‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 217 sur 442 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

NISE, JULIE.

JULIE, surprenant Nise, et lui arrêtant le bras. Dieux, que viens-je d'entendre?

NISE.

O surprise importune !

JULIE

Nise, qu'espérez-vous?

NISE.

Finir mon infortune.

Que la pitié vous touche en l'état où je suis. Et ne prolongez point le cours de mes ennuis. Ai-je trop peu souffert? Pour comble de misère, Dieux! faut-il que la sœur soit complice du frère; Que l'un soit le sujet de mon cruel tourment, Et que l'autre s'oppose à mon allégement ?

JULIE, renversant le verre.

Ah ! Nise , consultez cette rare prudence Que tant de beaux effets ont mise en évidence ;

3io LA CÉLIANE,

Consultez la raison, dont jamais les conseils N'ont porté les esprits à des desseins pareils. Eh quoi, Nise se rend! ce grand courage cède! Elle cherche la mort, et manque de remède! Nise , qui peut guérir par un mot seulement , Disant : J'aime Pamphile, et je hais Florimant! Quelque trépas futur que mon frère vous conte, Avec quelques efforts que l'ennui le surmonte, Ne l'imaginez pas au rang de ces transis Qui rendent par leur mort leurs tourmens adoucis : Ses maux ne sont pas tels que deux mois de tristesse Ne soient l'unique effet du tourment qui le blesse. De quelque désespoir qu'il paraisse agité, Croyez que de ce temps il sera limité.

NISE.

Ah! que vous me tenez un discours inutile Dans le dessein que j'ai de contenter Pamphile! Sa fidèle amitié me donne à Florimant, Et je dois obéir à cet ingrat amant.

JULIE

Et vous cherchez la mort?

PTISE.

Oui, par la seule crainte De ne pouvoir souffrir cette injuste contrainte , Et de n'obtenir pas de mon cruel ennui Le bien de faire voir que je peux tout pour lui.

JULIE

Dieux! les plaisans effets dont votre cœur se pique! C'est bien traiter l'amour à la façon antique.

7\.CTE IV, SCÈISK Vil. 3ii

Ces transports ctoicnt bons aux amans de jadis;

Par aucun accident ils n'étoient refroidis;

Et dans leurs passions ils faisoient des folies

Qu'on n'autorise plus en nos mélancolies.

Nous voyons aujourd'hui ces abus consommés;

Nous aimons seulement à dessein d'être aimés.

Ailleurs qu'en ces deux points l'Amour est sans puissance,

Et ne peut qu'exiger de notre obéissance.

Ce Pamphile sans droit vous cause tant d'ennui,

Et, pouvant tout pour soi, ne peut rien pour autrui.

Quel est ce paysan?

Page 1