DE £AGmB A BOILEAU
Au camp devant Mous, le 3* avril [1691].
On vous avoit trop t6t mandé la prise de Touvrage à cornes : fl ne fut attaqné pour la première fois qu' avanthier; encore fiit-fl abandonné un moment après par les grenadiers dn régiment des gardes, qui s'épouvantèrent mal à propos, et que leurs officiers ne purent retenir, même en leur présentant Tépée nue, comme pour les percer*. Le lendemain, qui étoit hier, sur les neuf heures du matin, on recommença une autre attaque, avec beaucoup plus de précaution que la précédente. On choisit pour cela huit compagnies de grenadiers, tant du régiment du Roi que d'autres régiments, qui tous méprisent fort les soldats des gardes, qu'ils appellent des Pierrots*. On commanda aussi cent cinquante mousquetaires des deux compagnies, pour soutenir les grenadiers. L'at-
II. Le reste manque; la troitiéme page de la lettre (reeto du •eeood feaiDet) finit au mot Us et, ce qui peut sembler étonnant, le verso de ce même feuillet est une page blanche. N'aurions-nous ici qu'une copie inacherée, de la main de Boileau, et non Toriginaî de la lettre?
Lnmm 88. — i. Reme sur Fautographe, conserrë à la Biblio-
a. Voyez le Journal de Dangeau^ du Jîmancfte i^ avril, au camp devant Mons.
3. Il s'agit des Gardes françaises^ qu'on appelait encore ainsi en 1789. Ce sobriquet Tenait probablement de ce que la couleur de leur uniforme fut d'abord grise-blancbe, et que le bleu qu'on j substitua était à peu près masqué par des brandebourgs et galons blancs : tout comme on appelait Bête-raves les Gardes suisses^ dont l'uniforme était de couleur rouge. {Note de Berriat-Saint-Prix.)
i6 LETTRES.
taqae se fit avec une vigueur extraordinaire, et dura
' ^ ' trois bons quarts d'heure ; car les ennemis se défendirent en fort braves gens, et quelques-uns d'entre eux se colletèrent même avec quelques-uns de nos officiers. Mais comment auroient-ils pu faire? Pendant qu'ils étoient aux mains, tout notre canon tiroit, sans discontinuer, sur les deux demi-lunes qui dévoient les couvrir, et d'où, malgré cette tempête de canon, on ne laissoit pourtant pas de faire un feu épouvantable. Nos bombes tomboient aussi à tous moments sur ces demi-lunes, et sembloiènt les renverser sens dessus dessous^. Enfin, nos gens demeurèrent les maîtres, et s'établirent de manière qu'on n'a pas même osé depuis les inquiéter. Nous y avons bien perdu deux cents hommes, entre autres huit ou dix mousquetaires, du nombre desquels étoit le fils de M. le prince de Courtenay*, qui a été trouvé mort dans. la palissade de la demi-lune; car quelques mousquetaires poussèrent jusque dans cette demi-lune, malgré la défense expresse deVauban et de M. de Maupertuis *, croyant faire sans doute la même chose qu*à Valenciennes. Ils furent obligés de revenir fort vite sur leurs pas, et c'est là que la plupart furent tués ou blessés. Les grenadiers, à ce que dit M. de Maupertuis luimême, ont été aussi braves que les mousquetaires. De