‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 110 sur 442 · V-t-il perdu le sens · texte numérisé non relu

V-t-il perdu le sens

FLORIDAN

Oui , car j'aime un volage Qui trahissoit pour vous une foi qui l'engage, Mais il ressent enfin sa première amitié , Et son juste regret attire ma pitié.

Dieux, qu'il est insensé! croit-il être une femme?

floridilNj se découvrant.

Jugez-le par mon sein.

O merveille! ô madame!

Qu'une agréable feinte a nos yeux abusés! J'excuse maintenant si vous me méprisez.

ALIDOR

O dieux! qui l'eût pensé?

FLORIDAN

Pour bannir ma tristesse , J'ai voulu dans ces lieux éprouver mon adresse; Et Filandre doutoit, sachant votre rigueur. Que j'eusse assez d'attraits pour toucher votre cœur. Par divertissement j'entrepris cette feinte ; J'ai signalé ma force , et vous étiez atteinte. Mais quels sont vos désirs, et que puis-je pour vous? Alidor vous promet des passe-temps plus doux;

i58 LA CÉLIMENE,

Et j'ai dû lui céder, sachant comme il vous aime, Tout ce que je prétends en votre amour extrême. Si vous m'aimez encor, comme je vous promets Que mon affection ne cessera jamais , Que je vous chérirai d'une ardeur éternelle , Soyez sensible aux maux d'un amant si fidèle.

c:ÉLiMÈ]yE, a Alidor.

Oui, je reçois, monsieur, votre cœur de sa main; Vous n'accuserez plus ni rigueur , ni dédain : Me voilà disposée à vous rendre justice, Et vous devez ce bien à ce doux artifice.

FLORiDAN , a Alidor.

Que demandez-vous plus?

ALIDOR

Cet unique discours Me pouvoit rendre heureux et conserver mes jours. Après mes longs ennuis ma joie est sans seconde , Et je passe en bonheur tous les amans du monde.

Adieu , retirons-nous , et vivons tous contens.

FLORIDAN

Non, non , venez jouir d'un autre passe-temps. Votre sœur à présent n'est pas sans compagnie , Et je la veux tirer d'une peine infinie.

(Ils sortent tous.)

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