SCÈNE IV
ARCAS, lOLE, ARSIDÈS.
ARCAS
Est-ce vous, mon soleil! quelle heureuse nouvelle Recevrai-je aujourd'hui d'une bouche si belle? Que vient-elle annoncer au malheureux Arcas?
lOLE.
La mort.
ARCAS
Et qui sera l'auteur de mon trépas?
lOLE.
Moi-même.
ARCAS
Avancez donc, agréable meurtrière:
A cet heureux dessein joindrai-je la prière? Que vos beaux yeux soient las de me voir endurer,
C'est prolonger ma mort que de la différer; Puisque j'ai commencé d'abandonner la vie, Depuis qu'à mon espoir lole fut ravie , •
Depuis que sous Alcide il languit abattu, *
^ Et qu'un vice puissant tient titre de vertu. Un tyrannique empire , un grand meurtre , un beau crime , Une belle injustice établit son estime; Toute la Thessalie en parle avec transport. Non parce qu'il fait bien , mais parce qu'il est fort, lole, tirez donc des mains de ce barbare Celui qui vous aima d'une amitié si rare; Exécutez sur moi ce bienheureux dessein, Je baiserai le fer qui m'ouvrira le sein; C'est ne me perdre pas que me sauver d' Alcide, Et c'est m'aimer beaucoup qu'être mpn homicide
lOLE.
N'appelle, cher Arcas, dessein ni cruauté Le malheureux effet d'une fausse beauté; Ce vainqueur insolent à sa brutale envie Veut demain immoler mon honneur ou ta vie; Sachant que pour toi seul je conserve ma foi, Il croit que ma vertu n'a point d'appui que toi^ Et qu'elle doit tomber aussitôt que mes larmes Quand tu rendras lesprit sous l'effort de ses armes.
ARCAS
; O quel est mon bonheur, qu'en cette extrémité ^ Ma mort soit une preuve à votre honnêteté ! Madame, qu'à l'instant de cette fin sanglante. De fers ni de bourreaux votre œil ne s'épouvante : Apprenez par ma force à ne vous plaindre pas ; ^ Songez à ma constance et non à mon trépas;