H4 LE TIERS CONTE
Par ce ne pujs (1) nullemont ma séduire.
Et d'autre part, si l'on voulnit réduire (2)
L'arc Cupido à luy son maistrc ancien,
II eoiiuiendroit qu'Atropoâ cust le sien,
Lequel Venus de tout plaisir meurtrière
Ha fait ietter en profonde fondrière
D'vn fleuue obscur, duquel l'eau toute immunde
Ha fait périr les deux pars de ce monde.
Or ha esté cest arc tant tracassé,
Que presque est il tout brisé et cassé,
Parquoy n'est point à présent receuable.
Ce congnoissant ma maistresse notable,
Ma donné charge, et pleine instruction,
Sur le danger de ma destruction,
Ne consentir à autre accord final,
Dont i'ay iuré Styx palus infernal,
Qui est serment que ne voudiois enfraindre :
Car tous les Dieux (ce crois) doiuent fort craindre.
le n'en dis plus, et finis pour cela.
Pourtant 6hacun se tienne à ce qu'il ha.
Ainsi fina Megere sa réplique.
Et Volupté formoit ia sa duplique.
Si par mes dits et tumultueux sons (3)
N'eussent esmu ensemble gros tensons.
Par diuers ioursont vaqué à Tafifaire,
Sans qu'on peust rien accomplir ne parfaire,
Ains tant croissoit tousiours leur diflTerent,
Que long procès y estoit apparent
Tousiours, trop plus que moyen de concorde.
(1) Dans Ronsard tu puis.
(2) Ramener, rendre, sens propre et primitif du mot.
(3) N'est-ce pas mesdits, mauvaises paroles par lesquelles s'élèvent les disputes f '
DE CUPIDO ET d'aTROPOS. 65*
Mais luppiter hajant faulse Discorde, Depuis qu'il feit par vouloir odieux Troubler' iadis le conuiue des Dieux, y enuoja derechef par grand cure Son grand héraut et truchement Mercure, Et luy bailla deux arcs lors en sa main, Dont l'vn estoit mortel, triste, inhumain, L'autre iojeux et pour Chagrin défaire, Luy declairant ce qu'en auoit affaire Pour tout conduire à bonne conséquence.
Alors s'en part le grand Dieu d'éloquence. En délaissant la j?egion céleste.
Si vint descendre en rondeur non moleste, Dedens la tente ou estoit l'assemblée, Pour la plus part discordante et troublée. Mais aussi tost qu'il print son caducée. Toute discorde et rumeur fut cessée.
Car il ha bien le pouuoir icy bas, Pour amortir tous contens et débats.
Ce fait aussi bon silence obtenu Leur declairast ce formel contenu.
MERCVRE
Oyez vous tous assemblez ou nous sommes, luppiter Roy tant des Dieux que des hommes, Tresiuste et droit, lequel par sa prudence. Met tout discord en bonne concordance, Recongnoissant le bien de Paix duisible. Et le malheur de Discorde inuisible, Voulant aussi de support convenable (1) Pouruoir au fait de Venus l'amiable,
( l) par appui suffisant.
6t> LB TIKRS CONTE
M'ha cj transmis, pour son intention En ce cas mettre à exécution.
Premièrement, à fin que ne foruoje, Tien Volupté, voilà l'arc qu'il t'enuoye, Que porteras à Venus ta grand mère, Qui iusque icj ha eu douleur amere.
Et de par moy luy feras asauoir, Qu'il ha puissance et semblable pouuoir Comme celui dont Atropos la noire Priua son filz Cupido après boire.
Et qu'elle dit à son âlz et commande Sur le danger d'encourir grosse amande, Qu'il ne soit plus de cerueau si léger, De le laisser, ou perdre, ou estranger. Semblablement entens à moy Megere, Voicy vn arc cruel et mortifère, "^ Dont Atiopos pleine de venefice.
Exercera son coustumier ofiice, Et s'elle veult de l'arc d'Amour tirer, Pour vieilles gens en amour attirer, Tous cy presens, et absens soient certains, Qu'à tous ceux là qui en seront atteins, Telle rigueur leur sera impartie, Qu'ilz aymeront, mais sera sans partie : Mesmes vieillars toussans, crachans, chanus, Ne seront point aux dames bien venus.
Et s'ilz le sont, ce sera par l'adresse Non point d'amours, mois plustot de richesse. Quant est de l'arc mortel, que feit bouter Dame Venus en vn fleuve à douter, Pour le présent ie n'y vois nul secours. C'est dit commun, qu'il faut que l'eaue ayt cours Et toutesfois le malheur assez ample, Des languissans est prouâtable exemple.
DE cupiDo tï d'atuopos. 67
Tant aux viuans, comme à leurs successeurs,
De u'estre point de danger aggresseurâ,
Ne de nager en suspecte riuiere,
A chaude choie, et défaut de lumière.
Sur ce finis de ma charge le dit,
Qu'obseruerez sans aucun contredit.
Son dit fini Mercure au ciel voila,
Puis vnchacun sans delay s'en alla,
Et peu à peu diminua la presse.
Le soir venu Hebé ma belle hostesse.
Pour entremets de la collation
De ce me feit brieue narration,
En la manière et forme que le conte,
Parquoy suppli, que s'il y ha mesconte,
Aucune offense, ou soit basse ou soit haute,
Qu'à elle seule on en donne la faute :
Car autrement qui blasmer m'en voudroit,
le monstrerois auoir cœur à bon droit.
Fin DBS TROIS contes d'Atropos et de Cvpido.
De peu assez.