‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 153 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE III. aai · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. aai

LYSAWOR.

Dieux! comme avec le temps toute chose s'efface! Tel se sent consumer qui n'étoit que de glace; Tel se désespéroit qui vit enfin content; Et pour ces changemens il ne faut qu'un instant.

CÉPHALIE.

Que t'a fait espérer cet objet adorable ?

LTSANOR.

Qu'il seroit tout à vous.

« CÉPHALIE.

O discours favorable!

Quoi, ton maître est touché de ma fidélité! Ne me flattes-tu point de trop de vanité ?

LYSANOR.

Un moment l'a tiré de sa mélancolie; Son humeur s'est changée au nom de Céphalie. Quoi! m'a-t-il répondu, ce doux objet d'amour Consent que sous ses lois je respire le jour? Cède, a-t-il dit après, importune mémoire ï)'une qui ne vit plus, à ma nouvelle gloire; Cédez , tristes regrets , à mes nouveaux désirs ; Inutiles douleurs, cédez à mes plaisirs.

CÉPHALIE.

Doux et cher confident, je dois à ton adresse L'heur de le voir sensible à l'ardeur qui me presse.

LTSANOR.

J'alderois mollement le pouvoir de vos traits : Vous devez tout, madame, à vos propres attraits.

CÉPHALIÈ.

Adieu ; si par tes soins mon amour est contente , Je ferai que tes biens passeront ton attente.

( Elle sort. ) LYSANOR, seul.

Quels biens me seroient chers, si, riche à mes dépens,

Elle tenait de moi le seul bien que j'attends?

O d'une triste cause événement visible!

Elle me veut du bien, quand je lui suis nuisible,

Et son amour lui fait aveuglément presser

Celle qui la recule au lieu de l'avancer.

Mais quelqu'un Vient ici.

Page 1