‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 200 sur 442 · ACTE III, SCÈISE IL * aSS · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈISE IL * aSS

Si dans ce tourment sans pareil J'ose importuner le Soleil D'approuver ma nouvelle flamme , Ce dieu rira de mes discours, Et me répondra que mon âme Est plus légère que son cours.

Si je me découvre à sa sœur, Elle dira que son chasseur Souffre encor ses premières peines ; Et l'Aurore, oyant mon tourment, Vanteroit les premières chaînes Que porte encore son amant.

En vain mes soupirs et mes pleurs Youdroient faire à ces belles fleurs Approuver mon nouveau servage; Elles m'apprendroient que le vent , Quoi qu'on en die , est moins volage , Et ne change pas si souvent.

Si les rochers savent mes maux, Echo rira de mes travaux :

Jamais un si honteux caprice N'a terni son affection; Et la mémoire de Narcisse Plaît encore à sa passion.

Mais que mon esprit vainement S'entretient sur ce changement!

Qu'on le blâme ou qu'on l'autorise , Le dieu des dieux est mon vainqueur ; Et celui qui n'aime pas Nise N'a point d'yeux ou n'a point de cœur.

Oui ; mais tant de sermens dont ton âme profane

A lâchement déçu l'esprit de Céliane,

Et les siens mutuels , ne condamnent-ils pas

L'injure que tu fais à ses chastes appas ?

Les dieux ne sont-il plus maîtres de ces tempêtes

Dont ils ont foudroyé tant de coupables têtes?

Peuvent-ils aj^rouver de se voir en ce point.

Et t'y souffriront-ils s'ils ne l'approuvent point ?

Et même quand le ciel avoûroit ton offense ,

(Pamphile arrive et l'écoute sans se faire voir.)

Que Nise s'offriroit à tes vœux sans défense , Qu'elle oublîroit Pamphile , et que cette beauté Se donneroit pour prix de ta déloyauté , Traître, aurois-tu le cœur si lâche et si barbare Que de souiller l'éclat d'une amitié si rare , Que d'oser assouvir ta sale passion Des faveurs qu'elle doit à son affection? Pourrois-tu voir payer ses flammes de fumée , Et voudrois-tu cueillir les fleurs qu'il a semées? Célestes qui voyez quel charme m'a séduit , Qui savez l'infortune oii je me vois réduit , Que ma nouvelle ardeur ne fut point volontaire, Et que mon foible esprit tâche de s'en distraire , Traversez, justes dieux, mes coupables desseins, Faites naître en mon cœur des mouvemens plus sains ; Ou , si l'astre ennemi qui gouverne ma vie Me procure la fin de ma brutale envie, Entre les deux accès de ce contentement . Et ceux de mon trépas ne mettez qu'un moment; Que le même linceul où mon amour impure Éteindra son ardeur serve à ma sépulture.

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