu m*est permis,
Mes yeux furent trempez des larmes
Qu'on donne lors à ses amis.
Par miracle on te voit sauvé,
Mais Balzac n'est plus rien qu'vne ombre.
Tous deux vous portiez le denier Que l'on donne au vieux nautonier Sur le triste ef sombre rivage :
Mais Balzac a l'ait vn etTort Pour franchir tout seul le passage.
Et t'a laissé dessus le bord.
Ce père des grands sentimens De qui les grâces naturelles Mesloient dans ses raisonnemens L'esclat de tant de fleurs nouvelles, Balzac est descendu là-bas; Et sa plume dont les combats
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xixvj A M. CONRART.
Terrassoient partout l'ignorance N'a pa garantir du tombeau Geluy qui fit voir à la France Ce que les lettres ont de beau.
0 rigueur sans comparaison !
Cet homme avec tout l'avantage Des lumières de la raison, Est passé comme vn feu volage.
Mais quoy 1 c'est vn ordre du sort.
Que jamais la faux de la Mort Ne respecte les belles choses; Et dans les premières chaleurs On voit tousjours passer les roses Plus vite que les moindres fleurs.
TRISTAJK L'HERMITE*
* François TrisUn rHermite, né en 1601, au château de Soliers, dans la Marche, reçu à TAcadémie en 1649, mort à Vhôtel de Guise le 7 septembre 1655, et inhumé à Saint Jean-en-Grève. Les vers précédents sont extraits de la Notice sur Conrarl; CoUect. des Mém. relatifs à V Histoire de France, «• série, t. XLVUI.
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EXTRAITS Dr MENAGIANA.
M. de Balzac dit que l'obscurité du stile de TortuUion est comme la noirceur d<i Tebeno, qui jette vn grand esclat.
La première fois que je vis M. de Balzac, ce fut en TEglise de Sainct-Cosme, à vn sermon de M. Ogier. M. de Balzac en fut charmé, pt me dit que le théâtre estoit trop petit pour vn si grand acteur. Quelques jours après, j'allai le voir chez luy, et j'y trouvai plusieurs savans. M. Desmarest T Académicien, y vint aussi. On parla de poésie, et quelqu'un ayant dit que M. Desmarest estoit poëte, et qu'il excelloit à Élire des vers : « le n'aime point les Vers, dit M. de Balzac, à moins qu'ils ne soient bons au souverain degré. — Tay aussi le niesme goust pour la prose, respondit M. Desmarest, et n'en fais point d'estime, à moins qu'elle ne soit excellente. » La conversation continua, et chacun s'etforça de faire paroistre ce qu'il savoit, et de bien parler. Car tout au contraire d'aujourd'huy, on prenoit garde à parler correctement et à ne point faire de fautes dans les entretiens d'assemblées. Enfin tout le monde s' estant retiré, je restai seul avec luy. Alors, me prenant par la main : « A présent que nous sommes seuls, me dit-il, parlons Ubrement ot sans craindre de faire des solecismes. »
Tous les habiles gens ont esté obligez de le reconnoistre pour le Restaurateur, ou plustost pour l'autheur de nostre langue telle qu'elle est aujourd'huy. Il parloit beaucoup mieux qu'il n'escrivoit. Quand tous ceux qui se meslent de bien parler se seroient assemblez pour
xxxviij EXTRAITS DV MENAUIANA.
former vne période, ils n'auroient pas mieux réussi que luy. Ses Lettres à M. Conrart sont plus belles que celles qu'il a escrites à M. Chapelain. Sa Dissertation sur YHerodes infantidda de M. fleinsius est très-belle. Il y a beaucoup de netteté et d'érudition mise dans vn beau jour. On peut dire aussi qu'il donnoit Timmortalité à ceux à qui il oscrivoit des lettres ; et Ton attendoit ses ouvrages avec vne grande impatience. Il m'a dédié son Barbon, qui n'est pas le meilleur ouvrage qu'il ait fait, et trois ou quatre pièces latines. En reconnoissance, je priai M. do Saumaisc de prendre sa défense contre ceux qui escrivoient contre luy. Il fut si content de ce que je lui avois procuré vn défenseur d'vne si haute réputation , qu'il me dit vn jour en me remerciant : Non homini, sed scieniiae deest quod nescivit Salmasius. On ne peut rien dire de plus spirituel et en mesme temps de plus flatteur.
M. de Balzac avoit premièrement aspiré à estre Evesque. Il se retrancha ensuite à devenir Abbé ; mais il ne réussit à pas vn de ses desseins. Il a mesme escrit dans quelques-vns de ses ouvrages qu'i ne seroit jamais Âbbé, à moins qu'il ne fondast l'Âbbaye.
Quoy qu'il eust des incommoditez presque continuelles, cela n'enipeschoit pas que sa conversation ne fust tres-agreable. Il estoit afEible, caressant. On estoit ravi de le voir; il portoit son cœur sur les lèvres; il embrassoit et caressoit avec tendresse.
Bien n'est égal à l'empressement que tesmoignoit le public pour avoir les lettres de M. de Balzac, lorsqu'il s'en imprhnoit de nouvelles. C'estoit le présent le plus agréable quelesgalands pussent faire à leurs maistresses. La galanterie, comme à présent, n'estouffoit pas legoustde la littérature, c'estoit à qui en auroit des premiers, et les Libraires savoient très-bien profitei- de cette impatience du public*.
* Menagianaj ou les bons mots et remarques critiques , historiques , morales ; d^érudition de M. Ménage, recueillies par ses amis. Paris, 1715, 4 vol. \nA%
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