Oeuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]
Le succès des Ménechmes encouragea Rotrou à puiser chez les anciens \ il fit choix ^Hercule au mont Oéta, que Sënèque avait imité des Trachiniennes de Sophocle , et celte fois du moins le sujet se trouva d'accord avec le talent noble et tragique de Rotrou : l'imitation, qui sembla servile dans une comédie oii l'on peignoit des mœurs étrangères et d'un siècle reculé , disparut dès que Rotrou décrivit de hautes infortunes et exprima des sentimeus héroïques , qui sont de tous les lieux et de tous les temps. Malheureusement Sénèque , qu'il prit pour modèle , lui inspira peut-être le govit pour l'hyperbole et la déclamation , si justement reproché à ce tragique romain; et, quoiqu'il soit digne de remarque que notre auteur sut adoucir souvent l'exagération de Sénèque , il n'évita cepen-
4 lyOTICE SUR HERCULE MOURANT, claiit pas entièrement le ton emphatique , qui devint celui de la tragédie française.
Hercule mourant fut le premier ouvrage dans lequel Rotrou fit prévoir jusqu oii pouvait s'élever son beau talent-, il dédia sa tragédie au cardinal de Richelieu, et la fit précéder dune ode adressée à ce ministre ; nous avons cru devoir lui donner une place dans notre édition : c'est à peu près la seule pièce fugitive qui nous soit parvenue de cet auteur.