‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 30 sur 67 · ET CONVALESCENCB DE LA ROYNE · texte numérisé non relu

ET CONVALESCENCB DE LA ROYNE

Entendez y, pucelles mignonnettes, Offrez à Dieu piteuses chansonnettes, Allez nuds pieds^ o voz mercs honnestes Sur l'herbe verd, sur sablon et chaussée.

BRETAIGNE

Féminin sexe, aussi doux que rosée, (1) Helas, par vous soit la face arrosée De mainte larme, en amour embrasée.

Pour vous ietter du péril ou vous estes : Car si la Mort ia preste et disposée, Ruoit son dard, ou el' prend (2) sa visée, En dueil seroit la vostre vie vsee, Et n'eustes onc tant de maux ne molestes.

FRANCE

Sexe viril, François, Breton, Latin, Priez or' Dieu : tant au soir qu'au matin, Qu'Atropos fasse autre part son butin, Et cherche proye ailleurs que sur noz lieux. Tout Moyne, et Carme, Ermite et Augustin, Religieux, Prescheur, Obseruantin, Et Prestre et Clerc, Chanoine, et Celestin Faites chacun endroit soy qui mieux mieux.

BRETAIGNE

Mettez vous y trestous, ieunes et vieux, Priez du (3) cœur, et larmoyez des yeux,

(1) rousée, terre arrousée ^oxxvface arrosée (mscr. de G.) *

(2) eV prent (mscr. de G.)

(3) de (mscr. de G.)

I DE LA VALITTDE

Pour la meilleur qu'on ayt veu souz les cieux, Depuis qu'Heleine engendra Constantin.

Si or* la prend le puissant Dieu des Dieux, Vous nous verrez aduenir des maux tieux, Que de cler sang courront aual les rieux, Par ce meschef soudain et repentin.

FRANCE

Vostre Roy pleure, ô noble sang de France, D'vn cœur piteux, de loyalle souffrance, Percé de dueil, au vif et à oultrance, Secourez le, soyez luy compassibles.

Sa allé aisnee en ha tel' (1) desplaisance Comme elle doit, par naturelle vsance, L'autre fort ieune est encor en enfance, Qui ne congnoit les meschefz tant nuisibles.

BRETAIGNE

Ha francs Bretons, par tous moyens possibles Veillez en pleurs, et larmes indicibles : Ne ne soyez ioyeux, gays, ne risibles : Tant que sachez, (2) que soit à deliurance Vostre Princesse, ayant douleurs sensibles, Aux médecins du tout incongnoissibles, Mais à Dieu seul congnues et visibles, , Qui donner peult salut et recouurance.

FRANCE

Roy tresillustre, et père du pais, Voy tes subietz, estonnez, esbahis

(1) telle (mscr. de G.)

(2) sachie* (mscr. de G.)

ET CONVALESCENeE DE LA ROYNE. 93

De tes douleurs, dont ilz sont enuahis, Et comme toj, en portent peine et dueil : Couchez en terre, aussi plats que plais Crient à Dieu, Ha sire Dieu ! trahis Sommes nous bien, nous as tu tant haïs, Que tu nous tolz à chacun son autre œil ? (1)

BRETAIGNE

Royne bénigne, et nostre doux recueil, Pleust or à Dieu, qu'il en fust à mon vueil, Et que des miens passer le mortel sueil Deussent (2) grand nombre, auiourdhuy qui sont vifz, Et ie te veisse en Royal appareil.

Luisant au monde, ainsi quVn beau Soleil Fresche et entier, au tainct cler et vermeil (3) Comme autrefois t'ay veiie à mon deuis.

FRANCE

Tu monseigneur, haut espoir des François, 0 Due François Des grans Princes le choix.

Seconde fleur des plus nobles du monde, Vojs or comment on se lamente à Bloys, Bien l'apperçois, Dont certes tu reçois Apres le Roy, peine extrême et seconde.

BRETAIGNE

Ce danger grand, qui sur nous deux se fonde,

(1) Pas de point d'interrogation dans le nascr. de Genève.

(2) Peussent (mscr. de G.)

(3) Vers omis dans les éditions 1516, 1528 et 1533.

94 DE LA VALITVDR

Sur luy redonde.

Et trouble sa clere onde.

Voyant sa mère en dangereux destroits.

Voyant pallir sa perle clere et ronde,

S'en luy abonde

Vne pitié parfonde,

Certes son cœur fait ses naturel/, droits.

FRANCE

Despouille toj de fleurs et de verdure, Si cecy dure.

Et prens noire vesture

Printemps nouuel, entrant au mojs de Mars. Trop hairons (1) nous ta verde fioriture, Si ta figure

Ha si mauuais augure, Qu'à ton venir Mort nous iette ses dars. (2)

BRETAIGNE

Ne chantez plus, vous oiselets espars, De toutes pars.

Laissez voz chants gaillards.

Si lamentez en trespiteux murmure, lusques à tant que ieunes et vieillards, Pasteurs en parcs.

Gendarmes et souldars.

No doutent plus ceste mortelle iniure.

FRANCE, Ne flote plus ne refiote la mer,

(1) hayratu, en mscr. de G. mais ne faisant non plus que deux syllabes.

(2) Venir, éd. 1516 ; mais a que a ton veulx, » en mscr. de G.

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