‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 149 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE 1. 2i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE 1. 2i

Sur nous et sur vous-même ait un égal empire. Acquérez celle gloire entre les autres rois , D'être l'observateur de vos premières lois.

CLÉANTHE

Quoi, je verrois sans pleurs la mort qui nous sépare!

En ces occasions la constance est barbare.

L'onde a fait de ma sœur son butin précieux,

Mon père l'a suivie en ces funestes lieux ,

Et parmi ces malheurs je sécherois mes larmes!

Et ma constance , hélas ! ne rendroit pas les armes!

O barbare conseil ! 6 ciel injurieux !

Parque trop inhumaine, et trop sévères dieux!

ACHANTHE.

Un roi qui vit sans soins en sa natale rive ,

Dont la paix rend la vie et la valeur oisive.

Dont un honteux repos tient les sens enchantés.

Et que la mort surprend entre ces voluptés,

Comme il meurt sans lauriers , sans gloire et sans estime,

Rend à ses successeurs la pitié légitime;

On le plaint justement , sa honte fait nos pleurs ,

Et sa mémoire cesse avecque nos douleurs ;

Mais un dont la valeur n'a point eu d'heures calmes,

Et qui meurt dans un camp environné de palmes.

Dire : « Il fut un grand prince, il a bien combattue,

C'est le plus beau tribut qu'on doive à sa vertu.

Telles de Thaumasis furent les destinées :

Il meurt chargé d'honneurs, de palmes et d'années.

C'est envier son bien que de plaindre son sort ,

Et l'on doit d'un œil sec voir une illustre mort.

Achevons seulement le dessein de ses armes ;

Que le sang des vaincus lui tienne lieu de larmes,

2i6 L'HEUKEUX NAUFRAGE,

Et que Jara détruite , et ses murs renversés , Fassent chercher un jour où furent ses fossés.

CLÉANTHE

Tel étoit le dessein de cet heureux monarque ,

Qui du royaume noir passe la triste barque ;

Telle est de son armée encor l'intention,

Et telle est de son fils la juste passion.

Rendons notre valeur et ce siège célèbre ,

Ne faisons de Jara qu'un théâtre funèbre ;

Des bras de Salmacis tirons ce ravisseur,

Que je dois immoler aux mânes de ma sofîur ;

Qu'à ses plus fiers soldats mon bras soit redoutable ,

Et que l'innocent meure avecque le coupable.

( Ils sortent. )

Page 1