Tome II
Elle en a maintenant, et je vois que le ciel Veut parmi ces douceurs mêler un peu de fiel ; . Il change depuis peu votre humeur ordinaire, Et depuis quelques jours elle est plus solitaire ; Ce teint n'est plus si vif, ni cet œil si joyeux : En un mot, vous trouvez ce séjour ennuyeux. Mais , sans être fâché de ma bonne fortune , Vous ne sauriez trouver cette terre importune.
PAMPHILE
Il faut tout avouer ; que n'avoûrai-je pas A ceux que j'ai promis d'aimer jusqu'au trépas 1 Monsieur, Téloignement d'une beauté que j'aime Mêle un peu de tristesse à mon bonheur extrême ; Et ne condamnez point la peine que je sens, Puisqu'elle est ordinaire aux amoureux absens. Tout ce qu'on voit de beau dans le teint de l'Aurore, Le soleil comme il est sur le rivage maure, L'amante d'Adonis et celle des zéphyrs , Tout cela ne vaut pas l'objet de mes soupirs. Jugez de quels attraits cette belle est pourvue. Vous me voyez pourtant, et j'ai quitté sa vue. Une autre m'estimoit , dont j'abliorrois les fers , Et m'a rendu suspect à celle que je sers : L'iinportune feignoit d'asservir ma franchise , Qui n'a jamais cédé qu'aux doux charmes de Nise. Cet agréable objet de mon affection M'a depuis témoigné quelque altération : Je voyois ses soupçons dépeints sur son visage , Et pour l'en divertir j'entrepris ce voyage. Je ne vanterai point votre ardente amitié : Nestor pour son ami n'en eut pas la moitié ;