‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 177 sur 442 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

SALMA.CIS

Amoureuse manie , Fureurs ^ aveuglement, contrainte, tyrannie, Cédez aux mouvemens d'une juste pitié, Et ne traversez plus leur fidèle amitié. C'est trop, parfaits amans, faire durer vos peines,

( Otant à CléanHre ses liens. )

C'est trop vous affliger ; rompons , brisons ces chaînes.

Triomphe du danger où tu t'es exposé

Par un aveuglement que tu nous a causé.

Goûtez, belle Floronde, un siècle de délices;

Que vos bras soient ses fers, <os baisers ses supplices,

Et qu'en tous les endroits qu'illumine le jour

On fasse le récit d'une si belle amour.

CLÉANDRE, à la reine.

Que votre majesté d'un esclave dispose.

Et pardonne aux effets d'une si belle cause.

(A Cëphalie. )

Et vous, dont j'ai trahi le repos et les vœux

CÉPHALIE.

C'est trop; puisque tu vis, j'obtiens ce que je veux. Que le ciel pour jamais joigne vos destinées, Et fasse un siècle entier de vos jeunes années.

LYSANOR, ala reine.

Pour prix de tant de biens j'apporte ici la paix. Que les armes du roi ne troubleront jamais. Par cet ambassadeur apprenez, grande reine. Quel miracle d'amour est auteur de sa peine; Et s'il peut espérer cet objet amoureux , Par sa possession faites un prince heureux.

ALCANDRE

D'un invincible trait l'amour touche son âme ; Des charmes inconnus sont auteurs de sa flamme. Le bruit de vos vertus et de votre beauté Le rend adorateur de votre majesté.

Ce discours est ma charge , et son désir extrême Est d'obtenir le bien de vous parler lui-même : Il m'a chargé surtout d'implorer ce bonheur, Et proche de la ville il en attend l'honneur.

SALMACIS

C'est trop nous honorer; l'amour de ce monarque Est au peu que je vaux une trop digne marque. Je consens toutefois au bonheur de le voir. Et de ce même pas je le vais recevoir.

( Tout le monde sort excepte' Ce'phalie. )

cÉPHALiE seule.

Enfin , un heureux changement Fait d'un long et commun tourment Une longue et commune joie :

Le ciel à ces amans a conservé le jour ;

Et , quelqu'assaut qu'il leur envoie , Rien ne mourra que mon amour.

Les armes dont je l'ai dompté Sont celles qui me l'ont ôté.

Quel est le fruit de ses promesses , Que qui veut m'obliger profite en me servant ; Le confident a les caresses , Et l'amante n'a que du vent.

Par les prières et par l'^r Dont je m'engageois Lysanor,

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