‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 170 sur 442 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

CÉPHALIE.

Cruels , laissez calmer son aveugle colère , Accordez seulement une heure à ma prière ; Une heure l'ôtera de son aveuglement , Et lui fera bénir votre retardement.

Sauvant cet innocent , vos désobéissances De sa majesté même auront des récompenses , Et rien à sa fureur ne vous pourra cacher Si vous lui ravissez ce qu'elle a de plus cher.

LE CAPITAINE DES 'GARDES

Ma charge est d'obéir , et je ne puis sans crime Différer cette mort injuste ou légitime. Nommer cette action supplice ou cruauté Passe ma connoissance et mon autorité.

CÉPHALIE.

Lâche et honteux effort que souffre l'innocence!

Tyrannique devoir, barbare obéissance !

Quel démon furieux préside en cette cour.

Où de honteuses morts sont des effets d'amour ?

Et qu'est-ce que la reine en sa haine effectue ,

Puisqu'aimant elle outrage, et que son amour tue?

L'onde l'a révéré ; ce barbare élément

Refusa par respect d'être son monument,

Il est de tous les cœurs l'espoir et les délices,

Et dedans l'amour même il trouve des supplices!

Pour son bonheur, hélas! et pour notre repos.

Que ne fut-il en proie à la fureur des flots?

Quelle fut la pitié qui lui rendit la vie.

Puisqu'on ordonne après qu'elle lui soit ravie?

LE CAPITAINE DES GARDES, voulaut la tirer de V échqfaud.

Madame, permettez

CÉPHALIE.

Donc mes pleurs , inhumains , Ne peuvent l'arracher à vos barbares mains.

( A genoux auprès de Clëandre. )

Bourreaux , ajoutez donc ma mort à son supplice ; Sauvez un innocent, ou qu'une autre périsse. Ne me refusez point la faveur que je veux ; Frappez , et qu'un seul coup en fasse tomber deux. Frappez, puisqu'à la mort mon amour seul Texpose; Et pour punir l'effet, commencez par la cause.

(Se débattant contre ceux qui la veulent séparer de Cle'andre. )

Que délibérez-vous ? Non , non , tous vos efforts Prétendent vainement de séparer nos corps ,

( Montrant le bourreau. )

Si cette infâme^ main n'en sépare nos têtes. Cruel , porte les coups ; les voilà toutes prêtes.

CLÉANDRE, CL Cèpholie.

Que ne puis-je espérer une seconde mort Dont on recompensât ce pitoyable effort? Par ces pieux transports vous obligez un traître , Et le plus criminel que le ciel ait fait naître. N'exigez point , madame , une confession Qui m'ôteroit Thonneur de votre affection ; Et souffrez qu'en mourant je conserve la gloire D'être en une si digne et si belle mémoire.

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