‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 49 sur 89 · EXTRAIT I» VNE LETTRE ESC RITE A MONSIEVR I. ARCHEVESQVE DE THOLOZE · texte numérisé non relu

EXTRAIT I» VNE LETTRE ESC RITE A MONSIEVR I. ARCHEVESQVE DE THOLOZE

« Au reste, vous sçavez bien qu'on a eu dessein de me if faire gaigner cinq mille escus. Geluy qui vous rendra cette « Lettre s'est servy de mon nom dans vneRequeste, et m'a « fait parler comme il a voulu. Au bout du compte, je n'a y « rien receû du Roy, mais je dois beaucoup neantmoins à « Monsieur le Chancelier. 11 ne faut donc pas que ma gra- « titude se perde, quoy que mon affaire soit ruinée. Vous « venrez par les Vers que je vous envoyé, tjue non-seule- « ment j'ay remercié, mais que j'ay remercié en musique. « Il ne tiendra pas aux Vert que le Monde ne croye que le « Poëte est devenu riche, et que j'ay fait bastir vn Palais, « dans la place qui m'avoit esté donnée par le Roy. Mes « Muses seroient pourtant sur le pavé, si elles n'avoient <( point d'autre logement que celuy-là. Mais quand le Palais

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« leur auroit esté donné avec la Place, je délibérerais si je « les devrois faire partir d'icy: Leur déménagement m'in- « commoderoit plus que je ne tirerois de commodité de ce « nouveau droict de Bourgeoisie : il vaut mieux qu'elles et « moy soyons éternellement cbampestres : Leur destin le « veut, et mon inclination le veut encore plus que leur « destin. »

Le bon est qu'en cela il ne joue point le personnage d'vn autre. Iamais homme ne fut moins Comédien que luy. Il est rjche à sa façon des richesses publiques, des richesses innocentes. Le Matin, le Soir, les belles heures du jour sont à luy. Comme le Soleil luy donne libéralement la seule chose qu'il en désire, il ne la reçoit pas en ingrat, et il croit luy estre bien plus obligé de sa lumière qu'il ne luy seroit de son or, parce que « la lumière (ce sont encore ses termes) « entre dans son ame, avec la joye; et l'orl'embarrasseroit, « sans le resjoûir. » 11 mesprise tous les autres fardeaux de la vie; toutes les autres matières mortes. H n'estime pas mesme les Diamans, quand il les compare à cette Lumière, qui vaut tant, et qui ne couste rien, de laquelle les Diamans, quelque esclatans et hrillans qu'ils soient, ne sont que d'obscures et d'imparfaites images. le sçay bien qu'vne pareille Philosophie ne sera pas au goust de ceux qui font payer les Aisez, et qui lèvent les Subsistances. Mais les gens d'affaires ont leurs opinions, et il a les siennes.

Son jardin s'estend jusqu'où s'estendent ses yeux, qui luy descouvrent, des fenestres de sa Chambre, vne Province en abbregé; qui le mettent en Possession d'vne grande Plaine, aussi agréable que fertile, admirée par les Poètes faiseurs de Descriptions, et par les Peintres faiseurs de Paysages. De cette sorte il s'approprie le bien d'autruy, sans faire tort à personne. 11 puise à la Source, et la Ville n'a que ses restes. Il jouit de la pureté des choses visibles, de la véritable Na-

ture, et telle qu'elle est, avant que l'Art et que le Luxe Tayent falsifiée.

Ne vous souvenez- vous point de ce bon-homme des Georgiques de Virgile, qui dans vn petit morceau de Terre bien mesnagé, Regum xquabat opes animis; qui cueilloit les premières roses du Printemps et les premières pommes de l'Automne?

Primus Yere rosani atque Autumno carpe re porna.

C'est l'image de la vie de vostre Voisin, et il me semble de le voir semer ses melons, et planter ses choux.

lEbali» sub tu r ri bus allis,

Quà piger humectât flaventia cnlta Galesus.

Ce qui se pourrait ainsi changer, pour parler historiquement, et passer de l'Image à la Personne ;

Engolee rab mœmbus altts,

Quà pater humectât fœcunda Carmtonus arva.

Le Philosophe que Seneque allègue si souvent « ne vou- « loit que du pain et du fromage, pour disputer de la feli- « cité avec Iupiter. » Celuy-cy a quelque droictde plus. Et quand nous Talions voir, il ne nous fait pas mauvaise chère : Mais quapd je considère les bons intervalles de ses maux, son loisir et sa liberté, ses méditations et ses exercices : je vous advouë que quoy que je l'aime extrêmement, je suis tenté du péché d'envie ; et quoy que je me porte mieux que luy, je l'estime plus heureux que moy. Peu s'en faut que je ne luy demande à troquer Tholoze contre son Désert.

Monsieur de Ttrotae dit ce» derniers mots en souriant, et ttfeetat d<e celle sorte.

Ce n'est donc pas assez d'estre Poëte, comme vostre Voisin : Soyez Philosophe comme luy, et vous y gaignerez beaucoup. Pour le moins, vous vous espargnerez les frais du voyage de Paris, etl'achapt du carosse, dont vous nous avez parlé. Obtenez d'abord et sans peine, de la modération de vostre esprit, ce que vous ne sçauriez recevoir qu'après vn long-temps et vn long travail, de la libéralité de la Fortune. Faites davantage, mon bon Monsieur, piquez-vous d'honneur et tesmoignez du ressentiment. Le mespris se vange par le mespris. La Cour n'a point voulu de vous; Monstrezluy que vous n'avez que faire d'elle :

et omittc mira ri beatae • •

Fumum et opes strepitumque Rom».

Ou comme Ta imité vn de nos Poètes de Languedoc qui se vante d'avoir estudié sous feu Monsieur de Malherbe,

N'admirez plus la Cour, fuyez les Favoris, Le mauvais air, la boue et le bruit de Paris.

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