CÉLIMÈNE, ALIDOR
ÂLIDOR.
O favorable jour sur tous ceux de ma vie! J'ai l'honneur une fois de vous avoir servie. J'ai trempé cette lame au sang de ces voleurs , Et je trouve en leur mort le prix de mes douleurs.
Qu'étois-je devenue? O dieux, que cette épée A favorablement ma crainte dissipée!
Quel bonheur, Alidor, guidant ici vos pas, M'a prêté du secours que je n'espérois pas?
ALIDOR
Ce bonheur est l'effet de mon obéissance : Sur votre mandement j'ai pris cette licence. Mais que jugerez-vous de mon affection, M'étant trouvé si tard à l'assignation ?
CÉLIWriîNE.
Quelle assignation? quelle de vos maîtresses Attendoit en ce lieu vos vœux et vos caresses?
ALIDOR
Je n'adore que vous, et jamais ma raison N'abandonna mon cœur dans une autre prison. Mon inclination est trop pure et trop forte Pour avoir partagé l'amour que je vous porte ; Et j'ai, de vos appas des sentimens meilleurs , Que de les comparer et que d'aimer ailleurs. Ce visage, l'honneur et la gloire du monde ,
i54 LACÉLIMÈNE,
N'est pas une beauté qui souffre de seconde ; Et cette extrême ardeur qui cause mon souci Ne souffre pas , madame , une seconde aussi.
Quoi! je vous attendois si tard en cette plaine ?
ALIDOR
Oui , si vous ê^es juste , aimable Célimène,
Si vous êtes sensible aux rigueurs de mon sort ,
Enfin si Floridan n'a fait un faux rapport.
Et que vous a-t-il dit?
ALIDOR
Qu'à la fin mon martyre Vous auroit disposée au bien que je désire , Et que vous souhaitez , 6 bonheur infini ! Qu'un jour à votre sort mon destin fût uni ; Que vous seriez ce soir au bord de ce bocage , Préparée à souffrir ma vie et mon hommage.
Vous croyez , Alidor , un peu légèrement : Je ne l'ai point chargé de ce commandement. L'amour ne permet pas à votre rêverie De discerner le vrai d'avec la raillerie, Floridan vous gaussoit.
ALIDOR
Ces cheveux toutefois Me doivent confirmer le rapport de sa voix. Il a reçu pour moi ce favorable gage Par qui vous témoignez de chérir mon servage. .
CÉLIMÈJVE.
Donnez que je le voie.